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Transport ferroviaire : quel petit train pour les petites lignes ?

Au cours d'une audition au Sénat le 25 février, le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a apporté quelques précisions sur le "train léger" qui pourrait à l'avenir équiper certaines petites lignes ferroviaires pour réduire les coûts d'exploitation. Du côté des experts ferroviaires, on s'interroge sur une offre qui n'existe pas encore.

Va-t-on réinventer la Micheline, ce petit autorail des années 1930 qui parcourait les campagnes ? Comme annoncé lors du dernier "comité interministériel aux ruralités", le gouvernement veut réinventer un "train léger", moins cher et plus adapté aux plus petites des petites lignes, et si possible français.
Le secrétaire d'État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, a précisé le cahier des charges, lors d'une audition devant la commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat le 25 février : un train offrant de 80 à 100 places, et pesant moins de 10 tonnes à l'essieu. La charge à l'essieu correspond à la répartition du poids du train sur les roues. Plus elle est élevée, plus le train abîme la voie. Mais plus les trains sont lourds, plus ils sont stables.

Factures allégées de 30% environ

L'adoption de trains plus légers permet "une économie à l'acquisition, et surtout une économie à la fois en exploitation et régénération des voies", selon Jean-Baptiste Djebbari, qui a évoqué des factures 30% moins chères environ. Le secrétaire d'État estime en effet qu'on a trop "massifié" les trains ces dernières années, d'autant que les voies ferrées concernées ont été conçues pour des convois de fret disparus depuis longtemps. "Sincèrement, si on réinvente un peu le petit train dans les territoires, ça me va", a-t-il résumé à l'AFP. Ce train léger pourrait rouler sur des lignes plus rustiques, comme une partie des 1.000 kilomètres dont l'État entend céder la gestion aux régions (voir notre article).
Les experts ferroviaires interrogés par l'AFP ont tous la même réponse : avant de se poser la question de la taille du matériel, il faut savoir ce qu'on veut faire de la ligne et comment on va l'exploiter, définir la capacité nécessaire, la fréquence, le confort, la vitesse, le budget... Jean-Baptiste Djebbari entend réunir toutes les parties prenantes pour lancer la filière du train léger en France. A priori le 9 ou le 10 mars, selon ses services.

En quête de la perle rare

"Aujourd'hui, il n'y a pas vraiment d'offre de la part des constructeurs pour répondre aux besoins des petites lignes", constate Farès Goucha, directeur des opérations ferroviaires chez l'opérateur Transdev. Pour trouver en France un autorail aussi léger que le voudrait Jean-Baptiste Djebbari, il faut remonter au mythique "Picasso" des années 1950. Même les trams-trains contemporains, des gros tramways capables de rouler sur les voies ferrées, sont plus lourds.
La perle rare pourrait exister avec le Regio-Shuttle RS1, un petit train du groupe suisse Stadler... qui a toutefois arrêté d'en produire. Transdev, qui exploite ce train sur des petites lignes près de Stuttgart - et lorgne sur le marché français -, attend maintenant la livraison d'un nouveau modèle léger construit par l'espagnol Caf. Ailleurs dans le monde, on peut aussi regarder les trams-trains allemands, les petits trains suisses qui ressemblent souvent à de gros tramways, voire ceux du Japon...
Le canadien Bombardier et Caf ont des usines en France, mais pas Stadler. Ce dernier intéresse pourtant la profession avec son "Tango", un gros tram qui circule entre Lyon et son aéroport et se promène dans les Alpes suisses.
"On a suffisamment de technologies disponibles dans notre portefeuille pour pouvoir répondre aux besoins", note de son côté Yannick Legay, directeur technico-commercial chez le constructeur national Alstom. "En plus des petites lignes, il y aura de toute façon des besoins en matière de renouvellement", notamment pour remplacer les premiers autorails modernes des années 1990, pointe Farès Goucha. Il faudra dans tous les cas commander assez de rames pour amortir les frais d'études. D'autant que le petit train du futur ne saurait être diesel.

L'exemple allemand

Pour Marc Perez, directeur des études au cabinet allemand de planification des transports TTK, il convient de "s'inspirer vraiment de l'Allemagne" en s'affranchissant des normes du réseau national. Pour "avoir des solutions d'exploitation, d'entretien et de maintenance beaucoup plus ouvertes, innovantes, pragmatiques que sur le ferroviaire lourd".
Jean-Baptiste Djebbari a d'ailleurs évoqué "un gros travail" pour l'Etablissement public de sécurité ferroviaire (EPSF). "Il est hors de question évidemment de déroger aux règles de sécurité, mais nous devons adapter tout le référentiel qui a été construit depuis très longtemps pour accueillir des trains massifiés", a-t-il dit aux sénateurs.
La SNCF, toute puissante sur le choix du matériel roulant en France ces dernières années, n'a pas souhaité s'exprimer.

 

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