Social - Plan Pauvreté : le collectif Alerte déplore le manque de portage politique et de moyens

Pour le collectif d'associations de lutte contre l'exclusion Alerte, la troisième année de mise en oeuvre du plan de lutte contre la pauvreté a été décevante : faible portage interministériel, territorialisation toujours à la traîne, manque de moyens pour le logement et l'emploi... Les associations soulignent toutefois quelques avancées, comme le bon démarrage de la prime d'activité, et invitent le gouvernement et les collectivités à accroître leurs efforts et à davantage les associer.

Si le plan gouvernemental de lutte contre la pauvreté a probablement joué un rôle d'"amortisseur social", ralentissant les effets de la crise, il "n'a pas permis de stopper la hausse de la pauvreté". Alors qu'on comptait 8,6 millions de personnes en situation de pauvreté monétaire en 2014, le collectif Alerte (*) a présenté ce 17 février 2016 un bilan sans concession de la mise en œuvre du plan interministériel de lutte contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale.
Le collectif demande au gouvernement de "[garder le cap], mais avec des moyens beaucoup plus importants sur les besoins prioritaires, notamment en matière d’éducation, d’emploi et de logement".
Président du collectif, François Soulage a en particulier déploré une absence de "portage politique fort" et un net "recul" de la dynamique interministérielle. "On ne constate pas un véritable élan", a-t-il ajouté, regrettant l'absence de dialogue entre le Premier ministre et les associations depuis un an. "Nous réclamons un retour à une véritable co-décision", a appuyé l'ancien président du Secours Catholique, arguant de la dynamique d'élaboration conjointe du plan qui avait été possible avec Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre.

Inquiétudes sur les politiques départementales

Autre point d'inquiétude mis en avant par François Soulage : "La situation des conseils départementaux" et le fait que, pour certains, "les dépenses sociales semblent de plus en plus être la variable d'ajustement". "Les politiques d'insertion départementales sont un peu des boîtes noires : on ne sait pas trop ce qu'il s'y passe", a complété Véronique Fayet, présidente du Secours Catholique.
Les départements lui semblent "à cours de moyens et d'idées", ce que montre la récente décision du Haut-Rhin de conditionner l'octroi du revenu de solidarité active (RSA) à la réalisation d'heures de bénévolat (voir notre article du 9 février 2016). "Le bénévolat peut être un chance, un tremplin, à condition que ce soit un choix pour les personnes", a-t-elle considéré, invitant les pouvoirs publics à lancer sur le sujet un "grand chantier avec les associations".

Augmenter encore le recours à la prime d'activité

Dans chacun des domaines pris en compte dans le plan Pauvreté, le collectif Alerte salue des "avancées", mais constate des "insuffisances" et des "retards".
En matière d'accès aux droits, le bon démarrage de la prime d'activité a été souligné. "Deux millions de personnes se sont manifestées, grâce à une politique très active des CAF [caisses d'allocations familiales]", a précisé Véronique Fayet. Ce chiffre correspondrait à la moitié des ayants droit, ce qu'aurait budgété le gouvernement dans un premier temps. "On est satisfait, mais on reste vigilant et on espère atteindre le 100% de recours", a ajouté Véronique Fayet.
En revanche, toujours sur l'accès aux droits, la domiciliation des personnes en situation de précarité n'est pas suffisante, pour le collectif Alerte. Les préfets, comme les centres communaux d'action sociale (CCAS) "ne s'impliquent pas assez", pour l'ancienne maire-adjointe de Bordeaux. Obligatoires, les schémas départementaux de domiciliation n'existeraient que dans sept départements.

Sur l'emploi et le logement, le plan est "un échec"

Si plusieurs points positifs sont mis en avant, en matière d'inclusion bancaire par exemple ou encore dans le champ de la santé mentale, "les résultats en matière d’emploi, d’hébergement et de logement restent hélas, comme les deux années précédentes, un échec", affiche le collectif dans son communiqué.
Le plan de 500.000 nouvelles formations annoncé par le président de la République peut être salué, a concédé Florent Gueguen, directeur général de la Fnars (Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale), même si la durée et le contenu de ces formations devront être précisés. Il rappelle en outre que, depuis 2013, le collectif "demande un redéploiement massif des crédits vers les personnes les plus éloignées de l'emploi".
Quant à l'accès au logement, c'est "une fois de plus le gros point faible de ce plan quinquennal", a estimé Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre. "On n'a pas réussi à mettre fin à la gestion hivernale de l'hébergement", a-t-il déploré. Il est urgent, pour lui, d'augmenter les aides à la pierre pour construire du logement social et de mobiliser le parc privé. Pour Christophe Robert, "le développement massif de solutions alternatives passe par une bonne évaluation des besoins, or les diagnostics à 360 degrés ne sont plus pilotés".

Plans territoriaux : les associations aspirent à être davantage associées

D'une façon générale, la gouvernance locale du plan Pauvreté fait défaut, pour les membres du collectif Alerte. "La territorialisation, on l'attend toujours", souligne Véronique Fayet. Seul domaine où la logique de "décloisonnement" semble plutôt "bien accueillie" : le travail social. Responsable du suivi du plan d'action en la matière (voir notre article du 14 décembre 2015), François Soulage constate certains progrès dans la définition d'un premier accueil inconditionnel et d'un référant de parcours.
En dehors de cela, "le plus souvent le plan territorial se fait en chambre, entre services publics et élus. Ils se privent ainsi de l’expertise réelle qui est celle des associations et des personnes qui vivent la pauvreté", peut-on lire dans le rapport du collectif. Les associations du collectif aspirent à jouer un rôle dans le diagnostic comme dans le pilotage et la mise en œuvre des mesures. Elles se portent notamment volontaires pour participer à l'accompagnement des personnes vers l'emploi, en particulier "quand le service public de l’emploi est peu accessible".
Enfin, "nous voulons beaucoup plus souvent entendre la parole des personnes directement concernées", insiste François Soulage. Là encore, les associations rappellent qu'elles peuvent être des "intermédiaires".
Sur la troisième année du plan Pauvreté, ce premier bilan sera prochainement suivi d'une contribution du Conseil national de lutte contre l'exclusion (CNLE) puis, début mars, du rapport de la mission Igas pilotée par François Chérèque. Ce dernier devrait précéder une communication du gouvernement, même si la feuille de route présentée en mars dernier (voir notre article du 5 mars 2015) devait être la dernière d'ici la fin du mandat présidentiel.

Caroline Megglé

(*) Le collectif Alerte, qui correspond à la Commission lutte contre la pauvreté de l’Uniopss, réunit 39 fédérations et associations nationales de lutte contre la pauvreté et l’exclusion et dispose de 30 collectifs locaux répartis dans 14 régions.

 

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