Principaux secteurs économiques impactés : maux et remèdes européens (3)

Episode 3 : le tourisme

Dévasté par le confinement, le tourisme est le vecteur le plus efficace d’une reprise économique, tant au niveau local qu’international. Il atteint des régions que d’autres secteurs délaissent, fait vivre une personne sur dix dans le monde et contribue à 10 % du PIB de l’UE. Fort d’une croissance de 4 % en 2019, soit + 117% depuis 2000, la chute liée à la crise avoisinerait les 80 % selon les scénarios prévus par l’OMT.

Lorsque le tourisme est la principale ressource, l’Etat est en danger.

Les Seychelles ont obtenu 31 M$ du FMI via un instrument de financement rapide, de même que l’Egypte, pour 2,8 Mds $ et sa banque publique QNB Alahli, aidée à hauteur de 100 M$ par la BERD. Ces pays souffrent également d’un ralentissement de 20 % des transferts de fonds de la diaspora, ce qui impacte le budget et la balance commerciale de ces économies émergentes. En Europe du Sud, les régions vivant essentiellement du tourisme traversent les mêmes turbulences : neuf Etats Membres ont demandé à la Commission que le plan de relance de l’UE intègre le secteur du tourisme.

Avant tout : assurer la liquidité

La CDC annonce un programme d’investissements d’1,35 Mds €  en fonds propres, qui soutiendra les projets à valeur ajoutée en matière environnementale. Les limites du tourisme de masse conduisent en effet à renforcer l’attractivité du tourisme local, seule alternative il est vrai, au sortir du confinement. Il s’agira de saisir l’opportunité de fidéliser une nouvelle clientèle nationale, mais rien n’assure que les ex-confinés ne souhaiteront pas reprendre leurs habitudes à l’étranger.

La nécessité d’un tourisme durable

L’UE, première destination touristique mondiale, doit mettre en place un tourisme éclairé. Le secteur affichait, avant la crise, une forte empreinte carbone issue des carburants, des rejets de méthanes ou des fluides frigorigènes, pour + 5% des émissions mondiales de CO2. Il est notable de constater que les zones les plus touchées ont un bilan carbone importé à 80 % et une vulnérabilité à la montée des océans. Il est nécessaire de changer les comportements d’achat pour un développement à long terme. Mais le constat d’une sensibilité sociétale n’est ni nouveau, ni décisif.

Tous les acteurs ne changent pas leur vision pour adopter une offre vertueuse

Les parcs d’attraction continuent leur course à la taille et s’enrichissent d’une capacité hôtelière en conséquence, tout comme les compagnies aériennes à bas coût qui s’implantent en centre-ville. Les projets de tourisme spatial sont enfin en passe de réussir les tests de marché, bien qu’un lancement émette autant de CO2 qu’une dizaine d’aller-retours Paris-New / York.

Le secteur s’adaptait avant la crise

Les tours operators intégreront généralement une offre de compensation carbone, jusque-là un segment militant. Certains hôtels élaborent des produits couplés avec des événements éclairs, comme la privatisation d’une piscine. D’autres conçoivent le voyage « transformationnel », de préférence sur les ailes ou hors saison, lorsque les producteurs locaux ont du temps à consacrer au partage de savoir-faire.

La Commission organise un sommet européen du tourisme, inspiré d’une initiative privée.

La Commission souhaite un « tourisme européen durable, innovant et résilient ». Sa feuille de route établit la façon de protéger les entreprises des investissements étrangers agressifs, de résister à la crise, d’organiser la relance et de penser à un nouveau modèle économique. C’est la réplique du Forum A World For Travel du 4 au 5 novembre 2020 à Evora, où les professionnels du tourisme inviteront les populations, ministres, start-up, ONG, scientifiques, médias, élus et sociologues à réfléchir, sur la base d’une auto-critique, à la transformation du secteur. 

Les collectivités ont un rôle de premier plan dans tourisme local

Les fonds européens, INTERREG en tête, ont largement développé les pistes cyclables longue distance : 90 000 km irradient l’UE via 19 itinéraires, dépassant les initiatives transfrontalières d’origine, notamment dans l’Ardennais. Ce tourisme permet de valoriser le patrimoine culturel, naturel et alimente plus volontiers les hébergements offerts par les petites structures. Cette industrie est composée à 90 % de TPE / PME - hôtels, restaurants, agences de voyage, entreprises familiales - qui génèrent un emploi local, restituent localement l’argent dépensé par les touristes et dont la fermeture touche durement les collectivités. Celles-ci deviennent actrices du tourisme avec logos et marques depuis la réforme territoriale de 2015 et doivent logiquement s’adapter, comme les professionnels.

Si la tarification intègre le coût environnemental, le tourisme lointain redevient un produit de luxe.

Le tourisme lointain et responsable coûte cher. Taxer ce marché est, à ce jour, inenvisageable puisqu’il faut préserver la viabilité des entreprises. A défaut, la ressource est dans l’innovation, financée par les voyageurs. Cependant, pour motiver ces financeurs, il faut renouer une relation de confiance.

Les innovations digitales peuvent aider à retrouver la confiance…

Pour l’avenir, voyagistes et assureurs réfléchissent à intégrer à la prestation une communication en temps réel permettant aux voyageurs d’être parfaitement informés des situations sanitaires à destination, des plans de sécurité en cas de problème. La mise en place de plateformes nationales sera accompagnée de plans de formation pour qualifier les salariés du secteur, voire des collectivités.

…mais elles sont globalement intrusives.

L’OMT a récompensé lors d’un défi les projets innovants de start-ups destinés à « guérir les personnes, la prospérité et les distanciations ». Parmi les lauréats, figurent un dispositif de scan des mains identifiant le degré d’hygiène après lavage des mains pour les établissements hospitaliers ou tout établissement accueillant du public, une application mettant à disposition un maximum d’informations et de services sans contact physique depuis la réservation de l’hôtel jusqu’au check-out et une application dématérialisant toutes informations prouvant l’identité des clients, à l’aide de données biométriques stockées par les autorités, pour rassurer les commerçants.

Gouvernement, institutions et acteurs envisagent des mesures non financières.

Rien n’est exclu : revoir le calendrier des vacances, faciliter la délivrance de visas, positionner des jours fériés en fin d’année, synchroniser les déconfinements en UE (à la main des Etats), attirer les conférences internationales ou vanter, en zone rurale, le tourisme sportif, naturel, de bien-être ou médical. Un élargissement des compétences des collectivités pour une meilleure réactivité aux crises est évoqué. La Présidente de la Commission prône des « vacances intelligentes, un peu différentes, avec d’autres mesures d’hygiène et un peu plus de distanciation sociale ». Un appel entendu, à sa façon, par le bourgmestre d’Ostende qui envisage un pass permettant l’accès à ses plages aux seuls locaux.

Reste à savoir si le consommateur est également citoyen…

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