Strasbourg va attaquer l'Etat pour sa "défaillance" à héberger les personnes à la rue

Strasbourg, où un campement de migrants est sur le point d'être évacué, va attaquer l'Etat en justice pour sa "défaillance" à mettre à l'abri les personnes à la rue, a annoncé ce lundi 5 décembre la maire écologiste Jeanne Barseghian, lançant un appel national aux "élus" et "associations" qui le souhaitent à rallier son action.

"Malgré une action volontariste de la Ville de Strasbourg, la création de 500 places d'hébergement, l'ouverture d'un gymnase, nos moyens [municipaux] ne suffisent pas à répondre à cette grande détresse et à cette crise humanitaire. La mise à l'abri relève de l'État, il y a carence, donc j'ai décidé que la ville de Strasbourg intenterait une action en responsabilité contre l'État, du fait de cette défaillance", a déclaré la maire EELV lors d'une conférence de presse. Jeanne Barseghian n'a pas donné de date quant à la saisine de la juridiction, manifestement le tribunal administratif (TA), expliquant qu'elle aurait lieu "le plus vite possible".

 "On est à côté des élus, on a maintenu le niveau de l'hébergement d'urgence à un niveau extrêmement haut", avec "198.000 places en France", a rétorqué Olivier Klein, ministre délégué à la Ville et au logement. Concédant une "situation difficile", il a assuré auprès de l'AFP que l'Etat jouait "son rôle". "On attend des maires" qu'ils jouent aussi le leur, a-t-il ajouté.

"La France connaît une crise humanitaire sans précédent avec, dans toutes les grandes villes françaises, des centaines de personnes (...), des enfants, qui sont à la rue dans le froid, sans droits, sans accès aux soins, dans la misère", a repris la maire écologiste, déplorant que l'Etat n'agisse pas "dans les responsabilités" et "les compétences qui sont les siennes". "Strasbourg n'échappe pas à la règle", a-t-elle ajouté, en invitant "tous les élus" et "toutes les associations" de France qui le désirent à "rejoindre cette action en responsabilité contre l'État".

Fin octobre, avec une dizaine de maires de grandes villes de France, Jeanne Barseghian avait dénoncé dans une lettre à Élisabeth Borne une baisse prévue des places d'hébergement d'urgence en hôtels en France, sur laquelle le gouvernement était finalement revenue.

La maire de la capitale alsacienne s'exprimait lundi matin alors qu'un campement de migrants était sur le point d'être évacué par la police, après la décision vendredi du TA de Strasbourg : saisi par la préfecture du Bas-Rhin, ce dernier avait ordonné à la ville de le démanteler d'ici trois jours. Jeanne Barseghian a relevé que ce jugement ne statuait pas sur la mise à l'abri des personnes qui y vivent.

"On peut se réfugier dans une plainte" mais "mon sentiment, c'est que la carence ne vient pas de l'Etat mais (...) de la mairie qui n'a pas voulu, alors que la situation dans ce campement se dégradait, jouer sa responsabilité", a pour sa part estimé Olivier Klein.

Situé depuis fin mai Place de l'Etoile, près de l'hyper-centre et à un jet de pierre de la mairie, il a compté jusqu'à 200 personnes, pour beaucoup venues de Géorgie, d'Albanie et de Macédoine, dont des enfants. Selon Floriane Varieras, adjointe chargée de la ville inclusive, il restait lundi matin environ une cinquantaine de personnes sur le campement. La mairie, qui dit être au bout de ce qu'elle peut faire en matière d'hébergement, avait ouvert mi-septembre un gymnase pour mettre à l'abri certains migrants.

 Ce campement a été au centre de plusieurs passes d'armes entre Jeanne Barseghian et la préfète, Josiane Chevalier. Cette dernière faisait valoir que c'était à la mairie, propriétaire du terrain, de demander l'évacuation du camp irrégulier à la justice. Ce que l'élue s'était toujours refusé à faire, reprochant déjà à l'État de ne pas assumer ses responsabilités en matière d'accueil.

 

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