Paris 2024 : les collectivités sont au rendez-vous mais disent manquer d'aides

Une table ronde organisée au Sénat sur la place des collectivités dans l'organisation des Jeux olympiques a mis en avant leur forte implication, notamment à travers le label Terre de Jeux. Mais l'accompagnement financier par l'État ne serait pas toujours à la hauteur des attentes des élus.

Beaucoup de collectivités territoriales sont engagées dans la dynamique des Jeux olympiques de Paris 2024, mais les moyens au niveau national ne seraient pas toujours au rendez-vous. C'est du moins ce qui ressort des débats tenus au Sénat le 27 janvier à l'occasion d'une table ronde intitulée "Quelle place pour les collectivités territoriales dans l’organisation des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024 ?"

"La réussite des Jeux va passer par l'engagement des territoires", a déclaré en ouverture des travaux Tony Estanguet. Pour le président du Comité d'organisation des Jeux (Cojo), "l'objectif est de faire bouger les lignes, de réussir à ce qu'il y ait un avant et un après Paris 2024. Et ce n'est pas le comité d'organisation qui pourra seul relever ce défi". Au cœur de ce défi : faire en sorte que trois millions de Français supplémentaires deviennent des sportifs d'ici deux ans.

Ce sont donc l'ensemble des acteurs des territoires, clubs, fédérations et collectivités, qui sont invités à se retrouver "dans la dynamique des Jeux". Pour cela, le Cojo a créé fin 2018 le label Terre de Jeux 2024. Son but ? Créer un lien entre le futur événement et la population française en associant tous les territoires. Comment ? Essentiellement en imaginant des programmes d'animation. À ce jour, 2.300 communes – et 2.600 entités au total si on ajoute les fédérations sportives, régions et départements – représentant plus de 30 millions de Français sont déjà labellisées.

Une charge pour les collectivités

Malgré ce premier bilan encourageant, Laurent Lafon, président de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat, a estimé qu'il était "nécessaire de relancer la dynamique dans les territoires" pour mieux faire adhérer la population mais aussi pour assurer l'héritage des Jeux. Le sénateur du Val-de-Marne a d'ailleurs pointé l'insuffisance du nombre d'équipements sportifs et la nécessité d'en construire ou d'en rénover davantage.

Concernant la question des équipements, Frédéric Sanaur, directeur général de l'Agence nationale du sport (ANS), a précisé qu'en ce mois de janvier, les premiers dossiers de demande de subventions dans le cadre du plan Petits équipements sportifs de proximité, doté de près de 200 millions sur trois ans, lui étaient parvenus. Autre élément à mettre sur le compte de la dynamique olympique : le budget consacré par la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques) aux futurs centres de préparation aux Jeux (CPJ) afin d'assurer leur remise aux normes et plus généralement l'amélioration de l'accueil des sportifs. Une soixantaine de CPJ ont été accompagnés en 2021. Pour 2022, un budget de 6 millions d'euros sera ventilé sur les 93 dossiers déposés au 31 décembre dernier, a encore précisé Frédéric Sanaur.

Mais pour David Lazarus, coprésident du groupe de travail sport de l’Association des maires de France, le compte n'y est pas. "Le plan en faveur des petits équipements de proximité concourt à l'héritage des Jeux, mais les conditions de territorialité [les aides sont réservées aux QPV et à certaines zones rurales, ndlr] font que la majorité des territoires ne peuvent pas en bénéficier", a-t-il regretté. Le maire de Chambly est plus circonspect encore à propos des CPJ. Il estime que "les moyens n'y sont pas au plan national" et avance l'exemple de l'Oise, où le conseil départemental a attribué 20 millions d'euros pour soutenir les 37 CPJ de son territoire… soit le même montant que l'enveloppe nationale de l'ANS pour l'ensemble de la France. "Une fois de plus, les collectivités territoriales sont les premières à devoir supporter [cette charge]", a lancé David Lazarus.

Être créatif plutôt qu'investir

Kamel Chibli, vice-président du conseil régional d’Occitanie, a pointé les fortes attentes suscitées par Paris 2024 : "C'est un événement mondial très attendu par l'ensemble des territoires et la dynamique Terre de Jeux démontre l'envie des territoires de faire partie de la fête. Mais la vigilance que l'on doit avoir collectivement, c'est de ne pas décevoir." L'élu ariégeois s'est appuyé sur les CPJ pour illustrer son propos : "C'est la course à l'échalote, mais dans le bon sens du terme. Tout le monde se bat car être CPJ, cela veut dire devenir base arrière, bénéficier d'une valorisation du territoire à l'échelle internationale. Et on sait tous l'intérêt des régions aujourd'hui pour vendre leur territoire". Allusion aux plus de trois milliards de téléspectateurs attendus devant leurs postes à l'été 2024. L'Occitanie a d'ailleurs lancé un appel à manifestation d'intérêt dès que la possibilité de devenir CPJ avait été connue. "On sait tous qu'il y a des équipements sportifs en situation de précarité", a soutenu Kamel Chibli, pour qui l'amélioration des infrastructures est une condition indispensable pour augmenter le nombre de pratiquants. Quant aux aides financières, s'il reconnaît "qu'il y a une amélioration des moyens de l'ANS", il estime également que cela "reste insuffisant".

Ces échanges francs sur les réussites et les limites de l'implication des collectivités dans l'aventure olympique en sont restés là. Aucune rallonge budgétaire n'est pour l'heure prévue afin de soutenir plus avant les efforts des collectivités. Tony Estanguet l'a très clairement indiqué : "Il va falloir être créatif car le Cojo ne pourra pas investir massivement dans toutes les communes de France. Il faut qu'on sorte de la nécessité absolue d'avoir des investissements pour créer des actions."

 

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