Charente-Maritime

L'aménagement d'aires d'accueil pour les gens du voyage

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Depuis 1997, la communauté d'agglomération de La Rochelle met directement en oeuvre sa compétence d'accueil des gens du voyage. Une expérience qui fait école puisqu'elle ne présente que des effets positifs : bonnes relations avec les gens du voyage, aucune dégradation ni conflits ni impayés, tout en tendant vers un autofinancement. Ce concept novateur à la base intéresse de nombreux élus.

La commune de La Rochelle est depuis vingt ans un lieu d'étape très fréquenté par les gens du voyage. Aussi, en 1994, son maire décide d'aménager deux terrains d'accueil (similaires à des aires de camping) avec des sanitaires, des douches communes et des barrières, et de les doter d'un gardiennage. Cette solution s'avère rapidement inadaptée puisque la commune constate l'existence de conflits et de dégradations. D'autres terrains sont par ailleurs occupés de façon illicite dans les communes avoisinantes. En 1997, la compétence est transférée à la communauté d'agglomération de La Rochelle. Son président missionne alors un technicien de la communauté pour créer un service Accueil des gens du voyage et créer des aires dans toutes les communes du territoire de plus de 5.000 habitants, conformément à la première loi Besson. Une commission se crée, composée d'un élu représentant chaque commune et d'un vice-président très impliqué. La première année, le technicien de la communauté sillonne l'Hexagone afin de repérer des solutions déjà mises en place par d'autres territoires. Et pour mieux comprendre les gens du voyage, leur culture, leur mode de vie et leurs besoins, il partage leur quotidien pendant deux semaines lors d'une opération humanitaire en Roumanie. Forte de cette expérience, la communauté d'agglomération décide de favoriser une approche nouvelle, respectueuse des personnes et au service des gens du voyage. Il affichera par ailleurs la plus grande simplicité, tant pour les utilisateurs que pour les agents de la communauté d'agglomération. Une année de préparation est nécessaire afin de finaliser le projet. En 1998, une équipe de six agents est recrutée pour constituer le service.

Considérer les gens du voyage comme des citoyens

En novembre 2000, une première aire d'accueil s'ouvre, sans chicane ni barrière ni gardien. Des emplacements de 180 m2 sont libres d'accès, ce qui permet d'accueillir les voyageurs sans distinction de revenus. Chaque espace propose des équipements individuels : préau, WC et douche. Une information à l'utilisation des WC reste parfois nécessaire, leur utilisation n'étant pas forcément dans les usages des voyageurs. Les clés des équipements individuels sont remises après acquittement d'une caution de 76 euros. Un système de prépaiement et de télégestion est mis en place pour l'eau et l'électricité : l'occupant paye à l'avance le crédit d'eau et d'électricité qu'il souhaite. Les tarifs, peu élevés (2,50 euros/m3 pour l'eau et 0,20 euro/kWh pour l'électricité), permettent d'accueillir des voyageurs de tout niveau social. Les familles participent également aux charges (ramassage des ordures ménagères, éclairage du terrain, passage de la balayeuse) au même titre que dans les autres quartiers ; cette somme est incluse dans les prix de l'eau et l'électricité. Après consommation du crédit prépayé, l'arrivée d'eau ou d'électricité est coupée. Aussi, un agent de la communauté d'agglomération édite un tableau quotidien (dimanche compris) de la situation des voyageurs et la leur communique.

La communauté d'agglomération souhaite que la relation humaine reste prépondérante. "Ce rapport direct est sans aucun doute l'une des clés de la réussite de notre action, souligne le responsable du service. Un accueil nécessite un contact, même minime." Le contact humain permanent permet également aux agents d'anticiper et de faire intervenir les services sociaux très rapidement lorsqu'un problème est constaté (violence, ébriété). Au moment du départ des voyageurs, un état des lieux est réalisé, la caution et le crédit d'eau et d'électricité non-consommé leurs sont remboursés. Et le résultat est évident : lorsque les agents autrefois avaient recours à des systèmes plus automatisés, c'est la casse et les incivilités qu'ils devaient gérer.
Avant l'ouverture de la première aire, les riverains ont été informés de la démarche lors d'une réunion publique. "La réunion précédant la mise en place de la première aire en 2000 avait été très difficile, raconte le responsable du service. 300 personnes fermement opposées s'étaient mobilisées." Malgré cette résistance, l'aire d'accueil a été mise en place et l'expérience s'est révélée positive. Ces mêmes riverains ont ensuite été invités à témoigner lors des réunions précédant l'ouverture de trois autres aires. En plus des réunions publiques, la communauté d'agglomération s'appuie sur les relais locaux, comme les présidents d'associations de quartier, pour communiquer avec les riverains.

Les trois autres aires d'accueil sont aménagées sur le même mode. Leur conception est réalisée de façon à satisfaire les besoins des familles : aux WC est ajouté un robinet de puisage, les évacuations des eaux usées des lave-linge sont dans les murs et non à l'extérieur, les pentes des douches et des WC sont particulières. Ces aménagements ne sont pas difficiles à réaliser mais ils méritent un suivi particulier lors de la confection. Chaque aire s'apparente à un petit lotissement, situé à moins d'un kilomètre des services (écoles...) et à plus de 300 mètres des premiers riverains. Certaines aires sont plus coûteuses à mettre en place car elles nécessitent la mise en place de nouveaux réseaux. Des pistes cyclables sont parfois créées pour faciliter les déplacements jusqu'à l'école.

La gestion des consommations d'eau et d'électricité nécessite un logiciel simple et fonctionnel pour les gens du voyage, adapté et fiable, avec une maintenance performante. La communauté d'agglomération a donc fait réaliser un outil informatique sur mesure par une entreprise. Ce point s'est avéré crucial pour être crédible, car la solution informatique choisie doit permettre un mode de gestion irréprochable. La société éditrice du logiciel apporte une aide technique gracieuse à la communauté d'agglomération : un retour commercial offert à la structure intercommunale, pionnière du programme informatique, qui a prouvé et fait reconnaître ses performances.
Dans cette opération, les gens du voyage sont considérés comme des citoyens dépendant au même titre que tous les autres du droit commun. Seule une association a été mise en place par la communauté d'agglomération afin d'établir une passerelle entre les voyageurs et les structures existantes. Les élus locaux et la police municipale vont sur l'aire d'accueil comme dans tout autre quartier de la ville.

Un bilan financier et qualitatif positif

L'Etat cofinance les frais d'investissement pour chaque place de caravane (75 m2) à 70%, avec un maximum de 15.000 euros, complété par le conseil général à hauteur de 2% du coût. Le budget global des quatre aires d'accueil ouvertes se répartit comme suit : 48% de l'Etat, 2% du conseil général et 50% de la communauté d'agglomération. Pour le fonctionnement, l'Etat attribue une aide mensuelle de 132 euros par place. La communauté d'agglomération a veillé à ce que la solution choisie ait un coût de fonctionnement minime. En 2003, les comptes ont fait apparaître des dépenses de personnel de 200.000 euros, des dépenses de fonctionnement de 125.000 euros et des recettes de 195.000 euros. L'autofinancement atteint les 60%. En 2004, le nombre d'aires d'accueil a doublé, favorisant l'augmentation des recettes sans modifier les charges de personnel. L'autofinancement va donc s'accroître. Cette tendance va se poursuivre avec l'ouverture des deux prochaines aires en 2006 et 2007.
Les quatre aires d'accueil fonctionnelles proposent 6 à 14 emplacements, soit 12 à 28 caravanes. Au total, 52 emplacements ont été créés permettant l'accueil de 108 caravanes. Toutes les aires sont gérées informatiquement à distance : chaque terrain est visualisé avec ses emplacements et un agent peut connaître en temps réel le nom des occupants, l'historique des compteurs, ainsi que les consommations d'eau et d'électricité.  Le système des équipements individuels favorise la responsabilisation des utilisateurs et prévient les dégradations. Depuis l'ouverture de la première aire d'accueil en 2000, la communauté d'agglomération n'a changé que deux robinets et un interrupteur. Aucun compteur n'a été endommagé. Les terrains sont occupés à 95% pendant l'été et à 100% le reste de l'année. Une sur-occupation des aires de 50 à 60% peut être observée en période de pointe : avec une surface de plus de 200m2, les emplacements peuvent en effet accueillir trois caravanes, au lieu de deux habituellement. L'hiver, les voyageurs installent souvent une troisième caravane pour avoir une cuisine couverte. Les occupations sauvages de terrains non aménagés ont largement diminué, et les relations entre la communauté d'agglomération et les voyageurs sont bonnes. Les bilans financier et qualitatif de l'action sont très favorables, stimulant l'implication volontaire des élus sur ce thème. La dimension intercommunale apporte en plus une solidarité sur ce thème.
Deux autres aires supplémentaires sont en projet (automnes 2006 et 2007) pour que toutes les communes du territoire de plus de 5.000 habitants disposent d'un espace pour l'accueil des gens du voyage. Si la solution proposée par la communauté d'agglomération affiche des résultats très positifs, sans problème particulier à souligner, des inquiétudes pour l'avenir se font toutefois jour. On observe en effet une sédentarisation progressive des gens du voyage qui s'accompagne d'une dépendance croissante vis-à-vis des aides sociales. Les adolescents n'apprennent plus de métier, l'oisiveté se développe. Cette évolution risque d'entraîner à terme des phénomènes de bande et des délits.

 

Willy Guieau, directeur du CPIE du Velay

 

Le conseil des élus

"Le projet a été monté pour eux et non pour nous. Le président de la communauté a su faire preuve d'un humanisme visionnaire et a compris au bon moment qu'il fallait agir tôt afin d'éviter d'aller au devant de graves difficultés."

Contact(s)

Communauté d'agglomération de La Rochelle

6, rue Saint-Michel
17000 La Rochelle
05 46 30 34 00
Nombre d'habitants : 164332
Nombre de communes : 28
Nom de la commune la plus peuplée : La Rochelle (80000 hab.)

Didier Proust

responsable du service Accueil des gens du voyage

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