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Politiques Jeunesse : les organisations appellent l’État et les collectivités à davantage d’ambition

Aux niveaux régional et local comme à l’échelle nationale, les organisations de jeunesse attendent une politique plus ambitieuse et structurée à destination des jeunes. Orientation, accompagnement à la mobilité, RSA et garantie jeunes universelle, logement, soutien à l’engagement… Lors d’une table ronde organisée le 10 mars au Sénat, de nombreuses revendications ont été mises sur la table.   

Parallèlement à une mission relative aux conditions de la vie étudiante en France, le Sénat a récemment lancé une mission d’information sur la politique en faveur de l’égalité des chances et de l’émancipation de la jeunesse. Des sénateurs ont dans ce cadre entendu le 10 mars 2021 des représentants d’organisations de jeunesse. L’occasion, pour ces derniers, de revenir sur le thème du "millefeuille" des politiques à destination des jeunes et du manque d’approche globale – voire de prise en compte – de ce public.

Régions, intercommunalités : des politiques jeunesse encore à structurer

Alors que les régions ont été désignées chefs de file des politiques jeunesse par la loi Égalité et citoyenneté de 2017, cette casquette n’a pas encore "vraiment de substance", de l’avis de Bertrand Coly, conseiller du groupe des organisations étudiantes et mouvements de jeunesse du Conseil économique, social et environnemental (Cese). Pour ce dernier, par ailleurs, les jeunes ruraux s’engagent dans leur territoire davantage que l’ensemble de la jeunesse et ils seraient pourtant peu considérés dans le cadre des politiques locales. Le rapporteur d’un avis de 2017 du Cese sur les jeunes dans les territoires ruraux (voir notre article du 12 janvier 2017) appelle ainsi à "rendre obligatoire une compétence jeunesse dans les communautés de communes, pour faire en sorte que sur chacun des territoires on se préoccupe de cette question".

Le Forum français de la jeunesse (FFJ), par la voix de sa déléguée générale, Anaïs Anselme, a de son côté demandé la tenue d’un comité interministériel de la jeunesse pour "tout remettre à plat". Bertrand Coly a appelé à renouer avec l’ambition du rapport Charvet de 2001 intitulé "Jeunesse, le devoir d’avenir". "C’est le moment, la situation est quand même très critique et l’ensemble de la société voit cette criticité de la situation des jeunes."

Politique gouvernementale : le SNU mal noté  

Affirmant courir après les financements pour parvenir à assurer le fonctionnement associatif et à poursuivre des projets d’éducation populaire, les organisations de jeunesse ne se sont pas montrées très élogieuses envers les politiques menées par le gouvernement. "Quand le tutorat devient une politique d’État, on ne lutte pas contre les inégalités et le risque est de plutôt renforcer le sentiment d’arbitraire", a par exemple jugé Bertrand Coly, évoquant les récentes annonces sur le mentorat (voir notre article du 1er mars 2021). Sur l’enjeu de mixité sociale, le Comité pour les relations nationales et internationales des associations de jeunesse et d’éducation populaire (Cnajep) "doute de la pertinence" du service national universel (SNU), selon sa vice-présidente Lucille Bertaud, et vient de demander au chef de l’Etat et au gouvernement, via une lettre ouverte, de "redéployer les crédits du SNU, vers une politique de jeunesse globale attentive aux jeunes qui en ont le plus besoin" dans le contexte actuel.

Sur le service civique, qui représente le principal poste budgétaire "jeunesse" du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, "on veut que ça reste un dispositif d’engagement avant tout", a insisté Anaïs Anselme, affichant sa vigilance vis-à-vis d’"éléments de langage" présentant le dispositif comme un outil d’insertion dans le cadre du plan "1 jeune 1 solution". "On ne peut pas détacher le service civique de la réalité du marché de l’emploi difficile", a de son côté estimé Maximilienne Berthelot-Jerez, secrétaire nationale du Mouvement rural de la jeunesse chrétienne (MRJC), mettant l’accent sur la nécessité d’accompagner les jeunes volontaires et de leur laisser du temps pour préparer la suite de leur parcours.

L’orientation, le minima social et la sociabilité sur la table 

Questionnés par les sénateurs sur une forme d’auto-censure des jeunes ruraux ou urbains, confrontés notamment à des difficultés de mobilité, les représentants ont mis en avant le manque d’information sur les opportunités existantes, le manque de moyens dédiés à l’orientation des jeunes et bien sûr le manque de ressources. "L’orientation subie est un facteur de décrochage", a souligné Charles Viger, membre du bureau du FFJ. Le FFJ attend des "moyens forts" pour construire un service public d’orientation "du secondaire à l’entrée dans la vie active, mais aussi tout au long de la vie".

Si l’ouverture du revenu de solidarité active (RSA) aux 18-25 ans semble faire consensus parmi les organisations de jeunesse auditionnées ce 10 mars, Paul Mayaux, représentant la Cnajep mais également président de la Fédération des associations générales étudiants (Fage), a préféré insister sur la nécessité de rendre effectif le caractère universel de la garantie jeunes. Selon lui, "le dispositif aujourd’hui fonctionne mais est adapté à des publics assez restreints". Sur le logement des étudiants, le déploiement du plan 60.000 offre des "perspectives modestes", a-t-il par ailleurs déploré.      

Les organisations ont également appelé à multiplier les opportunités de mobilité – localement, en France et à l’international – et d’engagement – dans des associations, en politique... –, d’accès à des loisirs et à la culture et, plus généralement, de rencontre pour les jeunes. Alors que la crise sanitaire s’éternise, "le manque de liens et d’espaces pour se retrouver en collectif est problématique", a regretté Nelly Vallance, présidente du MRJC.  

 

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