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"Presque la moitié des féminicides se passent en zone rurale"

Isolement, dépendance financière, faible mobilité, manque d’anonymat, éloignement des services publics, mauvaise couverture numérique… en milieu rural, les femmes sont plus victimes de violences pour de multiples raisons que la délégation aux droits des femmes du Sénat a tenté de cerner à l'occasion d'une table ronde organisée à la mi-février 2021. L'Association des maires de France, par la voix de Cécile Gallien, mise sur une grande campagne de communication. 

"Presque la moitié des féminicides se passent en zone rurale", a rappelé Cécile Gallien vice-présidente de l'Association des maires de France et des présidents d'intercommunalités (AMF) et co-présidente du groupe de travail Égalité femmes-hommes, devant la délégation aux droits des femmes du Sénat, jeudi 11 février 2021. La vulnérabilité des femmes résidant en milieu rural était l’objet de cette table ronde qui s’inscrit dans un cycle d’auditions sur différentes thématiques (orientation scolaire et universitaire, égalité professionnelle, santé, rôle des élus, accès aux responsabilités, etc.) et qui auront lieu jusqu'en juin 2021. Ces différents rendez-vous ont vocation à alimenter un rapport sur la situation des femmes dans les territoires ruraux qui devrait être publié cette année. 

Pour commencer ce cycle, une équipe de rapporteurs représentants huit territoires (la Vienne, la Drôme, la Lozère, le Rhône, la Haute-Garonne, la Dordogne, les Hautes-Alpes, le Finistère) était rassemblée, certains en présentiel au Sénat, d'autres en visioconférence. Plus d’un an après la clôture du Grenelle contre les violences faites aux femmes, où en sont les politiques de lutte contre les violences en milieu rural ? Les constats des intervenants se recoupent : isolement, faible mobilité, précarité, manque de services publics et de solutions d’hébergement, absence d’anonymat... les femmes victimes de violence en milieu rural cumulent souvent les difficultés. Que la situation épidémique liée au Covid-19 est venue exacerber.    

Au cours des auditions, le rapport du centre Hubertine-Auclert, publié en 2019, a été cité. Une référence précieuse dans la mesure où il documente précisément les inégalités accrues entre  femmes et hommes dans les territoires ruraux. Ses auteurs préconisent "d’améliorer la connaissance des dispositifs locaux et nationaux d’écoute et d’accompagnement des femmes victimes de violences à travers une communication dans le magazine, le site web, les panneaux lumineux et les panneaux d’affichages de la collectivité ainsi que dans les lieux de proximité tels que les cabinets médicaux, les pharmacies, les Maisons de service au public". Il identifie également que le fait que le parcours de "sortie" des violences de ces femmes en zone rurale est "plus complexe" et qu’il faudrait améliorer leur prise en charge. Les différents témoignages sont venus confirmer l'actualité du rapport et le fait que si les réseaux d'aide à la lutte contre les violences faites aux femmes se structurent, il reste encore beaucoup d'actions à mener. 

"Dans la Manche en 2020, une augmentation de 16% par rapport à 2019"

Parmi les intervenants, Marie-Pierre Mouton, présidente du conseil départemental de la Drôme, vice-présidente de la commission Égalités de l'Assemblée des départements de France, évoque le fait qu’à son échelle, "la volonté première est de mailler le territoire par le biais notamment des centres médicosociaux". Pour ceux et celles qui en seraient trop éloignés, le "Bus Drôme proximité" itinérant a été mis en place. Elle témoigne également d'une difficulté : "S’il n’y a pas de marques sur le corps [de la victime] et que la gendarmerie ou le commissariat refuse d’enregistrer une plainte, il y a peu de marges de manœuvre".  
"Dans la Manche, en 2020, c’est une augmentation de 16% des violences faites aux femmes par rapport à 2019", alerte quant à elle Anne Harel, vice-présidente du conseil départemental de la Manche. Elle encourage à créer des permanences dans les mairies et les maisons France Service. Rappelant combien les élus sont parfois démunis face aux interpellations de femmes victimes, elle mentionne la création d’une "fiche réflexe" diffusée par les conseillers départementaux à l’ensemble des communes de leur canton. Cette fiche a vocation à rappeler le cadre légal et donner des repères aux élus. "La peur et une grande méconnaissance des dispositifs existants" dominent encore trop en milieu rural, estime Cécile Gallien, qui mise sur "une grande campagne de communication". Sur ce sujet, "la mobilisation des élus est primordiale", conclut Édith Gueugneau, maire de Bourbon-Lancy (Saône-et-Loire) et co-présidente du groupe de travail Égalité femmes-hommes de l'AMF.