L'Assemblée débat du "devoir d'agir" face à la pauvreté

Un débat sur les politiques de lutte contre la pauvreté organisé à l'Assemblée à l'initiative du groupe LR a fait émerger de toutes parts des inquiétudes sur les années à venir. Avec des préconisations évidemment très diverses - et rarement inédites -, des critiques sur l'insuffisance des dispositifs actuels... et, côté majorité et gouvernement, via Olivier Véran, l'accent mis sur les mesures mises en place depuis le début du quinquennat (plan pauvreté notamment) et plus encore depuis le début de la crise.

Le 12 janvier, dans le cadre de la semaine de contrôle du gouvernement, l'Assemblée nationale organisait, à l'initiative du groupe Les Républicains, un débat sur les politiques de lutte contre la pauvreté. Le Sénat avait déjà organisé, au sortir du premier confinement, un débat voisin sur "les conditions de la reconstruction du pacte social national dans le cadre de la sortie de la crise sanitaire" (voir notre article du 2 juin 2020). Entretemps, la seconde vague de la pandémie et le second confinement ont encore accru l'acuité de cette question, même si les "stabilisateurs automatiques" du système de protection sociale français et les dispositifs mis en place pour faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire ont, jusqu'à présent, limité les répercussions sociales de la pandémie. Les inquiétudes sur les années à venir ont toutefois conduit à certaines tensions durant le débat.

Revenu universel et minimum jeunesse

Julien Dive, député (LR) de l'Aisne, qui ouvrait le débat, a ainsi affirmé que "s'il y a une chose en marche dans cette République à l'arrêt, c'est l'appauvrissement d'une part croissante de la population". Il s'est toutefois cantonné à la question de la précarité alimentaire et s'est prononcé pour l'instauration d'un "chèque alimentaire qui aiderait les ménages précaires à accéder à des produits de qualité et à se tourner vers une alimentation saine et locale". Les autres orateurs des groupes intervenus dans la première partie du débat ont suggéré différentes mesures. Brahim Hammouche (Modem) propose ainsi de reprendre les réflexions et la concertation lancée en septembre 2018 par Emmanuel Macron sur l'idée d'un revenu universel, une demande partagée par Valérie Petit (Agir Ensemble), mais sous la forme du "socle citoyen", qui a fait l'objet d'une récente résolution signée par une cinquantaine de députés de la majorité (voir notre article du 8 décembre 2020).
Pour sa part, Joël Aviragnet (PS) plaide plutôt pour "l'instauration d'un minimum jeunesse par la création d'une dotation universelle et d'un revenu de base pour les jeunes à partir de 18 ans", tandis que Valérie Six (UDI) insiste sur "l'insertion sur le marché du travail [qui] constitue le meilleur moyen de lutter contre la pauvreté".  

"Un océan de pauvreté"

Pour Jean-Luc Mélenchon (LFI), qui évoque "un océan de pauvreté", "il faudrait tout changer, en particulier les critères permettant de se voir attribuer un revenu". La remarque vise notamment les 800 millions d'euros "alloués à l'entraide" au regard des 100 milliards du plan de relance. De son côté, Jean-Michel Clément (Libertés et Territoires) regrette "que le plan de relance et la stratégie de lutte contre la pauvreté continuent d'oublier un certain nombre de nos concitoyens", tandis qu'Elsa Faucillon (Gauche démocrate et républicaine) estime "urgent de revaloriser les minima sociaux et d'abandonner définitivement [la] réforme du chômage" et soutient la demande d'ouverture du RSA aux 18-25 ans.
Fadila Khattabi (Lrem) rappelle l'enveloppe de 8,5 milliards "consacrée à la stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté avec un objectif clair fixé par le président de la République : faire plus pour ceux qui ont moins". Elle insiste également sur la contractualisation entre l'État et les départements en matière de lutte contre la pauvreté et souhaite en connaître les résultats. Enfin, Aurélien Pradié (LR) juge qu'"aujourd'hui le défi sanitaire nous obsède, bientôt le défi de la pauvreté nous hantera. Nous n'avons plus le droit de l'ignorer, nous avons un seul devoir urgent : le devoir d'agir".

Un bilan des mesures avant et après le confinement

Dans sa réponse, Olivier Véran a souligné que la principale porte d'entrée dans la pauvreté est la perte de son emploi ou la difficulté à en trouver un. Il rappelle aussi que "le confinement a montré que le pays ne pouvait pas tourner sans les personnes qui aident les Françaises et les Français au quotidien". Mais le ministre des Solidarités et de la Santé dresse surtout le tableau des mesures prises depuis le début du quinquennat : revalorisation de la prime d'activité jusqu'à 100 euros par mois, hausse de plusieurs autres prestations (AAH, allocation de solidarité aux personnes âgées), création de la complémentaire santé solidaire, reste à charge zéro depuis le 1er janvier sur les lunettes, les soins dentaires ou les prothèses auditives, scolarité obligatoire dès trois ans...
Il insiste davantage encore sur les mesures prises depuis le début de la crise sanitaire, avec en particulier le chômage partiel pour "pour permettre, 'quoi qu'il en coûte', aux Français empêchés, de fait, de travailler, de continuer à vivre en percevant toujours une rémunération", le dispositif "un jeune, une solution", ou encore l'accompagnement des artisans, des commerçants et des autres indépendants. Par ailleurs, au-delà de ces mesures générales, 3 milliards d'euros ont été dégagés pour des mesures d'urgence, qui s'ajoutent aux 8 milliards d'euros de la stratégie de lutte et de prévention de la pauvreté. 
Tous ces thèmes sont ensuite revenus dans la dernière partie du débat, consacrée aux questions-réponses, mais sans apporter de précisions supplémentaires.

 

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