Principaux secteurs économiques impactés : maux et remèdes européens (1)

Episode 1 : l’agriculture

Santé et alimentation sont devenues deux préoccupations majeures depuis le début du confinement. Etroitement liés aux modes de production, ces secteurs ont dévoilé leur interconnexion avec le reste du monde et partant, leur vulnérabilité. Le vin et le fromage demandent un traitement urgent d’ampleur.

Santé et alimentation sont devenues deux préoccupations majeures depuis le début du confinement. Etroitement liés aux modes de production, ces secteurs ont dévoilé leur interconnexion avec le reste du monde et partant, leur vulnérabilité. Le vin et le fromage demandent un traitement urgent d’ampleur.

La crise a conduit à une hausse des prix des produits frais.

En France, le prix du panier de légumes a subi une hausse de 30 %. Les fruits à forte teneur en vitamine C ont la faveur de la population, ce qui a un effet dopant sur leur prix. La demande de produits frais connaît une embellie malgré la baisse du pouvoir d’achat des français.

La hausse de la demande n’est pas la seule cause de la hausse des prix : les difficultés de production jouent également un rôle majeur. La fermeture des frontières empêche le recours à la main d’œuvre étrangère bon marché et restreint considérablement la distribution.

L’UE vient de dévoiler le volet agricole de son green Deal : « de la ferme à la table (1) ».

Les 27 mesures de soutien, qui ne sont pas encore toutes connues, sont accompagnées d’objectifs de transition : franche réduction des émissions de pesticide d’ici 2030, d’engrais et d’antibiotiques en élevage. La Commission s’appuiera la prochaine PAC, sur un renforcement des normes et sur l’information des consommateurs via un label nutritionnel. Des dispositifs forts pour les écologistes, mais durs selon l’European Milk Board qui veut bien une production plus durable si les surcoûts sont répercutés aux consommateurs. La Commission n’a pas eu gain de cause sur son idée de taxer la consommation de viande, qui ne sera probablement pas étiquetée comme un « mode d’alimentation plus sain ». Désormais, le lien est fait entre politique agricole et climat.

La crise accentue l’instabilité traditionnelle du marché.

La fermeture des restaurants et cantines collectives affaiblit les filières de viande ovine, caprine et de veaux. La filière laitière, qui connaît habituellement un pic en avril, cherche actuellement à réduire sa production. Fruits et légumes ont fait l’objet de demandes d’aides urgentes du gouvernement français à la Commission, laquelle a tardivement mis en œuvre les mécanismes de stockage privé de la PAC permettant d’éviter la chute des cours en cas de crise aiguë sur les marchés.

Les anomalies de comportement ne sont pas encore encadrées par des règles européennes.

Le secteur a également vu croître les pratiques commerciales déloyales (PCD) non maitrisées, faute de transposition en France de la directive anti-PCD : certains grands distributeurs exercent, en déconnexion avec le marché, une pression à la baisse des prix sur les producteurs individuels.

Le monde rural tire son épingle du jeu.

Les marchés locaux échappent à ces phénomènes globaux et résistent mieux. La Fédération nationale des marchés de France avait contesté en vain, devant le Conseil d’Etat, le paradoxe de la dérogation d’ouverture bénéficiant aux commerces alimentaires sédentaires contrairement aux marchés couverts et plein air. Ils sont maintenant de plus en plus nombreux à être autorisés par le préfet sur demande du maire, principalement dans les petites villes. Les associations de maintien de l’agriculture paysanne 

sont également autorisées, confortant un modèle rural qui pourrait inspirer la production agricole en périphérie des grandes villes.

 

Le temps de repenser la mutation du modèle de production.

Les mesures de relance, conçues en respect de la taxonomie (2) de l’UE, gagneront à accompagner la tendance issue de la crise : encourager les approvisionnements locaux et créer des emplois locaux. Mais ceci ? ne devrait pas être limité aux petites collectivités, qui ont développé par la production et la consommation locales une véritable immunité face aux aléas du marché international. Le modèle de culture pourrait également gagner en diversité de production, en protéine végétale notamment.

Des causes exogènes accentuent la pression

A la crise s’ajoute la concurrence internationale, exempte de droit de douane, notamment les 20 000 tonnes de viande bovine en provenance du Mexique, depuis la signature de l’Accord de libre-échange avec l’UE le 28 avril dernier, dans la logique des accords passés avec le Canada et le Mercosur. Les syndicats vitivinicoles réclament un fonds de compensation des taxes de 25% nord-américaines et un alignement des droits de douane sur ceux appliqués aux vins australiens et chiliens pour pénétrer le marché chinois. A cela s’ajoutent les incertitudes liées au Brexit.

Deux secteurs renommés en France ont particulièrement souffert : le vin et le fromage.

Les demandes faites par les professionnels, parfois relayées par des eurodéputés, à la Commission démontrent que les acteurs voient en l’échelon européen le niveau idoine de gestion de la crise.

Des producteurs de fromage, TPE ou fermes, ont connu une chute des ventes de 60 à 100 % de produits AOP. Pour ces produits, le stockage privé prévu par la PAC est jugé trop restrictif et devrait être, selon la filière, accessible à toute forme de stockage, y compris le caillé, sans attendre la maturation. Les producteurs de la région portugaise de l’Alentejo voient leur pari gagnant : ils produisent depuis longtemps de façon plus respectueuse de l’environnement et ont obtenu depuis 2000 plus de 137 M€ de l’UE.

L’Etat est l’interlocuteur à défaut de réponse européenne

Le cas de la filière cidricole est emblématique : elle réclame à l’Etat 22 M€ pour compenser 50% de perte de CA durant le confinement, 100 % pour les petits producteurs, dont les pommes ne peuvent être recyclées sinon en gel hydroalcoolique par distillation.

2020 : le millésime Covid

Le vin est avant tout un produit vivant qui ne connaît aucun arrêt de soin : l’ébourgeonnage manuel des pieds de vigne se fait de mi-avril à fin mai, auquel succède l’accolage des jeunes rameaux de sarments entre les fils de palissage puis les vendanges. 2020 s’annonce laborieux : le chômage partiel est inenvisageable pour la plantation qu’il est demandé de prolonger, ou pour la récolte ? . Ces charges s’accumulant, l’exclusion des hôtels, restaurants et cafés de la première phase du déconfinement, augmente considérablement les risques de défaillance des entreprises.

Les professionnels ont listé leurs doléances

Sont demandés : un plan de 500 M€ pour prendre le relais des programmes nationaux, tous épuisés, l’exonération - et non le report - des charges sur les salaires, l’annulation des frais de crédits en cours, un plan de stockage et de distillation de crise, le versement à temps des aides nationales, le report (accordé), au 15 juin de la télédéclaration 2020 PAC aide « surface », la fin des restrictions aux campagnes de promotion, la faculté de ne pas indiquer l’année de récolte et surtout : des modalités administratives non décourageantes pour ces différentes aides !

Une baisse de la production vitivinicole, via un financement de l’adaptation des rendements maximaux à l’hectare, et une subvention européenne de 80 €/hl, compenseraient en partie les pertes et aboutirait, selon la filière, à une amélioration de la qualité. Qui s’en plaindrait…


 

 

 

Références

[1] F2F : farm to fork.

[2] Système européen de classification des activités économiques durables, permettant aux investisseurs d’identifier les projets et des activités économiques qui ont un impact positif important sur le climat et l’environnement.

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