Vienne

L'observatoire multithématique de l'agglomération de Poitiers a déjà un fort impact sur les décisions

Organisation territoriale, élus et institutions

Commande publique

Déplacements, habitat, environnement, économie, tourisme, culture et aujourd'hui social, sont les sept thèmes développés au sein de l'observatoire de la communauté d'agglomération de Poitiers (CAP). La traduction cartographique des informations, les graphiques, les schémas permettent aux élus et aux responsables locaux d'éclairer leurs décisions et d'en suivre précisément les effets.

L'origine de l'observatoire de l'agglomération de Poitiers est réglementaire. En 2004 un suivi chiffré du plan local de l'habitat (PLH) et du plan de déplacement urbain (PDU) devait être réalisé. Or en 2002, l'agglomération avait diffusé sous forme cartographique et graphique les résultats du recensement de la population de 1999. La même méthode a été utilisée pour le PLH et le PDU avec les services habitat et déplacements. Ainsi, la fonction a créé l'organe "observatoire", et les champs d'observation se sont élargis au fur et à mesure, de manière transversale, car les différents thèmes dialoguent entre eux. "Nous parlons aujourd'hui de sept observatoires thématiques", explique Benoît Morillon, chef du projet de l'observatoire auprès de la communauté d'agglomération. Les trois premiers observatoires (déplacement, habitat et environnement) ont leurs répertoires disponibles en interne à la CAP.

 

Repérer les sources d'informations existantes, inconnues ou taries

Pour lancer l'observatoire trois phases ont été nécessaires. La première concerne la définition des objectifs : que cherche-t-on à mesurer ? La seconde permet de préciser les grands thèmes à investir. Par exemple le dernier observatoire de la CAP, en cours d'élaboration, concerne le social. Sept thèmes ont été définis, tels que la précarité, les personnes âgées, les revenus de transferts sociaux...

 

Le résultat de ces étapes est soumis aux élus pour validation

La troisième phase est la plus longue à mettre en oeuvre. Il s'agit de définir les indicateurs adaptés aux investigations définies dans les deux premières phases et de rencontrer tous les acteurs locaux concernés. Toujours dans l'exemple du social, il s'agira de la caisse d'allocation familiale, de la mutualité sociale agricole ou de l'ANPE. Des tables rondes sont organisées afin de repérer d'une part les sources d'information existantes, ou inconnues ou taries chez ces partenaires, d'autre part les formats d'enregistrement des données (papier, numérique...). Par exemple la CAF dispose d'informations jusqu'au niveau infracommunal, par quartier ; la gendarmerie possède des chiffres mais pas de cartographie des résultats.
La dernière étape reste, après validation des élus la contractualisation avec les partenaires.

 

Sept agents relais et, en projet, la formation du personnel des services concernés

Dans la majorité des cas, il s'agit d'échanges : par exemple, la police donne à la CAP les chiffres des accidents. Celle-ci en établit la cartographie en format numérique qu'elle transmet au commissariat. La CAP a acquis un logiciel de cartographie statistique (Cartes & Données) permettant, une fois les données entrées (sur tableau Excel) de les analyser et de les traduire sous forme de cartographies, de graphiques, ou de tableaux commentés.
A la CAP le choix a été fait de nommer un agent relais par service concerné, pour collecter les données et les enregistrer sur une base de donnée commune. Les analyses sont faites par les services concernés et les cartes sont produites par le Service Système Information Urbain. Le prochain objectif sera de former le personnel au logiciel pour qu'il puisse également faire les analyses et la cartographie. Sept personnes donc consacrent, selon le nombre d'indicateurs à suivre, de 10% (vingt-cinq indicateurs pour le tourisme) à 50% (soixante-dix indicateurs pour le déplacement) de leurs temps pour les besoins de l'observatoire.

 

Faire vivre des données dormantes

Une des grandes réussites de l'observatoire est de faire vivre des données dormantes, c'est-à-dire qui existent mais qui ne sont pas exploitées dans le service lui-même et donc encore moins par ceux d'à côté. Par exemple le service des affaires scolaires possède des données sur la dégradation des bâtiments, le service des bâtiments possède d'autres données, celles-ci intéressent le service solidarité locale qui fait le suivi des actes de délinquance. L'observatoire permet un mouvement de balancier, réunir sur une seule base l'ensemble des données, pour permettre le diagnostique et le prospectif, le suivi de ce qui est fait et la définition des projets.
Et souvent, l'observatoire bouscule les idées toutes faites, comme par exemple la présence d'un grand nombre d'étudiants dans les logements sociaux de l'Oparc ou de l'Opac.
Il faut faire parler les chiffres, imaginer des hypothèses, les vérifier, et le système en place, en une journée, permet d'obtenir les résultats qui sont transmis aux élus et validés. Par exemple une cartographie a été établie sur le suivi de tous les accidents survenus sur la chaussée de l'agglomération, soit six à sept cents par an. Dans ce cas, les partenaires apportant les informations sont la police, la gendarmerie et une compagnie d'assurance qui a transmis des informations sur les accidents non-corporels. Une avenue a été repérée pour sa dangerosité. Pour y remédier, les élus ont décidé très vite d'installer des dos-d'âne et une zone 30 et la police a installé un radar. La baisse des accidents est aujourd'hui très significative.
Une des difficultés concerne la diffusion des données afin que les acteurs intéressés puissent les utiliser à bon escient et, de façon interactive, faire varier certaines tendances. Actuellement, il existe une publication papier (douze pages) intitulée "Les cahiers de l'observatoire", sur l'habitat en 2006, sur les déplacements en 2007. Ils sont disponibles à la CAP et dans les douze mairies de l'agglomération. L'objectif est de publier un cahier par observatoire thématique. Par ailleurs, un cahier des charges est en préparation pour trouver le concepteur d'un système permettant la mise en ligne des cartes et schémas, en les rendant interactifs.
La publication d'un cahier coûte 5.000 euros à la charge du service de la CAP concerné. L'investissement de l'observatoire s'élève lui à plus ou moins 5.000 euros par an, auquel il faut ajouter l'équivalent en fonctionnement de trois plein temps.

 

Le téléphone de l'observatoire sonne sans arrêt

Une fois la diffusion des données améliorée, l'impact de l'observatoire pourra être excellent. Un logo lui a été attribué pour marquer son action dans la communauté. La population, composée de nombreux étudiants (24%), au-delà des élus, commence à s'approprier l'outil, le téléphone de l'observatoire sonne sans arrêt pour des demandes d'information. Le principe est acquis que le service d'information urbain est "l'Insee de l'agglomération".
Pour lancer un observatoire, il faut commencer par aller voir les autres expériences, participer à des séminaires... Puis il faut se fixer des objectifs très clairs et très précis, limiter le nombre d'indicateurs, sous peine de se perdre. Enfin et cela n'a pas été totalement fait dans l'ordre idéal à la CAP, c'est réfléchir, dès le départ, à la diffusion : que diffuser, à qui, comment, avec l'aide de quels prestataires ? La diffusion permet de poser toutes les questions techniques, c'est un aspect important à ne pas négliger et cela permet, en amont, de structurer la compilation et l'organisation de la saisie des données. Enfin, concernant la collecte, il faut savoir qu'elle est longue, que les partenaires ne sont pas toujours disponibles, qu'ils sont très sollicités car les observatoires sont très "à la mode" au niveau national. Par ailleurs, ils ne sont pas toujours structurés, ou bien ils sont en avance sur certaines données et pas sur d'autres, voire techniquement peu opérationnels, mais la CAP est prête à échanger sur son expérience !

 

Nathalie Froissart, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

Contact(s)

Communauté d'agglomération de Poitiers

Hôtel de ville BP 569
86021 Poitiers
05 49 52 35 35
05 49 52 38 80
Nombre d'habitants : 125000

Benoît Morillon

Ingénieur, chef de projet de l'observatoire
benoit.morillon@agglo-poitiers.fr
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