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Enseignement supérieur - L'impact économique local de l'enseignement supérieur

Avec 2,3 millions d'étudiants et 83 universités répartis sur l'ensemble du territoire, la France dispose d'un atout économique incontestable. Les nombreux universitaires présents le 31 mars autour d'une table ronde à Paris ont souhaité évaluer l'impact économique local de l'enseignement supérieur. La tâche s'avérait ardue car les critères d'évaluation sont nombreux. Le secrétaire général de l'Association des villes universitaires de France (Avuf), Pierre Albertini, en a cependant énoncé quelques-uns. En premier lieu, les dépenses des étudiants et du personnel universitaire permettent d'anticiper une source de revenus pour le territoire sur lequel est implantée l'université. Ainsi, une étude réalisée par Ipsos pour le Crédit agricole en septembre 2009 établissait que la dépense moyenne des étudiants était de 521 euros par mois. Un chiffre auquel il faudrait ajouter les créations d'emplois ainsi que les dépenses de fonctionnement et d'investissement de l'enseignement supérieur. Mais, comme le souligne Michel Vernières, dans son rapport publié en 2007, l'évaluation des dépenses universitaires est particulièrement délicate à réaliser : "La première difficulté provient de la diversité des entités institutionnelles (universités, écoles, laboratoires…) et la seconde est d'imputer les dépenses aux diverses branches de l'activité économique en localisant les fournisseurs afin de calculer la part des dépenses réalisées localement." Le rapport souligne également que l'enseignement supérieur a un impact démographique mais aussi culturel, un effet sur le marché du travail et qu'il peut être un atout pour les politiques urbaines. Autant d'éléments qui devraient motiver les territoires à accueillir des universités. Mais les obstacles sont encore nombreux. Si le plan Campus a permis de soutenir 12 pôles universitaires d'excellence et 9 campus "prometteurs et innovants" avec près de 5,5 milliards d'euros débloqués par l'Etat (voir notre article ci-contre), il n'a distingué, selon certains élus, que les grandes universités, laissant souvent de côté les petites entités décentralisées. Or, comme le souligne Priscilla De Roo, chargée de mission à la Datar (délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l'attractivité régionale), "les villes moyennes, de 30.000 à 200.000 habitants, sont souvent laissées dans l'ombre. Or, elles sont un territoire d'intermédiation essentiel. Il faut arrêter de polariser l'enseignement supérieur". Pierre Albertini s'inquiète d'ailleurs de l'avenir de certaines villes qui dépend, selon lui, des universités qu'elles accueillent, préoccupation d'ailleurs maintes fois exprimée par la Fédération des maires des villes moyennes (FMVM) (lire nos articles ci-contre). Le secrétaire général de l'Avuf reconnaît de plus qu'"il ne suffit pas d'avoir une université, il faut qu'elle soit spécialisée". Pour aider les collectivités locales à s'engager dans cette voie, l'Avuf est en passe de signer une convention-cadre avec la Conférence des présidents d'université (CPU) afin d'évaluer ensemble les expériences locales ainsi que l'intégration citoyenne des étudiants mais aussi de construire des schémas locaux d'enseignement supérieur, qui viendront compléter les schémas territoriaux déjà existants.

Muriel Weiss