Jean-Noël Escudié / PCA

Tourisme - Le secteur hôtelier redresse la tête en 2017, mais les revenus peinent à suivre

Tourisme, culture, loisirs

Développement économique

Selon une étude de KPMG, le secteur hôtelier français connaît une hausse de la fréquentation touristique et un intérêt renouvelé auprès des investisseurs alors même que la rentabilité à la chambre n'est pas au mieux. Le cabinet conseil s'est également livré à un exercice de prospective en essayant de dégager les grandes tendances à l'horizon 2030. Au menu : tourisme local, tourisme urbain hors Paris (Bordeaux, Lyon), tourisme évènementiel et festif pour les Millennials, résidences secondaires pour les séniors réunissant leur "tribu" familiale (quand ils ne sont pas en voyage hors saison), le tourisme du "bien-être"...

Le cabinet d'audit et de conseil KPMG livre les résultats d'une étude très fouillée sur la situation du secteur hôtelier, ébranlé à la fois par les conséquences des attentats de 2015 et de 2016, par la concurrence redoutable des plateformes d'intermédiation touristique et par la pression sur les prix exercée par les comparateurs et les sites de réservation en ligne. Le tableau qui ressort de cette étude est mitigé. D'un côté, la fréquentation hôtelière connaît, après l'affaissement de 2016, un rebond "annonçant des niveaux de performance équivalent à ceux de 2015". Mais, de l'autre, "le revenu par chambre disponible (RevPAR) baisse dans toutes les catégories d'hôtels, à l'exception du segment 3 étoiles, soutenu par une progression du prix moyen en région".

Reprise de la fréquentation et investissements en hausse

Côté activité, le rebond est réel, mais encore modeste. Il intervient après une année 2016 marquée par un recul de 4,1% des arrivées hôtelières étrangères - en particulier à Paris et sur la Côte d'Azur - et par une stabilité des arrivées hôtelières domestiques (qui représentent 70% de l'activité). A l'inverse, sur les huit premiers mois de 2017, l'hôtellerie affiche une reprise de la fréquentation touristique domestique et étrangère, en particulier en Ile-de-France (+6 points de taux d'occupation au premier semestre).
Malgré le creux de 2016, KPMG estime que ce recul temporaire "ne remet pas en cause l'objectif de 100 millions de visiteurs étrangers à horizon 2020 annoncé par le gouvernement" (voir notre article ci-dessous du 27 juillet 2017). Ceci vaut d'autant plus que les investisseurs ont continué à marquer de l'intérêt pour l'investissement hôtelier en France, avec un volume total de 3,1 milliards d'euros en 2016, en hausse de 41% par rapport à 2015. A noter que l'essentiel des investissements correspond toutefois à des opérations d'achat/vente et non à des créations de nouveaux établissements.

Une situation économique encore fragile

La situation est plus fragile en termes de RevPAR, qui traduit la rentabilité économique de l'activité hôtelière. KPMG estime ainsi qu'"en 2016, le RevPAR suit une évolution en cohérence avec la baisse généralisée des prix moyens en France (hors segment 3 étoiles en région)". En effet, "le prix moyen a subi, dans chaque catégorie, les conséquences d'un contexte sécuritaire en tension, d'une intermédiation commerciale forte et d'une évolution des modes de consommation, notamment due aux reports de clientèles vers des solutions alternatives". Si les segments de l'hôtellerie économique (+4%) et du milieu de gamme (-1%) s'en sortent plutôt bien, les plus touchés se situent aux deux extrémités, avec l'hôtellerie super-économique (-5%) et le haut de gamme (-11%), très dépendant de la clientèle étrangère. Malgré la reprise de la fréquentation, l'étude observe qu'"en 2017, le retour à la normale est plus lent, conséquence de la guerre des prix entre les différentes places européennes".

Une tendance au "stay-cation" ?

Au-delà des évolutions immédiates, l'étude de KPMG se veut aussi prospective et dégage "cinq tendances phares à l'horizon 2030" pour le secteur hôtelier. La première concerne les contraintes budgétaires et l'insécurité qui impacteront le tourisme de demain. Même si l'héliotropisme va persister, ce contexte pourrait bénéficier, en France, à la côte atlantique. De même, l'étude anticipe le développement d'un tourisme plus local, voire du "stay-cation" - un barbarisme pour signifier le fait de rester chez soi pour les vacances, par opposition à "vacation" -, "créant de nouvelles opportunités pour les acteurs du tourisme".
Seconde tendance : l'émergence de destinations touristiques alternatives. Si Paris reste de loin la destination phare pour la France, "des destinations urbaines françaises (Bordeaux, Lyon) gagnent en attractivité et amorcent un rayonnement international qui pourra se poursuivre, porté par des investissements publics et privés importants".

Tourisme festif pour les Millennials

La troisième tendance concerne les nouvelles pratiques touristiques, portée aujourd'hui essentiellement par les "Millennials", mais qui irrigueront progressivement toutes les générations. Pour être en capacité d'y répondre, "il s'agira essentiellement d'être en mesure de proposer une offre culturelle et évènementielle festive ainsi que des hébergements à bas prix, tels que des hostels ou de l'hébergement collaboratif sur des destinations plus authentiques".
Quatrième tendance phare : l'importance croissante du tourisme intergénérationnel, en lien direct avec le vieillissement de la population. Ceci devrait se traduire par une augmentation des voyages des seniors - qui représenteront aussi "un levier essentiel des stratégies de dessaisonalisation" -, mais risque aussi de favoriser le développement des vacances en résidence secondaire (phénomène de "tribu"), autrement dit en secteur non marchand.
Enfin, la cinquième tendance concerne la banalisation progressive du "mieux-être" dans la pratique touristique. Cette tendance s'appuie sur la rapide croissance du tourisme du bien-être (rapprochement avec la nature, alimentation saine, retraites "détox", spas "médicaux"...). Les prochaines années devraient voir également une association croissante entre le tourisme et la santé.

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