A Saint-Amarin, tout un programme pour les paysages

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Aménagement et foncier

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Haut-Rhin

La communauté de communes de la Vallée de Saint-Amarin (68) a élaboré un plan de gestion de l'espace rural et périurbain, GERplan, qui s'est traduit par un diagnostic des paysages et un programme d'actions sur trois ans, concernant chaque commune de la communauté. En synergie avec les autres politiques de la communauté, ce programme contribue à dessiner l'avenir du territoire en s'intéressant au patrimoine bâti, à l'activité agricole, à l'eau, aux paysages.

Dans le milieu des années 90, les élus du district de la vallée de Saint-Amarin (Haut-Rhin, quinze communes, 13.200 habitants et 16.000 hectares) ont pris la mesure des conséquences de la déprise agricole : forte baisse de la population agricole, fermeture des paysages et apparition de friches.
"Cette situation dans les vallées vosgiennes est le produit d'une histoire, explique Catherine Prévost, chargée de mission à la communauté. Au début du 20e siècle, les paysages étaient structurés en plusieurs étages : prés de fauche en fond de vallée, villages sur les terrasses alluviales avec terrains communaux (kritters) loués à vie aux habitants et cultivés, au-dessus des pâturages communaux et encore plus haut, les forêts et/ou les chaumes d'altitude. L'installation des industries textiles au début du 20e siècle fait naître une génération d'ouvriers-paysans et l'augmentation du niveau de vie provoque une première déprise, légère, des pâturages communaux avec diminution du cheptel de bétail. A partir des années 50, les doubles actifs deviennent salariés à plein temps, abandonnant encore un peu plus l'activité agricole. A partir des années 70, un net recul de l'activité industrielle, provoque de nombreux licenciements et un exode important. Les kritters sont progressivement devenus des friches et les fonds de vallée  ont été partiellement boisés en résineux."

 

Le GERplan s'appuie sur un diagnostic paysager, hydraulique, agricole et environnemental

Des premières actions de défrichage des pâturages communaux sont donc réalisées dans les années 80. Concrétisées en 1994, par la mise en place d'un  premier "plan paysage de la vallée de Saint-Amarin" par le district d'alors, avec le parc naturel régional des Ballons des Vosges, pour programmer la réhabilitation des friches agricoles. En 1996, l'association "Agriculture et paysages" est créée, avec pour objectif  la reconquête des paysages agricoles. Entre 1996 et 2008, l'action de l'association et de la communauté de communes, soutenue par le conseil régional, l'Etat et le Feder, permet la reconquête de 650 hectares de pâturages communaux. "Cette réhabilitation a permis d'ouvrir les paysages, de pérenniser les exploitations existantes et même d'installer de nouveaux agriculteurs", raconte Catherine Prévost.
En 2004, les élus estiment que le plan paysage est devenu désuet, en raison de l'évolution des enjeux et notamment de l'urbanisation qui entraine le mitage des terres et des paysages. Ils élaborent un plan de gestion de l'espace rural et périurbain (GERplan) pour actualiser et étendre la réponse à la problématique paysagère qui s'appuie sur un diagnostic paysager, hydraulique, agricole et environnemental concernant tout le territoire. L'étude est réalisée par l'association "Agriculture et paysages" mandatée par la communauté et fait l'objet d'une concertation avec les élus et les habitants : un groupe de travail est mis en place (associant la chambre d'agriculture, la Diren, l'agence de l'eau...), des réunions publiques et des expositions sont organisées dans les communes. Le diagnostic aboutit à un projet global à l'échelle de la vallée et des actions au niveau de chaque commune.

 

Le retour aux structures paysagères naturelles de la vallée

Le GERplan  fait l'objet d'un contrat sur trois ans (2008-2010) avec le conseil général et d'une convention avec le conseil régional. Il se décline en fiches actions, autour de quatre axes. Premièrement, la mise en valeur du patrimoine villageois et la maîtrise de l'urbanisation : valorisation du patrimoine bâti, des structures villageoises, résorption des points noirs (signalétique anarchique, etc.), intégration des infrastructures industrielles. Le deuxième axe vise le retour aux structures paysagères naturelles de la vallée et préconise  la préservation des liaisons vertes en fond de vallée, la  poursuite de l'ouverture et de l'entretien des pâturages communaux (avec les agriculteurs, grâce aux CAD - contrats d'agriculture durable - ou aux mesures agro-environnementale) ; la préservation de la qualité des hautes chaumes (sommets de crêtes non boisés), en partenariat avec le parc naturel régional ; enfin, la mise aux normes des fermes d'altitude, l'intégration des infrastructures touristiques, l'amélioration de la qualité de l'eau et des cours d'eau (gestion des espèces invasives et protection des captages). Le troisième axe a pour but de pérenniser l'agriculture de montagne en soutenant l'amélioration de la qualité et de la distribution des produits et la diversification des exploitations (accueil, services...). Le dernier axe, plus transversal, préconise la sensibilisation aux paysages, aussi bien en direction des habitants que des élus. Cet objectif se traduit par exemple par la création de sentiers de découverte.
La création d'un poste d'animateur GERplan au sein de la communauté de communes permet de concrétiser ces actions.

 

Un outil de communication sur l'avenir de la vallée

La mise en oeuvre du GERplan est suivi par la commission "paysages et aménagement du territoire" de la communauté. Elle s'appuie sur un budget triennal de 2,548 millions d'euros, financé à 40% par le conseil général, par le conseil régional (de 10 à 40% selon les actions), l'Etat, l'Europe, le parc et la communauté de communes (qui prend en charge 5% des projets à maitrise d'oeuvre communale). Pour 2008, le montant des projets communaux s'élève à 213.000 euros, financés en partie selon les cas par le conseil général, la région Alsace, l'Etat, l'Europe mais aussi, le cas échéant par d'autres partenaires comme l'Ademe ou  la Fondation du patrimoine. Quelques-uns de ces projets sont déjà à l'oeuvre : remplacement d'une presse pour les arboriculteurs, restauration de murets en pierre sèche qui maintenaient les terrasses (travaux réalisés par une entreprise d'insertion), création de sentiers de découverte autour des communes pour valoriser le patrimoine paysager et rural, suppression des micro-boisements de résineux, réhabilitation du patrimoine bâti traditionnel...
"Le GERplan intervient en synergie avec les autres politiques de la communauté de communes, souligne Catherine Prévost. Ainsi, les actions concernant le bâti sont également portées dans le cadre de la charte de développement local et du PLU. Celles qui touchent à l'eau sont aussi traitées par la cellule assainissement et eau potable. Le seul défaut du GERplan est qu'il n'a pas de valeur réglementaire et n'entraîne donc pas de contrainte légale à atteindre les différents objectifs. Cependant, il est un outil de communication important sur l'avenir de la vallée, d'autant plus que désormais le tourisme, l'installation de nouveaux habitants, le développement de l'activité tertiaire passent aussi par la qualité des paysages. Le GERplan a aussi été le support d'une concertation poussée avec la population locale et les équipes municipales."

 

Maryline Trassard, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et Localtis

Communauté de communes de la Vallée de Saint-Amarin

Nombre d'habitants :

13200

Nombre de communes :

15

70 rue Charles de Gaulle
68550 Saint-Amarin
cc-stamarin@cc-stamarin.fr

Catherine Prévost

Agent de développement chargée du paysage, de l'environnement et du patrimoine
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