Pollution de l'air : encore 40.000 morts par an malgré un léger mieux

Malgré l'amélioration de la qualité de l'air, 40.000 décès par an sont encore attribuables à l'exposition aux particules fines, selon un nouveau bilan de Santé Publique France publié ce 14 avril.  L'agence estime aussi que plus de 2.000 décès liés à la pollution de l'air ont été évités lors du premier confinement du printemps 2020. Santé Publique France invite à "poursuivre durablement" les efforts de réduction sur toutes les sources de pollution. Parmi celles-ci : le chauffage à bois domestique, pour lequel le gouvernement vient de présenter un plan d'action afin de le rendre plus performant. Un amendement au projet de loi Climat a aussi été adopté en ce sens.

Entre 2016 et 2019, l'exposition aux particules fines PM2,5 (inférieures à 2,5 microns) a été à l'origine de 40.000 décès par an selon un nouveau bilan de l'impact de la pollution de l'air ambiant sur la mortalité publié ce 14 avril par Santé Publique France. En 2016, l'agence de santé publique, se fondant sur la période 2007-2008, avait estimé à 48.000 le nombre annuel de décès prématurés liés à ces concentrations de matières microscopiques en suspension dans l'air qui pénètrent dans les ramifications des voies respiratoires et dans le sang. Les particules fines peuvent ainsi provoquer cancer, asthme, allergies ou maladies cardiovasculaires. On estime que l'exposition à ces substances réduit aussi de huit mois l'espérance de vie d'un adulte à partir de 30 ans.

Moindre impact sur la mortalité

Le nouveau bilan établi par Santé Publique France suggère "une tendance à la baisse" : les 40.000 décès par an attribuables aux PM2,5 entre 2016 et 2019 représentent 7% de la mortalité totale sur cette période, contre 9% en 2007-2008.
L'agence a aussi analysé les impacts sur la mortalité en France métropolitaine de la diminution de l’exposition à la pollution atmosphérique liée au confinement du printemps 2020 imposé pour lutter contre l'épidémie de Covid-19. Selon ses calculs, au cours de cette période 2.300 décès ont été évités en lien avec une diminution de l’exposition aux particules, qui constitue la "pollution de fond". Elle évalue aussi à 1.200 les décès évités en lien avec une diminution de l’exposition au dioxyde d’azote (NO2), liée principalement au trafic routier.
Dans le bilan global, le nombre de décès annuels attribués dioxyde d'azote, calculé pour la première fois, est de 7.000. Mais on ne peut pas additionner intégralement ces morts à celles liées aux PM2,5, insiste l'agence de santé publique, une partie non déterminée des décès étant liée à l'action conjointe des deux polluants.

Amélioration de la qualité de l'air, selon l'agence

La baisse de l'impact sanitaire depuis l'étude de 2016 s'explique par des modèles d'exposition différents mais aussi par l'amélioration de la qualité de l'air. Ainsi, selon le nouveau bilan, les émissions de PM2,5 ont baissé de 61% entre 2000 et 2019 et celles des oxydes d'azote de 56%, même si l'État a été condamné en justice pour n'avoir pas réduit suffisamment certains polluants dans certaines villes.
Au vu de ces nouveaux chiffres, l'agence invite à "poursuivre durablement" les efforts de réduction sur toutes les sources de pollution. "Certains enseignements issus de l’analyse du confinement du printemps 2020 sont ou peuvent déjà être capitalisés, souligne-t-elle. En termes d’actions publiques, la baisse du trafic dans les zones urbaines ou la diminution des émissions industrielles sont des leviers efficaces déjà déployés ou en cours de déploiement. En termes de changements comportementaux, le télétravail ou les modifications de modes de déplacement sont vraisemblablement appelés à se pérenniser au sein de la société française." "Plus généralement, poursuit-elle, d’autres pistes d’actions existent, parmi elles l’amélioration des pratiques d’utilisation du chauffage au bois (utilisation d’appareils performants, choix de combustibles de bonne qualité, allumage par le haut...) ; le développement de bonnes pratiques agricoles pour réduire les émissions d’ammoniac, par exemple, ou encore la rénovation thermique des logements."

"Plan d'action" pour réduire la pollution due au chauffage au bois

La présentation de ce bilan coïncide avec la publication par le gouvernement de son "plan d'action" pour réduire la pollution due au chauffage au bois, qui a été mis en consultation jusqu'au 30 avril par le ministère de la Transition écologique . En lien direct avec ce plan, un amendement au projet de loi Climat (article 46 ter) défendu par le député LREM du Rhône et président du Conseil national de l'air, Jean-Luc Fugit, a été adopté ce 13 avril. Il demande aux préfets, dans les zones concernées par un plan de protection de l’atmosphère, de prendre des mesures adaptées au territoire, d’ici au 1er janvier 2023, afin d’améliorer "significativement la performance énergétique du parc d’appareils de chauffage au bois et de réduire de 50 % les émissions de PM-2,5 issues du chauffage au bois à horizon 2030 par rapport à la référence 2020". 
Pour accompagner cet objectif, le "plan d'action" prévoit de sensibiliser le grand public à l’impact sur la qualité de l’air d’un chauffage au bois avec des appareils peu performants ou un combustible de mauvaise qualité. À ce titre, la vétusté d’un appareil de chauffage au bois sera indiquée dans le nouveau diagnostic de performance énergétique et les ramonages, rendus obligatoires une fois par an, seront "l’occasion de rappeler les subventions disponibles pour remplacer un appareil peu performant et fortement émetteur de particules fines," indique le ministère de la Transition écologique.

600.000 appareils à renouveler d'ici 2025

Le plan compte surtout renforcer et simplifier les dispositifs d’accompagnement pour accélérer le renouvellement des appareils de chauffage au bois, avec l'objectif de remplacer 600.000 appareils seront remplacés d’ici 2025 grâce aux aides à la rénovation énergétique des logements (MaPrimeRénov’) et aux fonds air bois mis à disposition par les collectivités territoriales et l’Ademe. La performance des nouveaux équipements de chauffage au bois doit aussi être améliorée en faisant évoluer le label flamme verte au-delà du seuil "7 étoiles" pour définir des niveaux de performance plus protecteurs pour la qualité de l’air. Le plan prévoit également le développement d'un label pour attester de la qualité du combustible (faible taux d’humidité) et de son origine (issu de forêts gérées durablement). L’objectif est de structurer le marché formel de la bûche pour qu’il représente 40% des utilisations annuelles (au lieu de 20% aujourd'hui), avec 50% de combustibles labellisés, d’ici 2030.
 

 

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