Le Grand Chalon donne la priorité à l'accessibilité de son site web

Publié le
dans

Santé, médico-social, vieillissement

Social

Commande publique

Saône-et-Loire

La communauté d'agglomération du Grand Chalon est la première collectivité à décrocher le label AccessiWeb d'or. Cette démarche exemplaire anticipe l'application de la nouvelle loi qui obligera tous les sites internet publics à être accessibles aux malvoyants en 2008.

Un label d'or. La communauté d'agglomération en rêvait pour son site internet, Eolas l'a fait ! Le Grand Chalon (Saône-et-Loire) est la première collectivité à avoir obtenu le label AccessiWeb d'or, en décembre 2004. Décernée par l'association BrailleNet, cette distinction couronne un site qui a mis l'accessibilité en préalable à son élaboration. Une exigence qui a conduit la société conceptrice à développer de nouveaux outils. "Il s'agit d'une orientation stratégique. Dès l'origine, le projet est plus complexe puisqu'il faut dissocier le contenant et le contenu. Ce qui nécessite une implication plus importante du client", précise Frédéric Dulac, directeur d'Eolas. Le graphisme et la construction des pages ont donc été prévus pour permettre au plus grand nombre d'accéder aux informations. Car à la différence de nombreux sites qui ont rendu quelques pages accessibles, c'est bien la totalité du contenu qui l'est dans ce cas. "Nous avons mis six à sept mois pour retenir notre prestataire sur la quinzaine de sociétés candidates. Notre objectif était, dès le départ, d'obtenir ce label. La société s'engageait techniquement au minimum sur l'obtention du Label argent", précise Nicolas Descloux, le chef de projet qui a assuré la maîtrise d'ouvrage pour la communauté. Lancé le 22 novembre 2004, le site a été développé en un peu plus d'un an. Mais la rédaction des 150 pages elles-mêmes n'a duré que 3 mois et demi. Un tiers du budget a été consacré à l'accessibilité, soit 15.000 euros.

L'accessibilité profite à tous les internautes

Un site accessible offre notamment l'accès aux handicapés visuels ou moteurs. L'utilisateur non-voyant peut lire l'écran de son ordinateur à l'aide d'un afficheur braille ou d'une synthèse vocale (voire les deux à la fois). Il parcourt l'écran en utilisant des touches de déplacement, sur un clavier spécial ou standard. Un utilisateur malvoyant peut naviguer avec des polices de caractères, des couleurs, des contrastes adaptés de manière à utiliser au mieux ses possibilités visuelles. Il peut aussi mettre en oeuvre un logiciel d'agrandissement, une sorte de loupe. Ces outils améliorent, de fait, l'accès à l'information pour tous les autres internautes. En outre, le site du Grand Chalon est équipé de ReadSpeaker. Cet utilitaire sonorise les pages web grâce à une voix de synthèse. Il facilite la navigation dans le site sans avoir recours à l'utilisation d'une souris. Le contenu du site est alors plus accessible aux malvoyants, certes, mais aussi aux dyslexiques, aux illettrés, aux étrangers maîtrisant mal le français, aux seniors... Bref, à tous ceux pour qui il est plus facile d'écouter que de lire ! Le service n'exige ni connexion haut débit, ni installation d'un logiciel sur l'ordinateur ou sur le serveur du site. Il fait appel à un applicatif standard pré-installé. Pour le lancer, il suffit d'activer le lien à partir du site. Il faut seulement disposer d'une carte son, d'enceintes ou d'un casque et d'un navigateur permettant d'activer le son.

Un exemple à suivre et une obligation légale

Marie-Anne Montchamp, secrétaire d'Etat aux Personnes handicapées, a signalé l'importance de faire connaître les exemples de sites web publics accessibles, en clôture d'un séminaire sur les "Politiques et législations en faveur de l'accessibilité numérique en Europe", le 31 janvier 2005 à la Cité des sciences de la Villette. "Le témoignage de Frédéric Dulac sur le projet conduit par le Grand Chalon communauté d'agglomération, en Saône-et-Loire, et récemment labellisé pour son respect des recommandations en matière d'accessibilité, est à ce titre essentiel", a indiqué la secrétaire d'Etat. Depuis, l'article 47 de la loi du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, a rendu obligatoire l'accessibilité des sites web. "Avant, nous étions plutôt spécialistes du référencement. Mais à bien y réfléchir un moteur de recherche se comporte finalement comme un aveugle...", conclut le directeur d'Eolas. La société envisage désormais de créer un blog sur le sujet de l'accessibilité. D'ailleurs, elle vient de mettre aux normes le site du conseil régional du Languedoc-Roussillon. En répondant aux 92 critères d'accessibilité de BrailleNet, cette région est la deuxième collectivité à décrocher le Label d'or, fin mars 2005. Seulement deux sites publics sur plus de 7.000 obtiennent la plus haute distinction. Les routes de l'information vont devoir se paver de Labels d'or d'ici 2008 !

Luc Derriano / EVS Conseil pour Localtis

"Une prise de conscience très en amont, dès la conception du site"

Diplômé d'un DESS multimédia, Denis Boulay travaille pour BrailleNet depuis 1999, après avoir participé à un projet coordonné par l'Union européenne des aveugles. Ce programme visait à développer des sites accessibles dans six pays de la Communauté.

L'association BrailleNet a élaboré un label AccessiWeb. En quoi consiste-t-il ?

Le label AccessiWeb est un label de qualité qui mesure l'accessibilité d'un site Web. Il est composé de 92 critères et se décline en trois niveaux : bronze, argent et or. Les 92 critères Accessiweb sont directement issus des recommandations internationales d'accessibilité émises dès 1999 par le consortium W3C. Depuis 2004, une procédure de labellisation a été mise en place et permet à un site dont les pages sont conformes à un des trois niveaux du label d'obtenir le label AccessiWeb pour une durée de deux ans. Des dates de visites de contrôle sont déterminées à l'avance entre BrailleNet et le propriétaire du site pour assurer une continuité de la conformité des pages avec les critères AccessiWeb. Les sites ayant obtenu le label Accessiweb sont ensuite répertoriés et affichés dans la galerie des sites labellisés sur le site accessiweb.org.

Quels sont les critères qui ont permis au Grand Chalon d'obtenir le Label d'or ?

Les résultats obtenus sur le site du Grand Chalon sont avant tout à mettre au crédit des équipes conceptrices (développeurs et webmestre) qui ont su très tôt élaborer une stratégie "accessibilité" pour inclure chacun des 92 critères durant l'élaboration de ce site. Cette prise de conscience très en amont du projet leur a permis de concevoir une navigation aisée à l'intérieur du site, des pages rapides à charger, une structuration cohérente de l'information présente sur les pages, des éléments graphiques systématiquement accompagnés d'une alternative textuelle. D'autres éléments déterminant sont aussi à mettre en avant comme le moteur de recherche, les formulaires facilement interprétables, les liens hypertextes courts et explicites en dehors du contexte de chacune des pages. Il faut noter aussi que les pages du site respectent les standards de développement, notamment au niveau du langage HTML.

La loi rend désormais obligatoire l'accessibilité des sites publics. Comment votre association accompagne-t-elle les collectivités dans des initiatives aussi exemplaires que celle du Grand Chalon ?

L'association BrailleNet a mis en place depuis plusieurs années des actions visant à fournir les informations nécessaires à toute personne s'intéressant de près ou de loin à la problématique de l'accessibilité numérique. Ces actions concernent essentiellement la formation (webmestres, développeurs, ergonomes, chefs de projets...), les audits de sites et la labellisation AccessiWeb. Mais les possibilités d'accompagnement sont multiples dans la mesure où l'association BrailleNet a aussi créé le "groupe de travail AccessiWeb". Il réunit aujourd'hui près de 75 experts AccessiWeb en évaluation de l'accessibilité des sites web répartis dans une cinquantaine d'organismes différents. Ces experts sont capables d'appliquer les méthodes d'évaluation de l'association BrailleNet.

La longue marche pour l'accessibilité du net public en France

De l'engagement de Tim Berners-Lee, inventeur du web, à la loi sur le handicap du 11 février 2005, divers rapports et recommandations ont contribué à la réalisation de services numériques accessibles.

Pour Tim Berners-Lee, directeur du World Wide Consortium (W3C), l'accessibilité consiste à "mettre la Toile et ses services à la disposition de tous les individus, quel que soit leur matériel ou logiciel, leur infrastructure réseau, leur langue maternelle, leur culture, leur localisation géographique, ou leurs aptitudes physiques ou mentales".
Mais comment faire pour que ce monde du texte, de l'image et du son soit accessible aux malvoyants, aux aveugles, aux sourds et aux malentendants ?
Dès la circulaire du Premier ministre en date du 7 octobre 1999, les responsables de sites internet publics ont été incité à se référer aux recommandations du World Wide Consortium/Web Accessibility Initiative (W3C/WAI) relatives à l'accessibilité des services en ligne. "Les responsables des sites veilleront tout particulièrement à favoriser l'accessibilité de l'information à tous les internautes, notamment les personnes handicapées, non-voyantes, malvoyantes ou malentendantes".
Cette volonté gouvernementale a ensuite été réaffirmée au Comité interministériel pour la réforme de l'Etat (Cire) du 12 octobre 2000, puis au Comité interministériel pour la société de l'information (Cisi), du 10 juillet 2003.
Deux rapports ont accompagné cette prise de conscience collective.Le premier de ces rapports est celui de Bernard Descargues sur "L'accessibilité des NTIC aux personnes aveugles et malvoyantes" en juillet 2000. Il est suivi de celui de Julien Perben sur l'accessibilité des sites internet/intranet aux personnes handicapées en janvier 2004.

La loi sur le handicap du 11 février 2005

Depuis le 11 février 2005, la loi sur le handicap fait de l'accessibilité numérique une exigence pour l'ensemble des 7.000 sites publics. Elle détermine, pour cette mise en conformité, une échéance de trois ans. Un décret en Conseil d'Etat va en fixer les règles établies en regard du "Référentiel accessibilité des services internet de l'administration française" dressé par l'Agence pour le développement de l'administration électronique (Adae). Le décret énoncera en outre les modalités de formation des personnels intervenant sur les services de communication publique en ligne.

Le guide du 30 mars 2005

Afin d'aider les responsables informatiques, chefs de projet, développeurs, webmestres? du secteur public à développer des sites web accessibles suivant le référentiel de l'Adae, l'association BrailleNet a lancé, le 30 mars 2005, la rédaction d'un guide. Les experts de son groupe de travail AccessiWeb (GTA) y proposeront la rédaction d'une fiche par critère d'accessibilité. Le Label d'or en comporte 92 ce qui équivaut au niveau le plus élevé (AAA) de la norme internationale du W3C/WAI. Le guide expliquera notamment les bénéfices de ces critères en terme d'accessibilité, comment les évaluer et comment les implémenter.

Des services pour les malentendants sur les sites internet

L'accessibilité ne concerne pas seulement les personnes handicapées visuelles. Dans son article 78, la loi du 11 février 2005 précise aussi : "Dans leurs relations avec les services publics, qu'ils soient gérés par l'Etat, les collectivités territoriales ou un organisme les représentant, ainsi que par des personnes privées chargées d'une mission de service public, les personnes déficientes auditives bénéficient, à leur demande, d'une traduction écrite simultanée ou visuelle de toute information orale ou sonore les concernant selon des modalités et un délai fixés par voie réglementaire."


Le dispositif de communication adapté peut notamment prévoir la transcription écrite ou l'intervention d'un interprète en langue des signes française ou d'un codeur en langage parlé complété. Un décret prévoit également des modalités d'accès des personnes déficientes auditives aux services téléphoniques d'urgence.
A la suite de Toulouse et Paris, plusieurs villes ont notamment mis en oeuvre un service de traduction en langue des signes française sur leur site internet, en partenariat avec Websourd.

 Aller plus loin sur le web 


Le site accessible de la communauté d'agglomération du Grand Chalon : 38 communes, 108.000 habitants
http://www.legrandchalon.fr
 
Le deuxième site Label d'or : la région Languedoc-Roussillon
http://www.cr-languedocroussillon.fr
 
Certifiée pour l'évaluation de l'accessibilité des sites web suivant la méthode déposée par BrailleNet, Eolas participe au groupe de travail AccessiWeb (GTA) de cette association.
http://www.eolas.fr
 
Depuis 1997, BrailleNet milite pour que le web soit accessible à tous, par la réalisation et la diffusion de guides, la concertation européenne, internationale et le développement de solutions techniques.
http://www.braillenet.fr
 
Les 92 critères du Label AccessiWeb d'or
http://www.accessiweb.org

ReadSpeaker développe et commercialise des solutions permettant de convertir instantanément le contenu texte d'un site web en synthèse vocale depuis juin 2001.
http://www.readspeaker.fr
 
La loi 2005-102 du 11 février 2005 pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, sur Légifrance.
http://www.legifrance.gouv.fr 
Le Référentiel accessibilité des services internet de l'administration française.
http://www.adae.gouv.fr/article.php3?id_article=246

Haut de page