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Petite enfance : la plateforme pour l'avenir de la PMI plaide pour une gouvernance nationale

La plateforme "Assurer l'avenir de la PMI" a adressé, le 24 juillet, un courrier au Premier ministre "au sujet de la politique du gouvernement concernant la protection maternelle et infantile et la planification familiale (PMI‐PF)". La plateforme regroupe aujourd'hui une quinzaine de structures : les syndicats de salariés et les organisations professionnelles du secteur, mais aussi l'Uniopss, ATD Quart Monde ou la Confédération syndicale des familles.

Ce courrier intervient après que la PMI a connu des moments difficiles lors du confinement. Elle a en effet été mise en cause par des Eaje (établissements d'accueil du jeune enfant) pour son manque de soutien et de réactivité durant la crise sanitaire et a fait l'objet de très vives critiques ("négligence", "retrait et/ou inadéquation totale"...) dans une lettre ouverte de l'Institut petite enfance de Boris Cyrulnik adressée au président de la République le 1er avril dernier. Tout en répondant point par point à ces accusations, la plateforme ne niait pas alors "les insuffisances notables dans la réponse que les équipes de PMI peuvent apporter, tant auprès des familles que des assistantes maternelles et des Eaje", invoquant le manque de moyens. Un constat partagé également par le rapport de Michèle Peyron, députée (LREM) de Seine-et-Marne, remis au gouvernement il y a un an et qui évoquait "une crise majeure de la protection maternelle et infantile dans notre pays" et réclamait sa "refondation" (voir notre article ci-dessous du 17 juin 2019).

Dans sa lettre au Premier ministre, la plateforme formule donc un certain nombre de revendications, reprises pour l'essentiel du document qu'elle avait remis à Adrien Taquet, le secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, le 11 mars dernier, juste avant l'état d'urgence sanitaire. Elle sollicite ainsi un arbitrage en vue d'"adopter un plan de financement de la PMI‐PF à hauteur de 200 millions d'euros d'ici 2022". Cette enveloppe correspondrait à 100 millions "au titre du rattrapage des dix années écoulées" et 100 autres millions "pour mettre en œuvre les priorités de l'engagement n°1 de la stratégie de prévention et de protection de l'enfance".

Des objectifs ambitieux, qui tardent à se concrétiser

Cette stratégie présentée il y a quelques mois par Adrien Taquet (sur son contenu, voir notre article ci-dessous du 15 octobre 2019) affiche en effet des objectifs très ambitieux : doublement du nombre de visites à domicile pré et postnatales, développement des consultations infantiles pour les 0-6 ans, renforcement de la possibilité de soutien à domicile par des interventions de TISF (technicienne d'intervention sociale et familiale) sur la période périnatale, développement du relayage auprès des parents confrontés à des situations particulières de vulnérabilité, création de vingt nouveaux relais parentaux (au lieu de dix actuellement), soit l'équivalent de 500 places supplémentaires... Mais, avec l'impact de la crise sanitaire, cette stratégie tarde à se concrétiser.

La plateforme formule également des revendications statutaires et salariales, comme l'alignement de la rémunération des médecins de PMI sur celle des praticiens hospitaliers, la création d'un cadre d'emploi pour les conseillers conjugaux, la reconnaissance d'un cadre d'exercice des puéricultrices "reconnaissant pleinement leurs compétences et valorisant financièrement leur activité et revalorisant leur grille au-delà des propositions du Ségur de la santé"...

Pour une "gouvernance partagée du dispositif de PMI"

Mais les organisations de la plateforme souhaitent aussi revoir entièrement la gouvernance de la PMI, aujourd'hui entre les mains des départements. Ils proposent ainsi d'"inscrire dans la législation une gouvernance partagée du dispositif de PMI". Celle-ci prendrait une double forme. D'une part, "un organe d'impulsion de la politique nationale de PMI associant le ministre de la Santé, le président de l'ADF [Assemblée des départements de France] et le directeur général de la CNAMTS". Cette instance ne comprendrait donc pas la Cnaf, pourtant très impliquée dans la périnatalité (les prestations pré et postnatales étant conditionnées au respect des examens obligatoires) et qui finance le soutien à la parentalité.

D'autre part, un "organe d'impulsion technico‐administratif, à savoir le Cana‐PMI reconnu règlementairement et co‐piloté par la DGS et la direction santé‐social de l'ADF". Le Comité d'animation nationale des actions de PMI (Cana-PMI) a été créé par la loi du 26 janvier 2016 de modernisation de notre système de santé.

Au-delà de la saisine du Premier ministre et d'une demande de rendez-vous, la plateforme souhaite également être associée au futur Ségur de la santé publique, annoncé par Olivier Véran mais dont le calendrier n'a pas encore été fixé.

 

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