Jean-Noël Escudié / P2C

Santé - Un plan de prévention santé tous azimuts pour "préserver près de 100.000 vies par an"

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Le plan "Priorité prévention" présenté ce lundi par Edouard Philippe et Agnès Buzyn, premier axe de la Stratégie nationale de santé, compte 25 "mesures phares", dont une partie intéressera les collectivités. Notamment sur le volet petite enfance ou enfance (instauration d'un "parcours de santé" entre autres) et personnes âgées. Les collectivités retiendront aussi l'extension du Nutri-Score à la restauration collective.

Edouard Philippe et Agnès Buzyn ont présenté, ce 26 mars, le plan "Priorité prévention". De façon symbolique, la réunion du comité interministériel pour la santé, à l'issue de laquelle les mesures ont été annoncées, s'est tenue dans les locaux de Santé publique France à Saint-Maurice (Val-de-Marne), agence sanitaire créée en mai 2016 par la fusion de l'Institut de veille sanitaire (InVS), de l'Institut national de prévention et d'éducation pour la Santé (Inpes) et de l'Etablissement de préparation et de réponse aux urgences sanitaires (Eprus). L'enjeu est de taille puisque, après avoir pointé le retard de la France en matière de mortalité évitable, le Premier ministre a affirmé qu'"une vraie politique de prévention permettrait de préserver près de 100.000 vies par an".

Des mesures déclinées dans les plans régionaux de santé

Le plan "Priorité prévention" est le premier des cinq axes de la Stratégie nationale de santé 2018-2022, récemment formalisée (voir nos articles ci-dessous du 4 janvier et du 12 février 2018). Il entend illustrer la priorité donnée par le gouvernement à cet aspect de la politique sanitaire, y compris dans une optique à terme de maîtrise des dépenses.
Pour sa part, la ministre des Solidarités et de la Santé précise que cette ambition "trouvera sa traduction, non seulement dans les priorités de la politique de prévention, mais aussi grâce aux différents plans nationaux et régionaux de santé, ainsi qu'aux plans pilotés par les autres ministères".
Doté d'une enveloppe de 400 millions d'euros sur cinq ans, le plan "Priorité prévention" couvre tous les âges de la vie, de la grossesse au bien-vieillir, en passant par la petite enfance, l'enfance, les jeunes et les 25-65 ans. Malgré cette volonté de structuration, le plan s'apparente inévitablement - comme le veut le sujet - à un catalogue de 25 "mesures phares", dont un certain nombre intéressent directement ou indirectement les collectivités territoriales.
A noter : certaines mesures de prévention, comme l'instauration de onze vaccins obligatoires conditionnant l'entrée des jeunes enfants en collectivité (voir notre article ci-dessous du 26 janvier 2018) ou les nouvelles hausses des prix du tabac ont déjà été prises avant même l'annonce du plan, mais participent du même esprit.

Prudence sur l'alcool

Sur le volet périnatal et de la petite enfance, le plan prévoit notamment de supplémenter systématiquement en vitamine B9 (essentielle au bon développement de la moelle épinière du foetus) les femmes enceintes ou en désir de maternité et de lancer un site internet et des actions de communication sur les risques des produits chimiques de consommation courante.
Il prévoit aussi de mieux prévenir les consommations à risque et de mieux repérer les addictions pendant la grossesse, notamment grâce à la mise à disposition d'auto-questionnaires et à une augmentation "significative" de la taille du pictogramme "Interdit aux femmes enceintes" apposé sur les bouteilles contenant de l'alcool. On notera au passage qu'il s'agit là de la seule mesure visant directement la consommation d'alcool. Un sujet sensible depuis que le président de la République, contredisant sa ministre de la Santé, a opéré une distinction - contestée par les acteurs de la prévention - entre le vin et les autres alcools.

Vers un "parcours santé" des enfants de 0 à 6 ans

Sur la santé des enfants et des jeunes, le principales mesures annoncées concernent l'instauration d'un "parcours de santé" des 0-6 ans - en modernisant les outils de suivi et en expérimentant sur trois territoires un parcours de coordination renforcée "santé-accueil-éducation" -, le renforcement de la prévention de l'obésité chez les enfants (dans le prolongement de l'expérimentation récemment lancée dans le Nord, le Pas-de-Calais, la Seine-Saint-Denis et à La Réunion), ou encore l'amélioration de l'offre médicale dans les territoires ultramarins grâce à la création d'une centaine de postes d'assistants spécialistes "Outre-mer" (jeunes médecins avec des contrats de six mois à deux ans, un accompagnement et une aide au retour en métropole).
Autre mesures prévues en ce domaine : le renforcement du rôle de l'école dans le suivi et la promotion de la santé des élèves (avec en particulier la généralisation des "ambassadeurs élèves" de prévention), la prévention du risque auditif chez les jeunes, l'expérimentation d'un "Pass préservatif" pour les moins de 25 ans (carte donnant un accès gratuit à des préservatifs) ou encore un développement des interventions des consultations jeunes consommateurs (prévention des addictions).
Enfin, deux mesures prévoient de former 80% de la population aux gestes de premiers secours (avec un objectif, fixé par Gérard Collomb, d'atteindre ce résultat à la fin du quinquennat, ce qui semble ambitieux) et de former les étudiants aux premiers secours en santé mentale (comme cela se fait déjà dans une vingtaine de pays avec le programme "Mental Health First Aid").

Le Nutri-Score bientôt dans les cantines

Pour les adultes de 25 à 65 ans, la principale mesure concerne un changement d'approche dans l'aide au sevrage tabagique, en passant de la logique actuelle du forfait (150 euros par an et par assuré) à une prise en charge directe par l'assurance maladie, au même titre que les traitements.
Il est aussi prévu d'intensifier la prévention et le dépistage de l'hépatite C (avec pour objectif une éradication en 2025), d'introduire un troisième dépistage organisé avec celui du col de l'utérus (après le cancer du sein et le cancer colorectal) et de s'orienter vers une généralisation de la vaccination antigrippale par les pharmaciens à l'horizon 2019.
En matière de santé nutritionnelle et environnementale, le plan prévoit d'étendre le Nutri-Score à la restauration collective et commerciale (y compris les cantines scolaires) et aux produits alimentaires manufacturés non préemballés, de réduire la consommation de sel de 20% d'ici cinq ans et de "mobiliser les industriels pour réduire l'exposition des consommateurs aux perturbateurs endocriniens". Dans le même esprit, les fédérations sportives seront mobilisées pour promouvoir l'activité physique lors de grands événements.
Enfin, une mesure spécifique doit permettre une meilleur prise en compte des besoins de santé des personnes handicapées, avec notamment au moins un bilan de santé annuel (en particulier en matière bucco-dentaire) et le développement d'une téléconsultation de repérage et de dépistage (pré-diagnostic) pour les personnes en établissement.

Renforcer la prévention de la perte d'autonomie

Trois mesures de prévention spécifiques sont prévues pour les personnes âgées. Il s'agit en l'occurrence de mettre en place, dans chaque département, au moins une action de médiation auprès des personnes âgées isolées ou précaires (afin de mieux repérer les personnes fragiles et de lutter contre l'isolement), de renforcer la prévention de la perte d'autonomie (avec la systématisation des consultations et bilans de santé proposés par l'assurance maladie lors du départ en retraite et le développement de programmes de prévention en Ehpad) et, enfin, d'organiser les soins bucco-dentaires en Ehpad.
Par ailleurs, deux mesures ont une vocation plus transversale et doivent faciliter la mise en œuvre des actions de promotion de la santé dans tous les milieux de vie : la mise en place du service sanitaire, qui permettra de mobiliser tous les étudiants dans les filières de santé (voir notre article ci-dessous du 27 février 2018), et la création d'une application santé "personnalisée" sur smartphone, annoncée pour la fin 2018.

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