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Sylvie Luneau / Victoires éditions

Consommation - Petites et grandes collectivités s'attaquent au gaspillage alimentaire

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Les collectivités locales qui gèrent les cantines scolaires, de l'école primaire au lycée, sont de plus en plus nombreuses à mener des actions pour lutter contre le gaspillage alimentaire. L'objectif gouvernemental est désormais d'évaluer et de généraliser ces initiatives.

Près de 50% d'aliments sains sont gaspillés chaque année dans l'Union européenne : 89 millions de tonnes par an (soit 179 kg par habitant) et les prévisions pour 2020 sont estimées à 126 millions de tonnes (soit une hausse de 40%). C'est pourquoi dans une résolution adoptée en janvier 2012, le Parlement demande des mesures urgentes en vue de réduire de moitié les gaspillages alimentaires d'ici à 2025.
En France, la loi Grenelle 2 de juillet 2010 prévoit que les personnes qui produisent des biodéchets sont tenues d'en assurer le tri à la source en vue de leur valorisation organique. Les déchets alimentaires représentent 2,4 millions de tonnes par an, soit 20 kg/habitant/an. Au niveau de la restauration scolaire, il est estimé qu'un repas (préparation et consommation) génère en moyenne 150 g de biodéchets.

Un pacte national pour juin prochain

Début décembre 2012, le ministre délégué à l'alimentation, Guillaume Garot, a présenté six actions pilotes pour lutter contre le gaspillage alimentaire. L'objectif est de les généraliser et de conclure à un Pacte national en juin prochain. "Un comité de pilotage est chargé de recenser et d'évaluer toutes les opérations mises en place sur le territoire. Il faut également travailler sur les normes européennes et les règles sanitaires qui interdisent d'utiliser les restes", explique Angélique Delahaye, ex-présidente de Légumes de France qui se consacre désormais à ce sujet. Une action de ramassage d'aliments consommables est notamment prévue à Tours.
En dehors des actions ponctuelles, menées pendant la Semaine de réduction des déchets, de nombreuses collectivités locales agissent tout au long de l'année. Ainsi, le département de Saône-et-Loire a inscrit la lutte contre le gaspillage comme une des actions prioritaires de son plan départemental de prévention des déchets. Cette action va de pair avec l'approvisionnement en produits locaux (circuits courts) et de saison, ainsi que la mise en place du compostage chez les gros producteurs de biodéchets. Le département a lancé un appel à projets auquel a répondu le Grand Chalon. "L'agglomération prévoit la mise en place début 2013 d'un programme éducatif, construit en collaboration avec les enseignants volontaires et les inspections académiques", expose Isabelle Rieutort, animatrice du programme local de réduction des déchets du Grand Chalon.

Une démarche à l'échelle régionale

En Bourgogne, le comité de coordination des collectivités (CCC) Bourgogne Franche-Comté Auvergne (BFCA), en partenariat avec le conseil régional, propose de fédérer un panel représentatif d'établissements de la restauration collective sur le territoire de la région. Par ailleurs, le groupement des collectivités du territoire Sud Bourgogne a mis en place une opération pilote au collège de Lugny. Ce dernier sert environ 450 repas par jour, ce qui représente près de 10 tonnes de déchets par an. Une campagne de pesée effectuée sur 3 semaines aux mois de mars et avril 2012 a mis en évidence une perte de plus de 30%. Le collège mène un projet global : manger mieux (approvisionnement en circuits courts), jeter moins (lutte contre le gaspillage alimentaire) et réduire les quantités de déchets (compostage des restes). Depuis début avril, le cuisinier propose d'adapter le contenu de l'assiette en fonction de la demande de l'enfant, pour servir des rations moins importantes, et inciter à goûter.

Peser ses déchets, adapter les portions

En Isère, le collège de Domène participe à l'opération "coaching" lancée par France Nature Environnement (FNE) et pratique le comptage de ses déchets depuis début 2012. "Passer d'une cuisine autonome par collège à une cuisine centrale a eu pour effet de doubler les flux de déchets", regrette Francis Meneu, gestionnaire du collège. Pour corriger le tir, une commission restauration a été mise en place avec les agents du collège et des familles. Le comptage a été lancé grâce à un contrat aidé par le conseil général et a permis d'ajuster les commandes. "En évitant de proposer ce que les enfants n'aiment pas et qui finit forcément à la poubelle, tout en proposant quand même des menus équilibrés, on est parvenu à de réelles économies et à réduire le prix du repas."
Dans le cadre du projet européen Green cook, Artois Comm., la communauté d'agglomération de l'Artois (Nord-Pas-de-Calais), a mené une action de septembre 2011 à juin 2012 dans huit établissements scolaires (4 écoles primaires et 4 écoles secondaires). Parmi les mesures, la signature d'une "charte anti-gaspi" par les élèves et la possibilité de choisir des portions de repas adaptées à l'appétit de chacun. La deuxième phase du projet a débuté en septembre 2012. Artois Comm. souhaite maintenant définir une méthodologie concrète pour lutter contre le gaspillage alimentaire, qui pourrait être appliquée à l'ensemble des établissements de la zone qu'il couvre.

Une réflexion écologique globale

En Dordogne, le conseil général développe l'introduction de produits biologiques et locaux dans les cantines des collèges. Pour faciliter la relation entre acheteurs et producteurs, deux plateformes ont été créées. Ces structures permettent de déterminer au mieux les besoins avant la mise en culture. Ainsi, le taux d'invendu et donc de gaspillage est très faible. Une démarche de compostage a également été initiée dans ces établissements. Elle se couple d'une action pour habituer les élèves à moins gaspiller, en particulier le pain.
De plus petites structures agissent également. Au niveau communal, Arradon (Morbihan), qui sert 400 repas par jour, travaille ainsi avec quelques fournisseurs en produits bio et en circuit court dans le cadre de son Agenda 21. Une pesée comparative effectuée récemment dans l'une des écoles a montré que la moitié des aliments était gaspillée. Une réflexion est menée sur la quantification des repas par rapport à l'âge de l'enfant et également sur le gaspillage de l'eau. L'une des écoles (La Touline), labellisée éco-école en 2012, travaille avec ses élèves sur l'alimentation durant l'année scolaire, en partenariat avec le personnel de la restauration. Un composteur a été mis en place et, chaque jour, un élève est chargé d'y amener les restes.
 

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