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Les classes prépa "de proximité" n'ont pas tenu toutes leurs promesses

La démocratisation de l'accès aux classes préparatoires aux grandes écoles n'a pas rempli tous ses objectifs en termes de mobilité sociale. Leur multiplication un peu partout en France a créé un marché à deux vitesses.

Alors qu'elles accueillaient traditionnellement des jeunes issus de milieux économiquement favorisés ou disposant d’un important capital culturel, des classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) moins élitistes ont été implantées depuis les années 1980 dans des lycées de villes moyennes ou à la périphérie de grandes villes. "Les filières proposées ont été diversifiées, avec l’objectif d’attirer les bacheliers technologiques, voire les bacheliers professionnels, plus fréquemment issus de la tranche inférieure des classes moyennes ou bien des classes populaires", explique une étude du Centre de recherche en éducation de l'université de Nantes dont les résultats viennent d'être publiés.

Ainsi, selon un rapport sénatorial de 2007, "alors que 171 lycées publics proposaient des CPGE en 1980, celles-ci sont implantées dans 365 lycées publics ou privés sous contrat". En conséquence, toujours selon le Sénat, "l’hypertrophie de Paris et de la région parisienne a été partiellement corrigée sur la longue période, par une redistribution vers la province et de Paris intra-muros vers le reste de l’Île-de-France".

Près de quarante ans plus tard, le bilan est mitigé. En termes d'origine sociale, 48,5% des 86.478 étudiants inscrits dans une CPGE lors de l'année universitaire 2017-2018 étaient des enfants de cadres et professions intellectuelles supérieures, alors que cette catégorie ne représente que 30% des effectifs universitaires.

Marché primaire, marché secondaire

En termes géographiques, les CPGE ne sont toujours pas réparties de façon uniforme sur le territoire national. L'Île-de-France concentre encore 31,3% des étudiants en CPGE (Paris abritant près d’un étudiant sur cinq). Les douze plus grandes métropoles de province regroupent pour leur part 28,7% des effectifs, et le reste de la France 40%. Des chiffres qui restent stables depuis dix ans. On peut en conclure que la "décentralisation" des CPGE a cessé de produire son effet.

Ceci, les auteurs l'expliquent par le paradoxe qui donne son titre à leur étude : les classes préparatoires de proximité naviguent entre "démocratisation et loi du marché". Ils font en effet l’hypothèse que les classes préparatoires "constituent un marché scolaire où l’offre est celle des établissements et la demande celle des élèves, mais que ce marché est désormais clairement segmenté". Pour eux, il existe un "marché primaire" regroupant les classes préparatoires "les plus sélectives qui fonctionnent dans une logique de performance, visent l’entrée dans les très grandes écoles et recrutent de ce fait, sur l’ensemble du territoire national voire au-delà, des lycéens essentiellement sur la base de leurs excellents résultats". À côté, la démocratisation et la décentralisation de l'offre ont fait émerger un "marché secondaire correspondant aux classes de proximité, recrutant sur un territoire restreint des lycéens moins performants, mais d’origine sociale plus diversifiée, auxquels elles permettent d’intégrer une école […] de second rang".

Surcroît d’énergie

Pour les CPGE, il s'ensuit une entrée à marche forcée dans une logique de marché et une nécessité à "développer leur attractivité ". Car si "les nouveaux venus doivent se constituer une clientèle", les moins prestigieux des anciens lycées à CPGE doivent, eux, "se protéger de cette concurrence inédite pour attirer suffisamment de candidats d’un niveau compatible avec les exigences des grandes écoles". Paradoxalement, soulignent les auteurs "cette segmentation conduit à sélectionner des publics selon des critères socio-scolaires qui brident la mobilité sociale espérée par les promoteurs des CPGE de proximité".

Dans ce marché secondaire, les auteurs distinguent encore "des établissements ayant suffisamment de candidatures en premier vœu pour remplir leurs classes [avec] des élèves de bon niveau scolaire", et ceux qui "sont peu demandés en premier vœu" et qui peinent à atteindre leur capacité d’accueil. Sans surprise, le recrutement de ces derniers est plus local et socialement moins favorisé. C’est d'ailleurs pour cette catégorie de CPGE que "la concurrence est la plus vive" et l'attractivité "très fluctuante d’une année sur l’autre". Ils composent "de ce fait un marché peu stable qui nécessite de la part de ceux qui y participent un surcroît d’énergie pour continuer à exister", conclut l'étude.

 

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