Caroline Megglé

Le Cese appelle à une grande mobilisation contre l'isolement social

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Se fondant sur les résultats encourageants de la Mobilisation nationale contre l'isolement des âgés (Monalisa), le Conseil économique, social et environnemental invite les pouvoirs publics à se saisir globalement de l'enjeu de l'isolement social qui toucherait 5,5 millions de personnes de tous les âges en France. L'assemblée a adopté un avis préconisant le déploiement d'équipes citoyennes en France et la construction d'une politique publique transversale, notamment au niveau communal, qui s'appuierait sur les associations, les travailleurs sociaux ou encore les jeunes en service civique.

Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) doit accompagner la "recomposition du lien social", pour Jean-François Serres, référent national de la Mobilisation nationale contre l'isolement des âgés (Monalisa). L'avis et le rapport qu'il présentait ce 28 juin, intitulés "Combattre l’isolement social pour plus de cohésion et de fraternité", ont été adoptés à l'unanimité par l'assemblée représentative de la société civile organisée.
L'isolement social - le fait de n'avoir pas ou quasiment pas de relation sociale - concernerait aujourd'hui 5,5 millions de personnes en France ; au-delà, 22% des Français seraient en risque d'isolement social, puisqu'ils n'auraient des liens réguliers que dans une seule sphère (1).

350 organisations signataires de la charte Monalisa

Parmi les 5,5 millions de personnes concernées, 1,2 million ont plus de 75 ans. Après la canicule de 2003, le phénomène d'isolement des personnes âgées a davantage été pris en considération par les pouvoirs publics, avec notamment une grande cause nationale attribuée en 2004 à l'association les Petits Frères des pauvres et au collectif Appel à la fraternité.
En 2014, la Mobilisation nationale contre l'isolement des âgés (Monalisa) a été lancée par 40 organisations signataires d'une charte. "Trois ans après, ce sont plus de 350 organisations signataires : la mobilisation a vraiment pris", souligne Jean-François Serres, interrogé par Localtis. "Mais où sont les 4,3 millions de personnes isolées restantes dans les médias ? On en parle très peu", poursuit-il.

"Le lien social n'est pas une marchandise"

Le responsable associatif, ancien délégué général des Petits Frères des pauvres, estime que Monalisa a fait ses preuves et qu'il convient désormais d'étendre cette mobilisation au phénomène d'isolement social dans sa globalité, qui toucherait tous les âges et toutes les catégories de la société. Et en particulier les jeunes - un étudiant sur quatre -, les personnes en situation de handicap ou de précarité, les familles monoparentales ou encore certains professionnels tels que les agriculteurs.
"Le lien social n'est pas une marchandise, il ne peut pas devenir un marché", a affirmé le rapporteur de l'avis du Cese devant ses collègues. Dans un contexte où La Poste est en train de lancer un service payant de visite à domicile des personnes âgées par les facteurs, la précision a son importance. Autre élément de cadrage - classique, dès qu'on évoque la participation citoyenne : "l'engagement ne peut devenir un prétexte au désengagement de l'Etat".

Articuler action institutionnelle et professionnelle et mobilisation des citoyens 

Le Cese appelle d'abord à améliorer la connaissance du phénomène de l'isolement social, qu'il propose de définir comme "la situation dans laquelle se trouve la personne qui, du fait de relations durablement insuffisantes dans leur nombre ou leur qualité, est en situation de souffrance et de danger".
"Cette définition permettra de déployer des modes d'observation qu'on propose d'inscrire dans des observatoires qui existent déjà, au plus près du terrain, pour bien articuler ces observations avec des propositions d'intervention", explique Jean-François Serres.
Dans son avis, le Cese appelle surtout à "articuler l'action citoyenne avec celle des acteurs institutionnels et des professionnels ". C'est le cœur de la démarche Monalisa, qui consiste à "mailler le territoire d'équipes citoyennes" et d'inviter les institutions et les professionnels à "soutenir l'initiative collective des habitants en la valorisant, en la légitimant au travers des chartes et en lui permettant de bénéficier plus vite de soutiens", détaille le référent de la mobilisation.

Une grande cause quinquennale s'appuyant sur les équipes citoyennes, le service civique et les réserves civiques

Une équipe citoyenne constituée dans un quartier prioritaire d'Angers aurait par exemple été intégrée rapidement dans les réunions des acteurs du territoire. "Cette équipe citoyenne a proposé d'organiser à pied d'immeuble de ce quartier politique de la ville des cafés ouverts aux habitants et, pour cela, elle a pu bénéficier de soutiens des bailleurs, du centre communal d'action sociale, d'un collège qui a fait toutes les invitations… Bref, la synergie entre acteurs permet de faciliter les projets que les habitants souhaitent mener", se réjouit Jean-François Serres.
Monalisa compte actuellement quelque 200 équipes citoyennes en France. Le Cese propose de déployer ces équipes citoyennes partout en France, mais également de les "articuler" avec le service civique et les réserves civiques "dans le cadre d’une grande cause quinquennale d’engagement contre l’isolement social".

Une animation communale des coopérations et un portage stratégique départemental

Pour le Cese, il importe de "partir des modes de coopération existants" et de "faire des communes et intercommunalités le niveau de portage de coopérations entre acteurs contre l’isolement social".
"Ces coopérations doivent être animées sur tous les bassins de vie et inscrites dans une stratégie durable de développement social local", peut-on encore lire dans l'avis.
"La question de l'isolement social mérite une politique plus affirmée pour entrer dans les lignes de priorité des actions territorialisées", pour Jean-François Serres, qui dit avoir constaté de nets progrès depuis trois ans sur l'isolement des personnes âgées, tant du point de vue des politiques portées par les collectivités que par les financements émanant par exemple des caisses de retraite.
Le Cese recommande en outre un "portage stratégique départemental" ou, selon les cas, au niveau de la métropole. L'assemblée estime que les départements peuvent s'appuyer sur des "projets territoriaux d’insertion et de développement social", préconisés par les Etats généraux du travail social pour remplacer les pactes 
territoriaux pour l’insertion.

Valoriser le travail social dans cette entreprise de "restauration des liens sociaux"

Sur le travail social, le Cese invite ainsi à "faire de la lutte contre l’isolement social et de la restauration des liens sociaux des leviers d’évolution et de valorisation des métiers du développement social".
L'avis donne enfin toute une série de pistes qui permettraient d'intégrer la préoccupation de l'isolement social aux dispositifs existants – Plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté, maisons de services au public, politiques d'aménagement, d'habitat et de transport… Le Cese appelle enfin le gouvernement à porter une politique interministérielle, afin de donner des moyens transversaux et une visibilité à cette mobilisation.

(1) Les données citées par le rapport du Cese s'appuient sur les travaux de la Fondation de France sur les solitudes en France. 

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