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Développement local - Les Scop, ces petites boîtes qui montent, qui montent...

Le nouveau président de la confédération générale des Scop, Jacques Landriot, envisage de faire passer de 51.000 à 70.000 d'ici à 2020 le nombre de salariés dans les sociétés coopératives.

A la faveur de quelques reprises très médiatisées, comme celle des anciens de Fralib (devenue Scop-TI), et de la loi ESS de 2014, le modèle coopératif suscite un intérêt croissant. Ainsi, 67% des Français disent connaître le fonctionnement d'une Scop (société coopérative et participative), selon un sondage Ifop présenté lors du 36e congrès national des Scop les 20 et 21 octobre à Strasbourg. Les campagnes de communication du mouvement ont aussi porté leurs fruits. Désormais, 82% des chefs d'entreprises savent ce qu'est une Scop, contre 58% en 2010, et les deux tiers d'entre eux conseilleraient ce statut pour la création ou la transmission-reprise d'entreprise. 
Le pays compte 2.855 sociétés coopératives et participatives qui emploient 51.500 salariés. La particularité ? Ces sociétés appartiennent directement aux salariés qui doivent détenir au moins 51% du capital et 65% des droits de vote. "En quatre ans, le mouvement a enregistré une progression de 25% en nombre de sociétés et de 14% en nombre d'effectifs. Mais il faut compter désormais en emplois coopératifs et pas seulement en nombre de Scop", explique à Localtis Jacques Landriot, élu vendredi à la tête de la confédération générale des Scop, succédant à Patrick Lenancker. Selon lui, un objectif de 70.000 emplois à horizon 2020 "n'est pas absurde".

"On a mieux traversé la crise que les autres"

Jacques Landriot a associé son nom à l'un des plus grands succès coopératifs : le groupe Chèque Déjeuner qui, pour ses cinquante ans, a décidé de changer de nom et s'appelle désormais Up. Il en a été le PDG de 1991 à 2014, date à laquelle il a cédé sa place à une femme, Catherine Coupet. Dans l'univers des services aux entreprises, le groupe dont la maison-mère est une Scop joue les trublions et se hisse dans le trio de tête des leaders mondiaux, derrière Sodexo et Edenred. Présent dans 17 pays, Up emploie quelque 2.685 collaborateurs. "Lorsque nous sommes partis à l'international en 94, ça a été un peu difficile, il a fallu convaincre, faire du volume, de la trésorerie (…) Par rapport aux deux leaders, on a gardé un peu de retard", explique Jacques Landriot.
Malgré de tels succès, les Scop sont trop souvent associées aux entreprises défaillantes que les salariés tentent de sauver par ce moyen, avec des résultats souvent mitigés. La reprise en 2012 de la compagnie SeaFrance par ses salariés sous la marque My Ferry Link s'est  ainsi soldée par un échec. Jacques Landriot veut sortir de cette image. "Le mouvement se porte bien : on a mieux traversé la crise que les autres. Le taux de pérennité à cinq ans est de 65% contre 50 pour les entreprises traditionnelles", insiste Jacques Landriot qui vante un modèle "ancré dans les territoires, non délocalisable". "Car on ne va pas délocaliser sa propre entreprise !" Mais, tempère-t-il, "ce n'est pas la solution à tous les problèmes : il ne faut pas pousser vers ce modèle s'il n'y a pas de marché".

Un nouvel instrument financier dans la loi Sapin II

Au congrès de Strasbourg, le ministre de l'Economie, Michel Sapin, a dit vouloir "poursuivre les efforts en faveur des Scop" deux ans après la loi ESS qui a notamment créé les Scop d'amorçage et les groupements de Scop et facilité l'accès aux financements de Bpifrance. De nouveaux modes de financement devraient figurer dans la loi Sapin II. Le ministre a évoqué un "financement citoyen au titre participatif des coopératives". "Il faut absolument développer les coopératives existantes, insiste Jacques Landriot. Elles n'osent pas toujours faire de la croissance alors que c'est un vivier incroyable : une boîte de 20 personnes qui double ses effectifs, si on multiplie les exemples cela peut être colossal pour mouvement." Le nouveau Fonds Impact coopératif de 80 millions d'euros et les outils propres au mouvement permettent de "prendre des décisions rapides", se félicite-t-il. Parmi ses piorités, le nouveau président des Scop souhaite structurer une filière industrielle. Même si la première Scop de France avec 1.500 salariés est Acome, fabricant de câbles télécoms et automobiles installé en Normandie, l'industrie est encore très peu investie par les coopératives. "La part de l'industrie est tombée à 12% du PIB, ça vaut vraiment le coup de partir là-dessus", considère Jacques Landriot. Autre sujet : comprendre le retard au démarrage des Scop d'amorçage. Car, à ce jour, Delta Meca (Loire-Atlantique), spécialiste de l'usinage de pièces mécaniques, est la seule à avoir opté pour ce dispotif qui donne aux salariés sept ans pour devenir majoritaires dans le capital. Le temps d'avoir les reins assez solides.

Les collectivités dans une Scic sur deux

Jacques Landriot appelle aussi les collectivités à ne pas baisser la garde. Celles-ci sont très présentes dans les Scic (sociétés coopératives d'intérêt collectif), ces coopératives un peu particulières qui doivent associer des salariés, des clients et des partenaires telles que les collectivités, ces dernières pouvant monter jusqu'à 50% dans le capital. Les collectivités possèdent ainsi des parts dans la moitié des 525 Scic que compte le pays. "Il y a beaucoup de Scic dans le secteur de l'environnement, il est très intéressant de travailler avec les collectivités", estime Jacques Landriot. Les collectivités soutiennent aussi les unions régionales des Scop et apportent des aides à la création. Seulement la loi Notr du 7 août 2015 ayant remis en cause la clause générale de compétence, les départements vont devoir se retirer des domaines qui ne sont plus les leurs. Les agglomérations et les régions pourraient monter en charge. Cependant l'arrivée des nouveaux exécutifs régionaux s'est plutôt traduite par une réduction des crédits. Et la baisse des dotations n'est pas pour favoriser la prise de risque.