Localtis

La ministre des Sports veut mettre les écoliers à l'eau dès trois ans

Publié le
par
Jean Damien Lesay pour Localtis
dans

Jeunesse, éducation et formation

Tourisme, culture, loisirs

Pour lutter contre les noyades chez les enfants de moins de six ans, la ministère des Sports, Roxana Maracineanu, lance en cette rentrée scolaire 2019 les plans "Aisance aquatique" et "La natation sécuritaire".  Face au manque de créneaux dans les piscines publiques, la ministre mise sur "tous les mètres carrés de plans d'eau qui existent en France".

L'apprentissage de la natation est l'un des chevaux de bataille de la ministre des Sports, Roxana Maracineanu. Non seulement parce qu'elle est une ancienne championne du monde dans cette discipline, mais surtout parce que le nombre de noyades accidentelles chez les enfants de moins de six ans a crû de 96% entre 2015 et 2018 en France.

Séjours de natation

Pour lutter contre ces noyades, le ministère des Sports, en lien avec les ministères de l’Éducation nationale, de l’Intérieur et de la Santé, a mis sur pied le plan Aisance aquatique. Ce plan vise à la mise en œuvre de mesures concrètes parmi lesquelles une rénovation des enseignements de la natation à destination des plus jeunes. C'est le sens de l'appel à projets "Classe bleue et formation", lancé au mois d'août et sur lequel la ministre est revenue lors d'un point presse le 4 septembre (sur les autres points abordés lors de ce point presse, lire notre article du 5 septembre).

En une phrase, selon la ministre, "l'ambition en termes d'apprentissage de la natation est d'atteindre dès le CP l'objectif aujourd'hui visé pour le CM2". La méthode ? Concentrer le premier apprentissage sur une semaine ou deux. Les instituteurs pourront ainsi proposer à leur classe des sessions groupées sur une ou deux semaines de façon à apprendre dès trois ans la "natation sécuritaire", c'est-à-dire la capacité pour un enfant de traverser un bassin de vingt mètres en plongeant puis en reprenant de l'air alternativement. "À travers une expérimentation menée au sein de l'académie de Paris l'année dernière, nous avons vu que cela était possible", a commenté la ministre. Pour les enfants de quatre à cinq ans, ces classes bleues pourront même être organisées sous forme de séjour avec hébergement dans des lieux labellisés par le ministère des Sports.

"Aujourd'hui, l'organisation n'est pas bonne"

À travers l'appel à projets, lancé avec l'Agence nationale du sport, les territoires vont pouvoir proposer des solutions. "Il pourra être possible de prendre les 6-10 ans en apprentissage jusqu'au mois d'avril puis les maternelle en mai et juin, ou encore d'organiser des classes bleues sur le territoire voire d'envoyer des enfants sur d'autres territoires en classe externalisée avec hébergement. C'est quelque chose dont les collectivités veulent vraiment se saisir", a ajouté Roxana Maracineanu.

À ceux qui rétorquent que les créneaux manquent dans les piscines publiques, la ministre répond qu'"aujourd'hui, l'organisation n'est pas bonne". Pour elle, "l'enfant ne va effectivement dans l'eau que vingt minutes par semaine et cela dure quatorze semaines durant lesquelles on organise des déplacements qui leur font manquer une demi-journée de classe à chaque fois. Je préconise donc une mise en situation dans l'eau plus fréquente, ramassée sur une ou deux semaines, et après c'est terminé".

Utiliser les bassins privés

La ministre des Sports a même d'autres solutions pour faire face au manque de bassins. D'abord à travers les financements de nouveaux équipements, y compris les bassins d'apprentissage mobiles dont le ministère soutient le développement. Mais Roxana Maracineanu entend encore prendre en considération "tous les mètres carrés de plans d'eau qui existent en France". Cela passe par les piscines des campings et même les piscines individuelles. "Pourquoi ne pas rassembler chez un particulier les enfants d'un quartier autour d'un éducateur formé pour leur enseigner l'aisance aquatique ?" a lancé la ministre.

Autre point soulevé par les classes bleues : l'encadrement. "L'idée est de faire accepter à l'école l'intervention d'éducateurs associatifs ou de parents agréés et formés qui ne se contenteraient plus de s'occuper des transports ou des vestiaires mais interviendraient aussi dans l'apprentissage de l'aisance aquatique." On peut également penser que les Étaps (éducateurs territoriaux des activités physiques et sportives) pourraient être mis à contribution.

Quel rôle pour l'école ?

In fine, il est question de créer des ponts entre la natation scolaire et les clubs. "Une fois que les enfants, à six ans, ont acquis la natation sécuritaire, est-ce encore le rôle de l'école de s'en occuper ? s'interroge la ministre des Sports. Il vaudrait mieux que l'école s'occupe des 6-10 ans qui ne savent toujours pas nager. La natation pouvant ensuite être reprise au collège comme un sport classique. C'est aussi un moyen pour les clubs d'avoir une plus grande ouverture vers ce public auprès duquel ils seront intervenus."

Alors que l'académie de Paris a inscrit l'apprentissage de la natation pour les 3-6 ans dans sa dernière circulaire, la ministre n'exclut pas, à terme, de rendre la natation obligatoire dès trois ans. La réforme de l'obligation scolaire dès cet âge pouvant, de fait, contribuer à parvenir à ce résultat.

Haut de page