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À Poitiers, de petits élèves se lancent dans le grand bain

Lancé en 2019, l'appel à projets en faveur des classes bleues visant à familiariser les plus jeunes avec le milieu aquatique vit sa deuxième saison. Plongée dans un dispositif original avec une classe maternelle du Grand Poitiers…  

C'est en se voyant confier en juillet 2018 par Édouard Philippe, alors Premier ministre, une mission visant à lutter contre les noyades chez les enfants que Roxana Maracineanu a entrouvert la porte du gouvernement. Nommée ministre des Sports deux mois plus tard, l'ancienne championne du monde de natation a continué cette mission. En août 2019, son administration lançait, en lien avec les ministères de l’Éducation nationale, de l’Intérieur et de la Santé, le plan Aisance aquatique assorti d'un appel à projets portant sur des "classes bleues". Leur principe ? Concentrer dans le temps le premier apprentissage de la "natation sécuritaire" chez les plus petits. 
Géré par l'Agence nationale du sport (ANS) et renouvelé à l'été 2020, l'appel à projets a été entendu par la Fédération française de sauvetage et de secourisme (FFSS). Mathieu Lacroix, son directeur technique national, explique : "Cette pédagogie qui s'appuie sur un apprentissage regroupé sur une semaine ou deux permet d'obtenir de bons résultats au niveau de l'aisance aquatique puis, plus tard, du savoir-nager. Nous trouvons cela plus pertinent qu'un apprentissage où l'enfant ne vient qu'une fois par semaine, ce qui pose beaucoup de problèmes de logistique, de bus, d'annulation, avec, au final, de nombreux enfants qui arrivent en sixième et ne savent pas nager."

Public à besoins particuliers

Pour construire sa réponse à l'appel à projets, la FFSS a sollicité les clubs de son réseau. Elle leur a demandé s'ils connaissaient des écoles situées dans des quartiers difficiles ou ayant des enfants en situation de handicap ou porteurs de troubles. "Nous cherchions des écoles avec un public à besoins particuliers, précise Mathieu Lacroix. L'école maternelle Micromégas de Poitiers correspondait à cette recherche, son équipe pédagogique était volontaire pour participer." Voilà comment, sous les yeux de Roxana Maracineanu, venue en visite ce jeudi 14 janvier 2021, une classe de maternelle, composée de vingt-quatre enfants, vit durant toute cette semaine un cycle complet consacré à l'aisance aquatique. "Lors de la séance du lundi, détaille Mathieu Lacroix, on voit des enfants qui ont peur de l'eau, qui ne sont pas capables de mettre la tête sous l'eau, qui pour beaucoup n'ont jamais été à la piscine car ils ne viennent pas de milieux où l'on va facilement à la piscine avec ses parents. On va aller directement en grande profondeur, sans masque, sans bouée ni ceinture. L'idée est de ne pas avoir peur de rentrer dans l'eau, de se déplacer le long du bassin, de mettre la tête sous l'eau, d'être capable, si l'enfant tombe dans l'eau, de revenir au bord et de sortir de l'eau sans aide. Ils ne sauront pas nager mais seront familiarisés avec l'eau et auront acquis un certain degré d'autonomie sécuritaire pour prévenir la noyade." 
Au total, les enfants suivent six heures d'apprentissage de la natation, à raison de deux séances quotidiennes de quarante-cinq minutes lors des quatre jours de scolarité. Le reste du temps, ils le passent dans une salle de la piscine qui leur est réservée. Là, leur enseignante mène un travail pédagogique autour de l'eau et du projet de classe bleue. Pour la cantine, les enfants sont accueillis dans une école toute proche de la piscine, de façon à limiter leurs déplacements.

Partenaire de la FFSS, la communauté urbaine du Grand Poitiers met à disposition l'indispensable équipement sportif ainsi que des maîtres-nageurs pour assurer la surveillance. "Cette classe bleue s'inscrit en complément de ce que l'on fait déjà dans le cadre du dispositif J'apprends à nager, témoigne Anthony Brottier, vice-président du Grand Poitiers, chargé des sports. Cela nous permet d'aller plus loin en touchant les maternelles, un public que l'on ne touche pas d'habitude, et cela dans un contexte sanitaire qui nous préoccupe car nous avons diminué par deux la capacité d'accueil des scolaires dans nos piscines. Là où nous avions auparavant les CP et les CM1, nous nous sommes focalisés uniquement sur ces derniers et avons renoncé à accompagner un certain nombre d'enfants. Nous étions donc forcément favorables pour recevoir cette classe bleue issue d'un quartier prioritaire." 

Former des formateurs

Originalité du projet à Poitiers : quand les enfants ne sont pas dans le bain, ce sont leurs formateurs qui suivent… une formation. Il s'agit du volet "formations à l’enseignement de l'aisance aquatique" de l'appel à projets. La classe bleue accueille ainsi vingt-cinq professionnels de la natation issus de la faculté des Staps et du Creps de Poitiers mais aussi des maîtres-nageurs du Grand Poitiers, une facette du dispositif qui a séduit la collectivité. "Ces personnes vont pouvoir bénéficier de ce stage, avec des élèves pas forcément faciles, qui n'ont pas l'habitude d'aller à la piscine, pour lesquels existent certaines difficultés, des appréhensions par rapport à l'eau ou des problèmes de comportement, souligne Mathieu Lacroix. Ce sont souvent ces enfants-là qui posent problème dans l'apprentissage de la natation, cela fait peur aux parents, aux enseignants, aux maîtres-nageurs. On veut donc leur montrer comment prendre pédagogiquement en charge ces enfants et obtenir de bons résultats sur une semaine." Pour former ces formateurs, la FFSS s'appuie sur l'institut Icare, expert national pour l'ensemble du dispositif Classes bleues. C'est lui qui a déterminé la pédagogie adaptée aux enfants de quatre à six ans pour l'aisance aquatique en grande profondeur et sans matériel.
Pour la FFSS, cette Classe bleue à l'école Micromégas est une première étape avant de déployer son dispositif à plus large échelle. Son ambition à terme ? Dispenser des enseignements en aisance aquatique lors des formations initiales ou continues de maîtres-nageurs. À Poitiers, elle va perdre de l'argent. Les quelque 50.000 euros de subvention de l'ANS pour ce projet et les trois autres pour lesquels elle a également été sélectionnée, ne couvrent pas tous les frais de mise en place de la formation, ni le coût des bonnets de bain et lunettes offerts aux enfants, sans compter la prestation pédagogique de l'institut Icare, qui représente la plus grande partie de la dépense. Mais la FFSS compte bien, à partir du mois de mars, devenir autonome pour former des formateurs.

"Volet complémentaire"

Quant à l'avenir des classes bleues à Poitiers, il sera dicté par plusieurs facteurs, à commencer par les résultats de l'expérimentation. "Cela va ouvrir une réflexion sur le travail avec les enfants de cinq ans, qui ne sont pas le public prioritaire aujourd'hui au regard de la réglementation de la natation scolaire", estime Mathieu Lacroix. Au Grand Poitiers, on espère des résultats positifs mais on reste prudent sur une éventuelle extension du dispositif. "Nous verrons ce qu'il est possible de faire, avance Anthony Brottier. Le revers de la médaille est que pour mettre en place cette classe bleue, nous avons dû décaler la venue des classes qui allaient à la piscine dans le cadre des rythmes scolaires traditionnels. Il faut regarder ce qui est le plus qualitatif, sachant que nous sommes sur un nouveau public et qu'on ne pourra pas occulter le public prioritaire que sont les CM1 et CP. Si ces huit séances ont des résultats positifs, il faudra en tirer les enseignements mais je doute qu'à court terme cela remette en cause le modèle actuel d'apprentissage." Pour la collectivité, les classes bleues font pour l'heure office de "volet complémentaire" à actionner ponctuellement pour favoriser l'aisance aquatique dans les quartiers ou les classes les plus en difficulté. L'appel à projets est, lui, renouvelé pour 2021.

 

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