La région Nord-Pas-de-Calais affûte ses indicateurs pour évaluer ses politiques publiques

Santé, médico-social, vieillissement

Social

Le produit intérieur brut (PIB) ne permet pas de mesurer le développement de la santé, de l’éducation, de l’égalité des chances, de l’empreinte écologique… Pour piloter ses politiques publiques, la région Nord-Pas-de-Calais fait donc appel à d’autres indicateurs. Une manière de « rendre visible » ce qui compte vraiment. Les citoyens en redemandent !

Si l’on se place dans l’optique du PIB, toute action économique, même néfaste, génère de la valeur. Ainsi les accidents de voiture, parce qu’ils font travailler les médecins, les assureurs, les garagistes…, sont considérés comme des vecteurs de développement. Ce miroir déformant induit un modèle de développement qui pousse au gaspillage. D’où l’intérêt de ces nouveaux indicateurs qui sont en train d’émerger. Comme le PIB, ils sont synthétiques, c'est-à-dire qu’ils agrègent différents paramètres, mais en tenant compte de facteurs autres que purement économiques. La région Nord-Pas-de-Calais a décidé d’utiliser ces outils d’évaluation.

Quatre indicateurs pour « mesurer l’invisible »

« En 2003 nous avons lancé la démarche Indicateurs 21. L’idée était d’avoir des indicateurs de richesse qui soient complémentaires, voire alternatifs au PIB afin de mesurer le développement régional. Nous voulons mesurer l’économique, mais aussi le progrès social et la pression qu’exerce l’homme sur son environnement. En effet, tout ce qui n’est pas mesuré est invisible », explique Myriam Cau, vice-présidente de la région Nord-Pas-de-Calais, qui relate la genèse de cette démarche. La région a choisi quatre indicateurs. D’abord l’empreinte écologique, qui permet de mesurer l’impact de l’homme sur l’environnement. Ensuite l’indicateur de développement humain, qui combine trois variables : l’espérance de vie, le niveau de scolarité et le revenu par habitant. Le troisième, l’indice de participation des femmes (IPF), mesure la participation des femmes à la vie politique et économique. Enfin, le conseil régional a travaillé sur le « baromètre des inégalités et de la pauvreté » (BIP40), et plus récemment sur « l’indicateur de santé sociale » (ISS). Ce dernier présente l’avantage d’être calculé dans toutes les régions françaises et de mesurer également le lien social.
A la lumière de ces nouveaux indicateurs, le sens des politiques publiques mises en œuvre par la région Nord-Pas-de-Calais s’est affirmé. Cela est particulièrement évident en ce qui concerne les transports. La région a décidé d’orienter tous ses crédits sur les transports en commun au détriment des infrastructures routières. En termes de PIB, le résultat est le même, mais pas en termes d’empreinte écologique. Cet indicateur met en lumière le fait que les transports en commun limitent les émissions de gaz à effet de serre et préservent l’environnement, deux objectifs majeurs que la région s’est donnée dans son Agenda 21.

Des citoyens se forment et donnent leur avis

Afin de permettre aux citoyens de se prononcer sur les indicateurs de développement qu’elle utilise, la région a organisé en 2009 une conférence citoyenne. Un panel de 15 personnes, représentatives des habitants du Nord-Pas-de-Calais, ont été sélectionnées et formées afin d’avoir une vision claire du sujet traité, et ont donné leur avis. « J’étais dubitative, avoue Myriam Cau, car le sujet est complexe. Les indicateurs peuvent apparaître comme une usine à gaz déconnectée du réel. Pourtant les citoyens s’en sont saisis et se sont interrogés sur leur conception de la richesse, du bonheur, du bien-être… C’était passionnant ».
A l’issue d’une audience publique, la conférence citoyenne a rendu son avis, pointant les avancées permises par les indicateurs, mais aussi leurs limites. Deux d’entre eux ont été plébiscités : d’une part l’empreinte écologique, perçue comme l’indicateur le plus pédagogique, quoique mesurant mal la biodiversité dans sa globalité ; d’autre part l’indicateur de santé sociale, jugé très utile bien qu’utilisant des pondérations susceptibles de fausser les mesures.
Forts de cet avis, les chercheurs et les élus vont pouvoir affiner encore leurs indicateurs et les présenter au grand public. Demain ils permettront de fixer les objectifs à atteindre par la région en matière de développement durable, et, pour peu que les autres collectivités territoriales s’en saisissent, de les décliner au plus près des citoyens.

Luc Blanchard, pour la rubrique Expériences du site Mairie-conseils
 

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Pierre-Jean LORENS

Directeur du développement durable, de la prospective et de l'évaluation
pierre-jean.lorens@nordpasdecalais.fr
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