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Patrimoine - Pour Stéphane Bern, trop de monuments "passent sous le radar des ABF"

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Jean-Noël Escudié / P2C pour Localtis
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Tourisme, culture, loisirs

Auditionné le 30 janvier 2019 par la commission de la culture du Sénat, sur la mission Patrimoine que lui a confiée le président de la République, Stéphane Bern a fait son show, égratignant au passage les procédures et rouages auxquels il a été confrontés. 

Alors que deux députés présentaient, il y a quelques jours, les résultats de leur "mission flash" sur le Loto du patrimoine à la commission des affaires culturelles de l'Assemblée nationale (voir notre article ci-dessous du 23 janvier 2019), la commission de la culture, de l'éducation et de la communication du Sénat auditionnait, le 30 janvier, Stéphane Bern, le promoteur de cette nouvelle ressource. L'audition ne portait d'ailleurs pas sur le loto, mais plutôt sur les résultats de la mission Patrimoine, confiée à l'intéressé par Emmanuel Macron dès le début du quinquennat.

Patrimoine, gilets jaunes et Grand Palais

Stéphane Bern avait déjà prouvé sa capacité à ne pas pratiquer la langue de bois. Il l'a confirmé devant le Sénat en exprimant clairement son opinion. Il a ainsi "remercié chaleureusement" les sénateurs, pour l'avoir "beaucoup soutenu, encore récemment avec l'exonération des taxes pour ce loto exceptionnel du patrimoine". Même si l'amendement du Sénat n'a finalement pas abouti, l'animateur se dit persuadé que "les lignes vont bouger, vont continuer à bouger. Vous avez remarqué que je ne me laissais pas facilement circonvenir, que je remontais au combat".

Stéphane Bern a aussi rappelé ce qui a guidé sa mission : faire comprendre que "le patrimoine, c'est évidemment de l'identité sereine, qui n'est pas hystérisée ; c'est vecteur également de développement économique ; c'est de la culture à portée de main, accessible à tous ; c'est de la convivialité aussi dans la ruralité". Il voit d'ailleurs dans la situation du patrimoine un parallèle avec la crise des gilets jaunes. Il existe en effet "un vrai décalage entre ce qui est décidé à Paris et cette ruralité qui se sent abandonnée par la capitale".

Stéphane Bern a pris comme exemple le cas du Grand Palais : "Je pense qu'il faut faire des travaux sur le Grand Palais, mais quand vous entendez qu'on est à 522 millions d'euros dépensés sur le Grand Palais, et qu'on me demande d'aller sur les routes de France pour trouver 20 millions d'euros pour les églises, les bras m'en tombent. Au bout d'un moment, c'est le tonneau des Danaïdes, j'essaye d'écoper un bateau qui prend l'eau avec une cuillère à soupe. Et c'est mal ressenti dans les territoires", même si la question du patrimoine a été assez peu présente sur les ronds-points.

"Secouer le cocotier"

L'animateur est également revenu sur la complexité des procédures et les inégalités entre communes : "L'ingénierie administrative fait parfois défaut aux maires des petites communes : c'est compliqué pour un maire d'une commune de 100, 200, 300 habitants d'avoir cette ingénierie qui lui permet de présenter des dossiers de demande de subventions ; ça prend du temps, c'est complexe. C'est la raison pour laquelle on a eu l'idée, avec la fondation du Patrimoine, d'une plateforme participative toute simple." Celle-ci a recueilli plus de 2.000 signalements de monuments ou sites en péril, émanant notamment de particuliers.

À propos de ses relations avec les services du ministère de la Culture, il n'a pas caché l'existence de tensions, reconnaissant qu'"au début ça a été difficile, parce que les Drac ont peut-être vécu ça comme une intervention intempestive de ma part, de vouloir me substituer à la puissance publique". Conséquence : les Drac ont fait de la "rétention de dossiers" dans un premiers temps, mais Stéphane Bern aurait "un peu secoué le cocotier et puis les choses se sont un peu détendues".

L'intéressé a également indiqué avoir "découvert - c'est un dysfonctionnement de notre système -, qu'il y a énormément de monuments qui étaient passés sous le radar des ABF [Architectes des bâtiments de France, ndlr], à qui on a en plus voulu rogner les griffes à cause de la loi Elan". Stéphane Bern juge "très inquiétant, de voir que beaucoup de monuments n'apparaissent pas dans les rapports. Je pense que c'est lié aux problèmes d'ingénierie administrative des petites communes : au travers d'AMO [assistance à maîtrise d'ouvrage, ndlr], on les aiderait davantage à faire tous ces lourds dossiers".

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