L’IGN place les territoires au cœur des géocommuns

Sébastien Soriano, le nouveau directeur de l’Institut géographique national (IGN), était auditionné par la commission des affaires économiques du Sénat. Pour contrer les Gafam, il invite les acteurs de l’information géographique à se fédérer pour créer des géocommuns. Avec une place centrale pour les territoires.

L’information géographique souveraine a-t-elle encore un sens à l’heure de Google ? Comment le vénérable institut peut-il espérer rivaliser face à des acteurs qui ont beaucoup plus de moyens ? Les sénateurs de la commission des affaires économiques ont joué carte sur table pour cette première audition de Sébastien Soriano, passé de l’Arcep à l’IGN, en n’hésitant pas à poser les questions qui fâchent.

Fédérer les acteurs

Des défis que le haut fonctionnaire ne sous-estime pas, ajoutant aux "fronts de l’Institut", l’articulation de l’IGN avec OpenStreetMap (OSM), "une communauté de plus de 4.000 personnes" et avec les collectivités "qui ont largement su se saisir de l’information géographique". S’y ajoutent des industriels – la France compte plusieurs leaders de l’information géospatiale – et de nombreuses startups, à l’image de NamR qui vient de proposer une offre de cadastre solaire aux collectivités. Des forces vives que l’Institut souhaite désormais "fédérer autour de quelques projets structurants", et notamment "la cartographie de l’anthropocène" et la "création de géocommuns". Son objectif est de se recentrer sur "l’intérêt public", l’Institut n’ayant pas vocation à proposer une alternative à "l’atlas de poche" des Gafam.

Outiller les collectivités

En pratique, l’Institut veut "outiller les collectivités" en leur fournissant des données "pour décrire le territoire et ses changements". L’IGN est ainsi en train de réaliser une cartographie Lidar – nuage de points – de l’ensemble de la métropole, ces données 3D permettant par exemple d’évaluer la masse végétale et d’aider les territoires à créer un "jumeau numérique" pour simuler leurs politiques publiques. L’IGN promet par ailleurs d’actualiser sa base de photos aériennes "au moins tous les trois ans". Des photos en haute définition à partir desquelles l’Institut va fournir des "éléments tangibles" sur l’artificialisation des sols, l’évolution de la forêt, du relief ou de l’érosion. Pour cette analyse, il va s’appuyer massivement sur l’intelligence artificielle et accueillir "30 à 40 datascientists" car "produire des données est un métier".

Coproduire des communs

Revenant sur le mouvement d’ouverture des données impulsé par la loi Lemaire, Sébastien Soriano a invité à "changer de modèle", en passant d’une "logique d’ouverture" à la "coconstruction de la donnée". En clair, à l’ouverture des données tous azimuts, qui s’est traduite selon lui par une "vallée de la mort entre la donnée et son usage", serait substituée une approche plus sélective, la géodonnée devant avant tout "servir la décision publique". Une démarche "d’aller vers" illustrée par les Sdis avec qui l’IGN a noué des partenariats pour enrichir la base nationale sur les ERP ou encore les informations sur les adresses. Un modèle contributif que l’Institut va également déployer avec la société civile, en lien avec OSM, pour créer un "street view", sur le modèle des vues immersives de Google Street view, en open data.

Convergence avec les données cadastrales

Interpelé par les sénateurs sur les récents décrets relatifs à l'artificialisation (notre article du 2 mai 2022) le directeur de l’IGN a estimé qu’il n’avait pas à se prononcer sur les objectifs politiques des textes. Il a en revanche insisté sur la nécessité de "trouver la synthèse avec les territoires" en élaborant une "vision partagée" des problématiques d’artificialisation. Sur l’articulation du cadastre avec les données de l’IGN, il a souligné que les impôts se basaient sur des mesures in situ, l’Institut opérant des projections à partir de photos aériennes. Une différence de méthodologie qui "génère des trous" que les deux institutions travaillent cependant à "faire converger". Sur l’inventaire forestier, compétence récupérée par l’IGN en 2012 de l’institut forestier national, le directeur de l’IGN a rappelé que 11.000 relevés terrain étaient réalisés chaque année, la moitié concernant des parcelles déjà analysées pour permettre de suivre l’évolution des biotopes. Pour répondre aux besoins des élus locaux, les dégâts du gibier seront ajoutés et un état détaillé de la forêt communale devrait voir le jour via l’exploitation des données Lidar. Un observatoire de la forêt va par ailleurs être lancé pour réunir les nombreux acteurs de la forêt, dont les collectivités territoriales.

 

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