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Les régions pilotes des 124 territoires de reconquête industrielle

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Michel Tendil / Localtis
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Développement économique

Le Conseil national de l'industrie a dévoilé, jeudi 22 novembre, la liste des 124 "territoires d'industrie" arrêtée en concertation avec les industriels, les régions et les intercommunalités. Les sites labellisés, qui correspondent essentiellement à des villes moyennes, recevront un effort de 1,3 milliard d'euros, issus pour une grande part de programmes préexistants en matière de formation, d'innovation, d'infrastructures numériques... Les régions seront aux commandes pour animer ces "contrats de projet territorial industriel", les premiers étant prévus pour le mois de mars.

Le Conseil national de l’industrie a dévoilé, jeudi 22 novembre, la liste des 124 "territoires d’industrie". Un label qui leur permettra de recevoir 1,3 milliard d’euros d'aides publiques. C’est ce qu’a annoncé le Premier ministre, dans la foulée du CNI, jeudi, lors de l'inauguration du salon industriel"L'Usine extraordinaire" au Grand Palais à Paris. "Cette approche, elle doit surtout permettre de soutenir et de développer nos entreprises industrielles dans les villes moyennes et petites, celles où justement s’expriment avec le plus de force, la colère et l’inquiétude", a souligné le Premier ministre, précisant que les sites étaient "répartis dans toute la France, à Cholet, à Figeac, dans la vallée de l’Orne, en Corse, à la Réunion ou en Guyane". Si la politique d’aménagement du territoire du gouvernement s’est longtemps cherchée, ce programme de reconquête industrielle semble bien marquer une volonté de renforcer le maillage des villes dites intermédiaires. En effet, nombre des intercommunalités retenues font déjà l’objet d’un plan Action cœur de ville de revitalisation des centres-villes.  C’est le cas de Cavaillon, Dunkerque, Meaux, Nevers, Béziers, Bourges, Issoudun, Montargis, Morlaix, Quimper, Châtellerault, Limoges, Cognac ou encore Angoulême….  "Dans leur grande majorité, ces territoires se situent en dehors des métropoles, même si nous n’en n’avons pas fait une question de principe. Parfois, ils se situent à leur périphérie", a insisté le Premier ministre. "Cette liste n’est ni figée, ni fermée. Elle est plus un début qu’une fin et c'est aux acteurs locaux qu’il reviendra de l’affiner", a-t-il ajouté, sachant que le choix des sites a fait l’objet d’un travail avec les Régions de France et l’Assemblée des communautés de France (AdCF), dans le cadre d’une mission présidée par le député LaREM du Rhône Bruno Bonnell.

Contrat de "projet territorial industriel"

Chacun des 124 sites industriels fera l’objet d’un contrat de "projet territorial industriel" qui formalisera les engagements des parties prenantes. Le pilotage des projets sera assuré par les régions. Ces dernières définiront leurs priorités et coordonneront les financeurs, en lien avec les industriels, les services de l’Etat et les intercommunalités. "J’entends souvent dire que nous aurions des difficultés à travailler avec les collectivités locales. La preuve que non", s’est félicité le chef du gouvernement. Il a aussi salué le travail de l’AdCF qui s’est fortement mobilisée depuis des mois sur le sujet, en lançant un appel à un "pacte productif". L’association Régions de France a saisi la balle au bond pour louer cette démarche qui "confirme l’intérêt d’une décentralisation assumée, reposant sur la co-construction". "Cette initiative démontre que les régions, dès lors qu’elles sont reconnues et associées, sont prêtes à s’engager au service d’un véritable partenariat stratégique avec l’Etat", souligne l’association, dans un communiqué du 22 novembre.

Le gouvernement entend ainsi apporter à chaque site un "panier de services". Il compte mettre le paquet sur la formation pour répondre au défi des difficultés de recrutement dans l’industrie.  Ainsi, sur le 1,3 milliard d’euros prévus, 112 millions d’euros proviendront de l’enveloppe régionalisée du Programme d'investissements d'avenir (PIA), via les appels à projets "Ingénierie de formations professionnelles innovantes". S’y ajoutent 150 millions du Plan d'investissement compétences (PIC) et 100 millions d’euros de l’appel à projets "préparations opérationnelles à l’emploi collectives" (POEC). Un dispositif de "volontariat territorial en entreprise" inspiré du "volontariat international en entreprise" sera lancé en direction des étudiants des écoles de commerce et d'ingénieurs pour les orienter vers des PME.

Mettre les bouchées doubles sur le numérique

Le gouvernement entend aussi accélérer les innovations, notamment en s’appuyant sur le dispositif "Territoires d’innovation" (ex-Tiga), dont le cahier des charges a été publié le jour même, pour financer des démarches d’innovation territoriale, avec 330 millions d’euros à la clé. Les projets bénéficieront aussi du volet "filières" du PIA régionalisé (185 millions d’euros). Les crédits d'accompagnement de "l’industrie du futur" cibleront en priorité les PME de ces territoires. En termes d’attractivité, Edouard Philippe veut mettre "les bouchées doubles pour accélérer la couverture numérique de ces territoires". La Banque des Territoires sera aussi fortement mise à contribution, notamment sur les projets fonciers (500 millions d’euros, dont 50 de foncier). Enfin, un appel à projets "France expérimentation" sera lancé dans les territoires d’industrie "pour y faciliter les demandes de dérogations administratives et règlementaires", précise Matignon.

Le gouvernement espère la signature des premiers contrats pour mars 2019, date de la prochaine réunion du CNI. Un point d’étape sera alors présenté. Mais le chef du gouvernement reste conscient de l’ampleur du chantier. Après une bonne année sur le front des investissements industriels, "nous risquons d’entrer dans une zone de turbulences", a-t-il prévenu, citant notamment les difficultés d’Ascoval et de General Electric. Industriels et collectivités attendent une vraie remise à plat de la fiscalité de production.

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