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La smart agriculture a besoin de très haut débit

Avec l'arrivée des capteurs, d'équipements bardés d'électronique et de drones, la transformation numérique de l'agriculture a déjà commencé. Une note de l'Arcep souligne que le très haut débit – 5G ou satellite – représentera une rupture avec son entrée dans l'ère du big data. Des arguments de plus en faveur du THD pour tous et partout.

Pour anticiper l'évolution des réseaux télécoms, l'Arcep a engagé en septembre 2018 un cycle de réflexion sur les besoins des secteurs d'activité à échéance de 5 à 10 ans. Des travaux qui sont le fruit d'une réflexion transverse au sein de l'autorité, d'échanges avec des acteurs spécialisés de la thématique arbitrés par un comité d'experts. Après s'être intéressée à la voiture connectée, aux territoires intelligents et à l'empreinte carbone du numérique en 2019, l'autorité a publié mi- janvier une note sur l'agriculture connectée. Un sujet qui intéressera plus particulièrement les élus défendant la couverture intégrale en très haut débit. 

L'agriculture connectée existe déjà

Puissance agricole, la France est confrontée comme les autres pays producteurs à des enjeux de productivité, de souveraineté alimentaire et de traçabilité auxquels viennent s'ajouter les défis environnementaux. Et comme tous les secteurs, l'agriculture n'échappe pas au phénomène de numérisation dont la note de l'Arcep explore plusieurs aspects. Le premier concerne "l'agriculture de précision", autrement dit celle recourant à l'usage de solutions pour intervenir au bon moment, au bon endroit avec la bonne dose de produit phytosanitaire. Des solutions qui utilisent le satellite mais aussi de plus en plus des drones et des capteurs placés sur le terrain.  L'agriculture n'échappe ensuite pas à l'automatisation : électronique embarquée, robot-tracteur, traite automatique, contrôle distant des installations à l'aide de capteurs… Autant d'usages qui impliquent des réseaux adaptés. L'Arcep note que les réseaux dits bas débit (Zigbee ou Sigfox/loRa) couvrent une partie des besoins, notamment en matière de collecte de données environnementales, "une connectivité haut débit n’apparaissant pas comme un préalable à l’apparition et au développement de ces applications". Dès qu'il y a de l'image (photo aérienne, vidéo), le haut ou très haut débit devient en revanche indispensable. Quant à l'automatisation, elle fonctionne souvent hors réseau même si la "connectivité très haut débit enrichit les possibilités d’automatisation".

Le THD, levier pour de nouveaux usages et nouveaux acteurs

Si la connectivité n'est pas une condition préalable aux usages, le très haut débit pourrait amener des ruptures technologiques majeures en faisant entrer l'agriculture dans l'ère du big data. "La combinaison d’analyse de paramètres en temps réels et d’informations contextuelles accessibles sur des bases de données ouvertes (météo, cartographie des sols…) peut permettre une action immédiate sur une exploitation lors du passage d’un équipement agricole" souligne par exemple l'Arcep. Le big data ouvre également la voie au recours à l'usage d'algorithmes plus puissants, auto-apprenant dopés à l'intelligence artificielle. Avec à la clef des calculs prédictifs et un suivi de l'exploitation en temps réel. 
A court terme, l'absence de réseaux de qualité a une autre conséquence dommageable : l'enfermement des agriculteurs dans des solutions embarquées dont les caractéristiques sont à la fois d'être propriétaires (non ouverte / interopérable) et couteuses (mémoire, capteurs, logiciels). Autrement dit, connecter les agriculteurs à la 5G ou à un réseau satellitaire THD, permettrait d'ouvrir le marché et de faire entrer de nouveaux acteurs proposant des solutions dans le cloud, accessibles en location ou sur abonnement. 

Les Gafam en embuscade ?

Si les maires ruraux trouveront dans ce document des arguments supplémentaires pour défendre l'impératif d'une couverture intégrale du territoire en très haut débit, l'Arcep invite à ne pas se focaliser pour autant uniquement sur les réseaux. L'arrivée de l'agriculture pilotée par la donnée va en effet s'accompagner d'un déplacement de la valeur vers les acteurs les mieux à même d'exploiter les nouveaux gisements de données et de concevoir les algorithmes les plus performants. Plateformes de données agronomiques, coopératives, équipementiers agricoles, géants de l'agro-alimentaire… nombreux sont ceux à se positionner sur ce créneau de la "smart agriculture". Mais sans stratégie européenne, la mise pourrait être remportée par les Gafam qui ont d'ores et déjà commencé à multiplier les rachats des startups les plus prometteuses de ce secteur.