Caroline Megglé

Economie sociale et solidaire - Un oeil sur la "planète coopérative"

Développement économique

Citoyenneté et services au public

La loi sur le statut général des coopératives a 70 ans. L'occasion pour Coop FR, qui représente le mouvement, de mettre à l'honneur l'étendue et la diversité de la "planète coopérative". Avec, quel que soit le secteur, un même enjeu pour ces entreprises : celui d'impliquer ses membres pour faire vivre les principes coopératifs.  

Quel est le point commun entre le leader français de logiciels CFAO tôlerie, l'épicerie du petit village de Pied-de-Borne en Lozère et l'Orchestre de Chambre de Toulouse ? Aucun apparemment : les secteurs d'activité, les tailles et les enjeux, les statuts sont différents. Ces trois entités se retrouvent pourtant dans la grande famille des coopératives.
"La force du mouvement coopératif, c'est sa diversité", pour Jean-Louis Bancel, président du Crédit coopératif et de Coop FR. L'association représentative du mouvement fêtait les 13 et 14 septembre les 70 ans de la loi du 10 septembre 1947 sur le statut général de la coopération – modifiée plus récemment par la loi de 2014 sur l'économie sociale et solidaire.

Un partenariat renouvelé entre la CG Scop et la FNCuma pour soutenir le développement des Scic

Intitulée "Les coopératives pour un monde meilleur", la rencontre a mis à l'honneur des entreprises présentées comme innovantes et porteuses d'un impact positif pour ses membres, pour leur territoire et pour la société (voir encadré ci-dessous).
L'"innovation coopérative" a d'ailleurs fait l'objet d'une convention entre la Confédération générale des sociétés coopératives et participatives (CG Scop) et la Fédération nationale des coopératives d'utilisation de matériel agricole (FNCuma). Dans la continuité d'une collaboration plus ancienne, les réseaux des Scop et des Cuma unissent en particulier leurs forces autour du développement des sociétés coopératives d'intérêt collectif (Scic).

Cent coopératives concentrent 75% des salariés et 80% du chiffre d'affaires des 22.500 entreprises du mouvement

Les coopératives associent des entrepreneurs (agriculteurs, commerçants…), des salariés, des clients (de banques par exemple) ou des usagers (résidents de logements sociaux, élèves…), parfois plusieurs types de sociétaires comme dans le cadre des Scic.
Selon Coop FR, 1,2 million de salariés, soit 5% des salariés français, travaillaient en 2014 dans quelque 22.500 entreprises coopératives, détenues par 26 millions de sociétaires. Les cent plus grandes coopératives en 2016 - représentant 25 millions de sociétaires et embauchant plus de 900.000 salariés - étaient présentes dans 26 secteurs d'activité, dont l'agro-alimentaire, la distribution, les banques et le commerce. Près de 80% du chiffre d'affaires cumulé de la totalité des coopératives serait réalisé dans les 100 premières ; d'où des réalités très contrastées au sein du mouvement.

Faire vivre dans le temps le projet coopératif : un défi

"Périodiquement, nous allons expliquer à nos sociétaires comment nous appliquons nos principes coopératifs", a expliqué Jean-Louis Bancel, pour qui cette "révision coopérative" serait l'un des ferments de l'"unité" du mouvement.
A en croire Gérard Coassin, président du conseil de surveillance de Coop Atlantique - une coopérative de consommateurs composée de 220 magasins autour de Limoges, le Poitou et la Charente -, le développement est un défi pour ce type d'entreprises qui doivent alors demeurer compétitives tout en continuant à animer le projet coopératif. "On a lancé un plan de recrutement de 50.000 coopérateurs pour renouer avec l'esprit des coopératives locales historiques", a-t-il précisé.
La question de l'implication des sociétaires se poserait pourtant dans d'autres types de structures, même plus petites. Au sein de la Scic Solidarité Etudiante, avec la contrainte d'une durée moyenne d'engagement de trois ans, il importe par exemple de former rapidement les membres et de les sensibiliser pour encourager une participation active. Chez Coopimmo, qui favorise l'accession sociale à la propriété, les coopérateurs "viennent à l'assemblée générale la première année, un peu moins la deuxième et plus du tout la troisième", a déploré Christian Chevé, le président.
Le projet coopératif semble donc difficilement pouvoir se passer d'une fonction d'animation, même du côté des coopératives d'habitants qui cherchent actuellement à mettre en place, dans le cadre de leur fédération Habicoop, un fonds destiné à l'accompagnement. 

 

Circuits courts, consolidation de l'emploi et des commerces locaux... des coopératives en prise avec les enjeux de leur territoire 

Les coopératives ont-elles vocation à changer le monde ou seulement la vie de leurs membres ? La question a fait débat le 13 septembre. Faute de pouvoir mettre tous ses membres d'accord, Coop FR a fait le choix de valoriser des démarches, parfois encore très modestes, cherchant à concilier soutenabilité économique et impact social et environnemental.

La fabrique de la Goutte d'Or est une coopérative d'artisans qui a pour but d'aider des couturiers du quartier du 18e arrondissement de Paris à régulariser leur situation et à monter en compétence. Fortement subventionnée, la démarche s'inscrivant dans un pôle territorial de coopération économique (PTCE) ne concerne encore que neuf artisans, mais aurait un "rôle d'exemplarité" pour une activité et un quartier vivant d'un travail informel et précaire, a précisé Christian Pechereau, le coordinateur de La fabrique.

Bénéficier à ses membres et au territoire, c'est également le moteur de la coopérative de consommateurs Ma coop la vie au vert à Pied-de-Borne en Lozère. Si les supermarchés coopératifs commencent à fleurir dans de grandes villes (La Louve à Paris, Supercoop dans la banlieue de Bordeaux…), personne ne croyait, au départ, aux chances de l'initiative d'un collectif de "néo-ruraux" visant à maintenir une épicerie dans un village de 200 habitants. Six ans après, l'activité fonctionne à l'équilibre, les producteurs locaux fixent leurs prix moyennant une petite commission permettant à l'épicerie de couvrir ses frais. "Pour l'instant, l'initiative est très isolée", reconnait pourtant Cyrille Souche, le président de la coopérative, qui évoque un autre village à 8 km dont les commerces sont "en sérieuse difficulté".

D'autres initiatives coopératives visant à favoriser l'agriculture biologique, l'alimentation saine et durable et les circuits courts ont été présentées le 13 septembre : Les Fermes de Figeac (voir notre article du 2 décembre 2016) ou encore Grap. A la fois scic et coopérative d'activité et d'emploi, l'entreprise lyonnaise Grap mutualise des services pour permettre aux acteurs de l'alimentation "bio-locale" (épiceries bio, paniers, boulangers, restaurateurs…) de se consacrer à leur cœur de métier.

Circuits courts, toujours, mais de l'énergie avec Enercoop, qui fournit de l'électricité renouvelable en cherchant à rapprocher producteurs et consommateurs. Malgré un manque de visibilité – une personne sur deux ignorerait qu'il est possible de choisir son fournisseur d'électricité – et des prix plus élevés – avec l'idée que les prix du marché doivent se rapprocher des coûts de revient -, les 10 coopératives régionales compteraient aujourd'hui quelque 42.000 clients, dont une centaine de collectivités.
 

 

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