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Santé / Environnement - La lutte contre les plantes invasives s'intensifie

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Quel cadre juridique pour la lutte contre les plantes invasives ? Le 3 juin, le comité parlementaire de suivi du risque ambroisie a fait un point annuel sur l'avancement de son action.

L'actualité s'enrichit en matière de lutte contre les plantes invasives. Au niveau européen, un règlement sur les espèces exotiques envahissantes déjà approuvé par le Conseil de l'Union européenne est en cours d'adoption. Et, au niveau national, un projet de loi du gouvernement est prévu, sans plus de détails, pour cette année. "S'il passe avant notre proposition de loi, nous l'enrichirons. Dans tous les cas, il n'y a plus de temps à perdre, l'émergence d'un cadre législatif opérationnel se fait trop attendre", fulmine Alain Moyne-Bressand, député UMP de l'Isère, maire de Crémieu et président du comité parlementaire de suivi du risque ambroisie et autres plantes invasives.

Cinq espèces au menu

Créé il y a trois ans, ce comité est à l'origine d'une proposition de loi visant à lutter contre trois espèces d'ambroisie dont la plus répandue, celle à feuilles d'armoise. Retoquée l'hiver dernier en commission parlementaire, au motif qu'elle se focalisait trop sur l'ambroisie et n'intégrait pas d'autres plantes nuisibles, cette proposition de loi débouchera dès la rentrée sur un texte plus conséquent et qui élargira donc le spectre. L'ambroisie, surtout présente dans la vallée du Rhône mais aussi le long de la Loire et de l'Allier, y sera associée à quatre autres plantes invasives : le datura, l'orobanche, la renouée du Japon et la berce du Caucase. Le datura, aux graines toxiques, est présent dans le Sud-Ouest mais tend à remonter vers le Nord. L'orobanche est un fléau pour l'agriculture de l'Ouest, la renouée du Japon colonise partout les bords de routes et berges de rivières. Et la berce du Caucase, essentiellement présente en Rhône-Alpes et Nord-Pas-de-Calais, rend la peau photosensible et engendre de graves affections (dermites).

Priorité à la prévention

Le but de cette loi ? Donner des moyens de lutte, mécaniques et sanitaires, notamment aux maires et préfets. Et fixer un arsenal de mesures, sachant que face aux espèces les plus répandues, l'éradication complète paraît illusoire à nombre de scientifiques. C'est du moins ce qui ressort du symposium international qui s'est tenu le 23 mai dernier sur le sujet, à Montpellier. Renforcement des moyens de contrôle, de surveillance - et surtout du circuit décisionnel - et priorité à la prévention sont deux tendances qui se dégagent. "En France, la réglementation existante est trop sommaire, elle interdit juste à la vente deux espèces de jussies. Le code de conduite diffusé auprès des professionnels dont les jardineries – car l'introduction volontaire de plantes ornementales est un facteur majeur de développement des invasives – est trop peu respecté. En Australie, pays en avance sur le sujet, s'est développée une réelle évaluation des risques aux frontières. La perte à la vente de plantes ornementales est compensée par l'amoindrissement des coûts de gestion qu'entraînent l'expansion des invasives une fois introduites et naturalisées", explique Guillaume Fried, ingénieur agronome et botaniste expert de ces plantes à l'Anses.

Impacts et moyens

Si les données manquent en matière d'impacts économiques, ceux-ci sont avérés et deux chiffres sont souvent cités : l'ambroisie coûte quelque 20 millions d'euros à l'assurance maladie en Rhône-Alpes et, en actions de gestion et d'arrachage, les jussies colonisant les plans d'eau coûtent 350.000 euros chaque année aux Pays de la Loire. Outre les conséquences sanitaires, notamment vis-à-vis des agriculteurs qui sont les premiers touchés, ces espèces impactent l'environnement : atteintes à la qualité fourragère des prairies, intoxication dans certains cas de bovins… "Le robinier faux acacia est bien connu pour enrichir le sol en azote mais, dans certains sols, cela pose problème. Les renouées produisent des tiges et feuilles qui se dégradent mal et modifient en profondeur leur écosystème", ajoute le chercheur. Selon lui, "les élus ont aussi une part de responsabilité". Par méconnaissance, leurs services plantent par exemple sur des ronds-points de l'herbe de la pampa, une herbacée d'une dimension tout aussi généreuse que l'est sa capacité invasive. Pour lutter contre leur développement, certaines mesures sont actées, par exemple la fixation d'un niveau maximal de graines d'ambroisie dans les aliments pour oiseaux (facteur de dispersion avéré). Enfin, la lutte biologique, utilisée comme moyen de confinement des invasives, reste une piste à soutenir et généraliser.

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