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StopCovid : les collectivités se positionnent en "tiers de confiance"

Le développement de l'application de traçage de contact "StopCovid" est entré dans sa dernière ligne droite. Actuellement en phase de test, l'application doit être présentée la semaine prochaine au Parlement dans la perspective de son déploiement début juin. Pour contribuer à assurer le succès du projet, France Urbaine et l'AdCF ont fait part de leurs recommandations en insistant sur le rôle de "tiers de confiance" des grandes villes.

La semaine dernière l’Institut national de recherche en informatique (Inria), en charge du projet StopCovid, a commencé à publier le code source de l'application mobile. Une démarche imposée par un gouvernement soucieux de transparence sur ce projet très polémique (notre article). Le secrétaire d’État au numérique, Cédric O, a précisé par ailleurs le contour des tests en cours. "Nous souhaitons tester l’application dans un endroit avec un réseau dense de transports en commun, un endroit où il y a des métros et des centres commerciaux" a-t-il expliqué au Journal du Dimanche en précisant que les testeurs seraient avant tout des agents issus du service public.

StopCovid devrait fonctionner sur tous les mobiles

Ces tests doivent notamment vérifier le bon fonctionnement de l'application sur les différents systèmes d'exploitation. La France a en effet préféré un protocole "centralisé" ROBERT (notre article) au détriment de l'architecture "décentralisée" promue par Apple et Google. Un choix technique demandant des ajustements dans le fonctionnement des deux systèmes d'exploitation dominants que le gouvernement n'a pas réussi à obtenir. Ce sujet aurait été "contourné" a déclaré le secrétaire d'Etat qui a assuré que l'application fonctionnerait bien sur tous les mobiles. Devant les parlementaires de l'Office d'évaluation des choix scientifiques et techniques, le directeur général de l'Anssi, Guillaume Poupard, a expliqué que cette troisième voie passait par un protocole alternatif nommé " Désiré". Celui-ci permettrait "d'avoir plus de coopération de la part d'Apple et de Google".


L'accessibilité de StopCovid, priorité des élus urbains

La possibilité pour tous les Français de pouvoir utiliser StopCovid arrive en tête de la contribution publiée le 14 mai par France Urbaine et l'AdCF. Les deux associations d'élus, qui inscrivent leurs travaux dans la lignée des recommandations de la Cnil et du CNNum, rappellent la nécessité d'une interface "centrée sur l'utilisateur" et "accessible à des personnes éloignées du numérique". Pour démocratiser l'usage de StopCovid, elles adhèrent à l'idée de proposer des objets connectés sous réserve "qu’ils offrent un niveau de sécurité et de protection maximale". On rappellera que ce sujet a d'ores et déjà été identifié par le gouvernement, des champions français de l'internet des objets comme Withings ou Sigfox travaillant sur des projets de "badges connectés" alternatifs à l'application mobile.

Des villes "tiers de confiance"

Les collectivités se positionnent par ailleurs comme des "tiers de confiance", interfaces entre le système sanitaire local, les habitants, les entreprises et l'application de tracking de contacts. Elles estiment notamment que leur implication dans le dispositif de communication sera décisive pour favoriser l'adoption de StopCovid par le plus grand nombre. Dans cette optique, elles souhaitent la mise à disposition de "kits pédagogiques imprimables" en parallèle des outils nationaux déployés par l'Etat (site internet, numéro vert, campagne média…). Des supports pédagogiques qui devront permettre aux usagers d’identifier "les avantages" mais aussi "les inconvénients du procédé en toute clarté et sans ambiguïté". Les grandes villes et agglomérations, où densité rime avec forte probabilité de circulation du virus, souhaitent enfin être associées au Comité national d’évaluation du dispositif de tracking. Au sein de cette instance, les collectivités entendent contribuer à "stabiliser le parcours sanitaire", qui reste selon les deux associations à clarifier, et préparer l'avenir en "documentant la prévention de la gestion des pandémies au niveau local".

Pour nécessaire que soit l'implication des territoires, il n'est pas dit qu'elle suffise au succès de l'application. En Islande , pays de 360.000 habitants où près de 40% de la population a installé une application similaire, son bilan est jugé extrêmement décevant par rapport aux enquêtes de terrain utilisées par les épidémiologistes. A Singapour, l'application "facultative" qui a servi de modèle à l'Europe aurait été abandonnée au profit d'une application fondée sur des QRcodes dont l'usage est devenu… obligatoire.

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Le "oui mais" des Français à StopCovid 

Selon un sondage Harris commandé par l’Observatoire Data Publica, les Français sont très ambivalents par rapport à StopCovid. Selon l’enquête, 59 % d’entre eux seraient favorables à la mise en place de l’application, mais seulement 49% des français ont l’intention d’installer l’application effectivement sur leur smartphone. Sans surprise, la principale réserve porte sur les données personnelles, 54% des français n’ayant pas confiance dans l’utilisation qui pourrait être faite des données par le gouvernement. La crainte ne serait cependant pas spécifique à StopCovid : seulement 33% des sondés s’estiment bien informés de l’utilisation de leurs données par les acteurs publics.

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