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Le projet européen WiFi4EU approuvé : quel impact pour les collectivités françaises ?

Mardi 30 mai, le Conseil européen, la Commission et le Parlement ont annoncé être tombés d'accord sur les modalités de mise en place du programme européen WiFi4EU ; cette initiative, annoncée par Jean-Claude Juncker en septembre dernier, vise à assister les collectivités locales dans le déploiement d'un réseau de bornes wifi publiques, à identifiant unique, dans l'ensemble de l'Union européenne. Si le projet pourrait séduire certains territoires cherchant à boucler le financement du déploiement d'un réseau de wifi public, d'autres pourraient y voir au contraire une initiative tardive, qui vient se surajouter à de nombreux réseaux locaux déjà en service.

L'accord devra se traduire, pour chacune des institutions, en termes formels ; mais l'essentiel semble acquis, alors que Commission, Parlement et Conseil européens ont confirmé le 30 mai s'être entendus sur l'allocation de 120 millions d'euros de financements en faveur du déploiement de bornes wifi estampillées WiFi4EU dans au moins 6.000 collectivités locales de l'Union européenne. Objectif : couvrir espaces publics (parcs, places) mais aussi équipements publics (hôpitaux, établissements d'enseignement) avec un réseau unifié, quand il n'existe pas encore d'offre privée ou publique satisfaisante. Une manière, également, de promouvoir l'intégration européenne, en rendant l'Europe présente dans les smartphones de tous les pays.

Des ajustements restent nécessaires

Pour autant, tout n'est pas fixé ; le Parlement européen, dans son communiqué, évoque "5.000 points d'accès wifi" ; une version bien différente de celle des 6.000 collectivités financées, qui devraient chacune déployer bien plus d'un seul point d'accès. De plus, les sources de financement qui viendront abonder les 120 millions d'euros annoncés ne sont pas encore connues. Les députés ont insisté pour que les projets subventionnés par WiFi4EU n'aient pas de modèle économique basé sur la publicité ou la récolte de données personnelles. De plus, les institutions financées auront sans doute l'obligation d'assurer les frais d'exploitation des réseaux wifi locaux pendant au moins trois ans. En effet, si l'Europe aide les collectivités à mettre en place des bornes WiFi4EU, rien n'est dit sur la maintenance, qui à terme représente le coût principal de la mise à disposition d'un réseau wifi public. Alors que les finances locales sont en berne, cet enjeu est essentiel.

Les collectivités se sont déjà emparées du sujet

Au colloque de printemps de l'Avicca, Hervé Dupuy, de la DG Connect (Commission européenne), est venu échanger à huis clos avec les collectivités françaises concernées pour, notamment, recueillir des retours d'expérience. En effet, certaines villes n'ont pas attendu la Commission pour mettre en place des réseaux de wifi public. "Pour l'instant, nous ne savons pas comment articuler WiFi4EU avec notre propre réseau WiTM", observe Patrick Sottejeau, chargé de mission aménagement numérique à Tours Métropole. La nouvelle intercommunalité avait présenté sa démarche de wifi public à la rencontre régionale de l'association "Les Interconnectés" à Orléans, le 18 mai dernier ; un dispositif d'accès internet jeune d'un an, mais qui a suscité déjà plus d'1,3 million de connexions. Pour des territoires qui appréhendent le wifi à l'échelle de l'intercommunalité ou même du département, WiFi4EU, qui invite à déposer un dossier de demande de financement par commune et point d'accès wifi, ne présente pas forcément la démarche la plus adaptée.
Certaines collectivités pourraient aussi être freinées par la disparition des frais de roaming au sein de l'Union, à même de réduire le public concerné par le wifi public aux seuls touristes extra-communautaires. En effet, en parallèle, les réseaux cellulaires musclent toujours plus leurs débits. "Le wifi public trouve maintenant sa pertinence dans l'implantation d'une couche servicielle spécifique à chaque ville", note Philippe Le Grand, vice-président de Nomotech, l'un des principaux fournisseurs de solutions de wifi public auprès des villes. Le wifi permet en effet à une collectivité de consolider sa stratégie de ville intelligente, en proposant des services personnalisés aux usagers et en affirmant son identité territoriale : qu'il s'agisse de diffuser l'information locale, d'accompagner le parcours des touristes, ou de stimuler les échanges démocratiques. Or, Wifi4EU se met plutôt au service d'une identité européenne commune, en s'appuyant sur un seul et même portail quel que soit le lieu d'implantation des bornes. Il est ainsi peu probable que les collectivités les plus engagées dans le numérique fassent le sacrifice de leur stratégie spécifique, en échange de subsides européens. En souhaitant fédérer de nombreux réseaux wifi locaux, alors que beaucoup de collectivités locales se sont saisies de cet enjeu depuis plusieurs années déjà, le projet WiFi4EU s'est donc attribué un objectif bien ambitieux. Avec les objectifs de péréquation géographique qui lui ont été fixés, et le calendrier actuel de mise en place, il ne pourrait concerner dans un premier temps, qu'une cinquantaine de localités en France.

 

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