La mairie du Bosc (34) offre des récréations fruitées à ses écoliers

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Hérault

Près de 100.000 fruits ont été offerts depuis trois ans dans les écoles du Bosc (Hérault), à l'initiative de la mairie. Chaque jour, une centaine d'enfants goûtent au plaisir d'une récréation tournée vers la santé.

C'est avec un joli panier rempli de fruits de toutes les couleurs qu'elle arrive chaque matin et chaque après-midi à la même heure dans les écoles du Bosc, une petite commune de 1.000 habitants, près de Lodève, dans l'Hérault. Si la "dame des fruits" est attendue avec autant d'impatience par la centaine d'enfants des maternelles et primaires, c'est qu'elle donne le signal d'une récréation savoureuse. Poire, banane, raisin, mais aussi kiwi, fraise ou cerise... les enfants redécouvrent tout simplement le plaisir de manger des fruits, ensemble. Ces récréations fruitées, totalement gratuites pour les parents, sont nées en 2001 de l'imagination du maire, Daniel Guibal, et de l'équipe municipale. Et d'un constat alarmant : "15% d'enfants obèses et 25% en surpoids en France comme dans notre commune. Des chiffres qui augmentent de 10% par an depuis trois ans. Il fallait agir vite", s'enflamme l'élu. Cet ancien responsable commercial dans une société de bureautique précise qu'il n'est "ni écolo, ni consommateur invétéré de fruits, ni médecin", mais "un maire responsable". "Il est de notre devoir d'adulte et d'élu d'accompagner les enfants dans la découverte de produits sains. Sachant que 40% des habitudes alimentaires des enfants seront reproduites à l'âge adulte."

Le rituel est mis en scène

Cette démarche de nutrition-santé se justifie d'autant plus que la commune est en forte croissance démographique : 50 écoliers en 2001, 100 aujourd'hui. Elle est saluée par les nutritionnistes qui y voient un moyen extraordinaire de couvrir les besoins journaliers des enfants en vitamines, de leur faire acquérir dès leur plus jeune âge un "réflexe fruit" et de lutter contre les cancers. "Ce qui est inédit, c'est que cela se passe dès la maternelle et tous les jours", note le maire avec fierté. Depuis trois ans, 36.000 fruits sont donc offerts chaque année aux 100 écoliers. Le 100.000e a été distribué fin décembre dernier. Oubliés les pains aux raisins, barres au chocolat et autres friandises ultra-sucrées. Place aux fruits, à volonté. Chaque enfant consomme entre deux et cinq fruits par jour. Clé de la réussite de cette opération : son aspect esthétique et ludique. Le rituel a lieu vers 10 heures et vers 15 heures. La distribution se passe en dehors des heures et de la salle de cours, dehors s'il fait beau, sous le préau en cas de pluie. Point de cagettes à l'allure industrielle. Comme une maman qui reviendrait du marché, les agents, Brigitte ou sa collègue, disposent les fruits sur la table avec des assiettes et des serviettes de couleur.

Un moment partagé

Pour ne pas banaliser la démarche, l'enfant ne se sert pas. L'adulte lui offre le fruit. "Il s'agit de stimuler l'envie chez l'enfant et non pas de le contraindre à manger le fruit. La présentation dans des corbeilles décorées, la main tendue de l'adulte, la grande variété de fruits sont les éléments forts de cette démarche", note Daniel Guibal. Brigitte connaît chaque enfant par son prénom, sait ce qu'il préfère - poire ou figue, ananas ou carambole - grâce à un questionnaire rempli en début d'année. "J'amène toujours un fruit courant et un fruit original. Ce matin, il y avait de petites bananes de Colombie, les "fracinettes", et des grenades, mais aussi du raisin et des pommes. Un succès total", se réjouit-elle. D'ailleurs, elle aussi mange les fruits. "C'est important pour les enfants de voir que nous apprécions les fruits. Cela les met en confiance." La réussite de cette opération réside aussi dans son organisation. La mairie a passé un accord avec un grossiste local qui travaille avec les producteurs. "Ce professionnel nous garantit la traçabilité des fruits, affirme Daniel Guibal. Il gère l'approvisionnement et la livraison journalière." Bien entendu, les fruits sont de saison et proviennent, lorsque c'est possible, de la région. "Nous sommes dans une région plus viticole que fruitière, à part le melon et la pêche. Nous sommes obligés de nous approvisionner sur les marchés locaux de l'Aveyron et du Vaucluse."

Toute une logistique

La distribution dans les quatre écoles de la commune (deux maternelles au même endroit et deux primaires séparées) mobilise un agent communal pendant une heure et demi le matin et une heure et demi l'après-midi. Budget de l'opération : 8.000 euros par an. "Pas plus qu'un feu d'artifice. Et bien plus utile. Je suis prêt à entrer en croisade pour défendre cette idée. Répondre à ce problème de santé publique est une histoire de motivation et de volonté, pas d'argent", estime Daniel Guibal, qui compte d'ailleurs ne pas en rester là. La mairie est en train de bâtir un projet pédagogique, avec la médecine scolaire de Lodève, pour amener les enfants à découvrir le fruit autrement. "Certaines écoles ont mis la charrue avant les boeufs. Nous avons commencé par le plaisir pour aller vers la connaissance. Nous avons pérennisé cette action avant de monter un projet pédagogique qui est maintenant réclamé par les parents." Mieux : la démarche de sensibilisation des enfants prendra toute sa mesure dans le futur groupe scolaire (une école maternelle et deux écoles primaires) qui devrait ouvrir à la rentrée en 2006-2007. La mairie a prévu d'y créer une "oasis de fruits et légumes" pour que les enfants puissent les voir pousser "en vrai".
L'inspecteur académique est récemment venu repérer les lieux. "Ce sera un lieu magique, en plein coeur du groupe scolaire. Unique en France", s'enflamme le maire qui imagine déjà la future véranda de 70 m2 décorée avec des fruits et légumes, le verger et le potager. Cette innovation nécessitera près de 39.000 euros d'investissement sur les 100.000 euros du projet global. A bon entendeur.

Anne-Isabelle Six pour Localtis

"Je suis favorable à la création d'une notion de ville santé sur le modèle de la ville fleurie"

Laurent Chevallier, nutritionniste à Montpellier, est représentant régional de la campagne nationale de dépistage du surpoids.

Que pensez-vous de l'initiative du Bosc ?

Les fruits sont très bien présentés, c'est essentiel. Car les enfants commencent par goûter avec les yeux. Entre 4 et 10 ans, deux phénomènes apparaissent dans le développement psychologique : une tendance à la néophobie, la peur de tout ce qui est nouveau, et le fait de considérer l'alimentation comme un moyen de communication, d'opposition, pour affirmer sa personnalité. L'initiative du Bosc est de ce point de vue remarquable. L'attitude des parents doit renforcer cette familiarisation des enfants avec les fruits. Le second aspect positif est d'éviter que les enfants ne consomment les produits habituellement donnés par les parents, du type barres chocolatées. Notre organisme est fait pour consommer des végétaux. La recommandation officielle - cinq fruits et légumes par jour - n'est pas facile à tenir. Ce qui compte, c'est d'en consommer tous les jours. C'est pourquoi ce choix judicieux fait par la mairie est un moyen réussi d'éducation à la santé et qui ne coûte pas si cher.

Et l'idée d'un potager où les enfants pourront cultiver des fruits et légumes?

C'est également très important de réapprendre aux enfants à toucher, sentir, voir pousser et choisir les fruits et les légumes. Il y a du chemin à faire pour que les enfants se réapproprient la nature et les aliments. D'ailleurs, le meilleur slogan face à l'obésité est "cuisinez !". Il y a quelques règles à respecter. D'abord, ne pas manger en regardant la télévision car cela diminue la concentration sur son assiette et surtout la convivialité, les échanges avec les parents (50% des gens entre 12 et 75 ans regardent la TV en mangeant le soir, 30% à midi et 17% le matin, selon le dernier baromètre santé/nutrition). Ensuite manger doucement, prendre le temps pour ne pas gober car cela est une cause majeure de l'obésité. Enfin, ne pas créer de frustration chez l'enfant, ne rien lui interdire à part les boissons sucrées. Tout le reste se négocie. Avec les gâteaux, on arrive toujours à négocier des parts.

Quelles recommandations feriez-vous aux collectivités locales concernant la nutrition des enfants ?

La remise en cause de la collation du matin telle qu'elle était proposée précédemment me paraît justifiée car elle incite au grignotage. Plus généralement, il faut se donner les moyens de lutter contre l'obésité, faire des choix. Quand on parle aux collectivités de ce sujet, elles répondent en termes de coût, de manque de temps. Le maire du Bosc démontre le contraire. Il faut sensibiliser les maires au fait que les repas vont certes coûter plus cher mais qu'ils seront bien meilleurs pour la santé des enfants. C'est quand même de la responsabilité des collectivités locales de prendre en charge les administrés dans leur globalité et pas seulement en termes de sécurité ou de voirie. Et comment mieux préserver la santé qu'en mangeant bien. Je suis favorable à la création d'une notion de "ville santé" sur le modèle de la "ville fleurie".

De plus en plus d'actions sur le terrain de la nutrition

Les initiatives locales pour inciter les enfants à se détourner des boissons et aliments sucrés et leur faire (re)découvrir les fruits et légumes se multiplient dans le pays.

Les écoles maternelles et élémentaires de Nice participent à la lutte contre l'obésité par le biais de l'opération "Le pacte des petits loups", qui organise des "repas diététiques". Brest propose pour sa part des ateliers d'apprentissage à une bonne alimentation. La mairie de Brest a reçu une enveloppe de 40.000 euros du PNNS (Programme national nutrition-santé) pour le déploiement des Ateliers Fêtavi de Sodexho dans cinq écoles de la ville. Proposés aux enfants de 8 à 11 ans, les Ateliers Fêtavi sont "un programme d'apprentissage sur les conditions d'une bonne alimentation". A Brest toujours, les 1.278 élèves du lycée Kérichen peuvent, depuis mai dernier, acheter à prix coûtant des pommes et des poires à la cafétéria. Autre démarche, nationale cette fois : l'Institut Danone décerne depuis cette année le Prix Matty Chiva qui récompense "la meilleure action pédagogique de terrain, ayant pour but d'initier l'enfant aux goûts et à l'alimentation". Du nom de l'ancien directeur du laboratoire de psychologie de l'enfant de l'université Paris-X-Nanterre, décédé en 2003, ce prix est doté de 1.500 euros. Il est ouvert à toute personne ou association loi 1901 s'adressant à des enfants de 3 à 10 ans, notamment les instituteurs et professeurs des écoles, les médecins et infirmières scolaires, les éducateurs de centres aérés et de structures périscolaires... Pour sa première édition, le Prix Matty Chiva a été attribué à Laurence Schmitter, professeur à l'école maternelle les Sables d'Or de Saint-Pierre-Montlimart (49). Sa démarche vise à "amener les jeunes enfants à avoir envie de varier leurs habitudes alimentaires en découvrant de nouvelles saveurs et de nouveaux parfums" et "faire de l'élève un acteur de cette découverte". Son principe : introduire chacune des actions du projet par des histoires, des contes ou des comptines sur l'alimentation et le goût. Elle s'adresse aux élèves de maternelle, mais aussi aux CP ou CE1.

Obésité : la prise de conscience est nationale

La lutte contre l'obésité, et notamment celle des enfants, s'impose de plus en plus comme une priorité de santé publique.

Le ministre de la Santé annonce des chiffres inquiétants avec une proportion d'enfants obèses multipliée par trois en quinze ans, passant de 5% en 1980 à 15% aujourd'hui. Le branle-bas de combat national date de 2001, avec le lancement du Programme national nutrition-santé (PNNS) qui vise à améliorer l'état de santé de la population via la nutrition. Dernier débat en date : l'installation de fontaines à eau dans les établissements scolaires, suite à une proposition de loi publiée sur le site de l'Assemblée nationale le 15 octobre dernier. Après moult débats et pressions des industriels de l'agro-alimentaire, le Parlement a finalement interdit "les distributeurs automatiques de boissons et de produits alimentaires payants et accessibles aux élèves", dans les établissements scolaires à compter du 1er septembre 2005 (article 30 de la loi sur la santé publique votée le 9 août 2004). Les décrets d'application devraient être "rapidement" promulgués, selon le ministère de la Santé. Pour Martin Hirsch, directeur général de l'Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), il s'agit de "dire aux industriels alimentaires que leur influence s'arrête aux portes de l'école". L'Afssa souhaite que la suppression de ces distributeurs dans les collèges et lycées fasse place à la distribution de fruits et légumes. Interrogé sur la possibilité d'installer des distributeurs automatiques de fruits et légumes dans les écoles, Philippe Douste-Blazy, ministre de la Santé, a répondu qu'il y avait actuellement moins d'un pour cent de ces distributeurs dans les établissements scolaires, qu'ils nécessitent un renouvellement hebdomadaire coûteux, qu'il "s'agit donc d'un faux problème". "Ce qu'on veut essayer d'éviter aux enfants, c'est le grignotage, le sucre, les graisses saturées et le sel que l'on retrouve dans les produits en vente dans les distributeurs", affirme le ministre.
Impliquer davantage les collectivités
Dans les écoles maternelles, le débat se porte aussi sur la pertinence des collations du matin et du goûter qui contribueraient à une prise de poids excessive des enfants et les empêcheraient d'avoir faim lors des repas. L'Afssa se déclare favorable à leur suppression.
Philippe Douste-Blazy a également annoncé différentes mesures en partenariat avec le ministère de l'Education nationale. Il souhaite "généraliser l'éducation nutritionnelle à l'école, tant au niveau de l'enseignement que de la restauration scolaire". 750.000 guides nutrition pour enfants et ados, édités par le ministère de la Santé, ont été diffusés fin 2004 aux élèves de cinquième. Autre souhait : renforcer l'implication des collectivités locales et des villes dans l'éducation nutritionnelle. Des conventions seront notamment signées avec les mairies pour développer ce programme d'éducation nutritionnelle dans les cantines scolaires.

Aller plus loin sur le web :
 
La présentation du Prix Matty Shiva 2005, qui comprend notamment une catégorie "école" et une autre "périscolaire".
 

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