Une étude analyse les retombées du sport de haut niveau à Toulouse

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Tourisme, culture, loisirs

Développement économique

Haute-Garonne

Des étudiants de l'université Paul-Sabatier de Toulouse (UFR Staps) ont analysé les retombées économiques de sept clubs professionnels et de haut niveau sur le territoire du Grand Toulouse et du Sicoval, la communauté d'agglo du sud-est de la ville.

Avec Montpellier et Paris, Toulouse est l'une des villes ayant accueilli, au cours de la saison 2003-2004, le plus de clubs sportifs au plus haut niveau, dans des disciplines majeures de sport collectif. En effet, ces trois métropoles comptaient la saison dernière cinq clubs dans l'élite du sport français. L'étude réalisée au cours de cette même saison par l'UFR Staps de Toulouse a eu pour objectif de mesurer l'impact des clubs professionnels et des clubs de haut niveau sur le Grand Toulouse et le Sicoval (communauté d'agglomération de 36 communes au sud-est de Toulouse). Dans ce cadre, sept clubs recevant plus de 100.000 euros de subvention de la municipalité ont été étudiés.
Les travaux analysant les retombées économiques et médiatiques des événements sportifs sont courants à l'étranger, que ce soit aux Etats-Unis, au Canada, à l'échelle d'une ville, d'une région, pour un événement tel que les Jeux olympiques ou la Coupe du monde de football, ou encore pour mesurer l'impact économique d'un stade appartenant à un club. En France, le centre de droit et d'économie du sport de Limoges a été le premier à réaliser de telles études à l'échelle d'une agglomération (clubs de foot de Rennes, club de basket du CSP Limoges). Ici, l'étude est menée sur l'ensemble des clubs évoluant au plus haut niveau.

Le choix méthodologique

Toulouse soutient ses clubs par des subventions (environ 4 millions d'euros) et par la mise à disposition d'équipements sportifs (un million d'euros). Il s'agissait donc notamment, via l'étude, d'évaluer les "retours" procurés par cette intervention. Deux approches méthodologiques convergentes ont été retenues :
- l'analyse coûts-bénéfices ou coûts-avantages, avec un inventaire comparatif des coûts et des avantages résultant d'une activité particulière. Si les bénéfices excèdent les coûts, alors l'activité permet d'accroître le bien-être de la collectivité. L'analyse a permis à la ville d'identifier tous les coûts liés à son intervention pour favoriser le développement des clubs professionnels (mise à disposition des équipements, subventions, prestations de services) et de mesurer les avantages résultant de cette intervention (dépenses des spectateurs, image et notoriété, actions auprès des jeunes...) ;
- l'impact économique des clubs sur le territoire toulousain. Cette analyse passe au crible les flux financiers sur la zone observée. Les flux correspondent soit à des injections liées à l'existence des clubs sportifs (dépenses de spectateurs n'habitant pas sur le territoire d'étude, droits télévisuels), soit à des fuites (épargne, impôts, cotisations sociales).

Des effets quantifiables

Sur l'ensemble de la saison 2003-2004, 600.000 spectateurs - provenant à 56% de Toulouse ou de son agglomération - ont assisté à un match. 90% d'entre eux sont venus soutenir le Toulouse football club (TFC) ou le Stade toulousain rugby. Les injections financières des spectateurs qui viennent aux matches mais vivent hors du territoire d'étude sont estimées à 8 millions d'euros. Les autres recettes sont celles des clubs : publicité, sponsoring, droits télévisuels, et s'élèvent à 18,5 millions d'euros. Les fuites sont pour leur part estimées à 8,5 millions. Au total, l'injection initiale est de 18 millions. Pour mesurer les retombées économiques, ce montant a été pondéré par un coefficient de valeur ajoutée et par un coefficient multiplicateur. Ainsi, les retombées économiques sont au final évaluées à 15 millions d'euros, soit un rapport de 1 à 3 en faveur de la grande agglomération de Toulouse.

Patrick Bayeux pour Localtis

"Il n'y a que le sport pour rassembler 25.000 personnes chaque semaine"

Jean-Claude Paix, adjoint au maire chargé des sports à la ville de Toulouse depuis trois mandats, a construit de toutes pièces cette politique sportive. Il est par ailleurs conseiller communautaire.

Existe-t-il à Toulouse une volonté politique d'avoir autant de clubs au plus haut niveau ?

Il faut distinguer le passé du présent et de l'avenir. Dans le passé, que je situe dans les années 90, la ville de Toulouse comptait un grand nombre de clubs, au plus haut niveau, avec une forte implication des collectivités, ce que la loi autorisait alors. J'étais, à cette époque, partisan de la loi Pasqua qui voulait supprimer l'intervention publique en faveur des clubs professionnels. Encore aurait-il fallu mettre en place un système de substitution. Le rétablissement de la possibilité de financer les clubs professionnels a été à mes yeux une grossière erreur.

Le présent ?

Le présent, c'est une période de stagnation particulière pour Toulouse, conséquence du drame d'AZF. Nous avons perdu nombre d'équipements, dont le palais des sports. L'effort de réhabilitation a été très important et a mobilisé toute notre énergie. Concernant les clubs phares, le TFC est en plein redressement depuis quatre ans grâce à un président et une équipe exceptionnels. Le Stade toulousain, quant à lui imperturbable, là aussi grâce à des dirigeants hors du commun, poursuit sur sa lancée de vingt ans, ce qui ne s'est jamais produit en France. Les clubs de salle, privés d'un lieu d'accueil adapté, ont souffert et devront retrouver un rang honorable. Le Toulouse XIII a quant à lui poursuivi une progression intéressante.

Et l'avenir ?

Je pense que la professionnalisation de sports fortement médiatisés et bénéficiant de rentrées financières importantes fait que les collectivités devront très vite ne plus intervenir sous forme de subventions pour se diriger vers un réel partenariat, d'image en particulier. Je pense notamment au foot et au rugby. En revanche, les clubs moins exposés doivent en contrepartie être mieux soutenus. Ainsi, par exemple, les sports de salle (handball, volley, basket...) ont un besoin vital de la manne publique. Sur Toulouse, à terme, j'imagine possible sinon nécessaire un transfert progressif des financements actuellement versés aux clubs de foot et de rugby vers les clubs de salle et ceux de quartier, parents pauvres du système. Il est entendu que je parle de la SASP, société anonyme sportive professionnelle, et que l'effort en faveur de l'association support devra être intégralement maintenu. Reste qu'il faudra bousculer des habitudes et, comme toujours, cela ne sera pas facile.

A ce sujet, pensez-vous que l'agglomération devrait intervenir sur le financement des clubs ?

Dans l'absolu, je le crois. Tout démontre que le spectacle offert par les clubs sportifs, et en particulier le TFC et le Stade toulousain, draine un public qui dépasse largement les frontières de notre ville. Mais comme vous le savez, l'intercommunalité doit se construire progressivement dans le consensus. Aujourd'hui, soyons clairs, il n'est pas dans les compétences ni dans les intentions du Grand Toulouse de soutenir le sport professionnel de haut niveau, et si cela devait se faire, la notion de partenariat actif devrait être, à mes yeux, la règle.

Avez-vous été surpris des résultats de l'étude ?

Non, cette étude a l'avantage de démontrer et d'expliquer la réalité de retombées évidentes. Chacun peut l'admettre avec un minimum d'honnêteté intellectuelle. En effet, il n'y a que le sport pour rassembler 15.000 ou 25.000 personnes, quasiment chaque semaine, sur une métropole comme Toulouse. L'intérêt de l'étude est d'avoir chiffré de façon précise ces retombées. Par ailleurs, l'étude démontre, si nécessaire, la complémentarité étroite entre le foot et le rugby sur notre territoire et leur rôle dominant.

Enfin, un souhait ?

Que les autres collectivités locales, le conseil régional mais surtout le conseil général, au-delà des clivages partisans, prennent conscience de l'intérêt de la prise en compte globale de la pratique sportive à Toulouse et apportent une aide équivalente à ce qui se fait dans les autres grandes agglomérations, ce ne serait que "sportivement juste".

Sept clubs sportifs pour une étude

Dans le cadre de l'étude menée par des étudiants de l'IUP (institut universitaire professionnalisé) métiers du sport, ont été analysés les clubs recevant plus de 100.000 euros de subvention de la municipalité :

- le Toulouse football club,
- le Stade toulousain rugby,
- le Toulouse Launaguet basket-ball,
- le Toulouse union handball,
- les Spacer's volley-ball,
- le Toulouse Fontaine club,
- le Toulouse XIII.

Notoriété : un impact médiatique positif

Il est extrêmement délicat de quantifier les retombées économiques des subventions aux clubs. Aussi l'étude s'est-elle attachée à mesurer l'impact du sport professionnel et du sport de haut niveau sur les Toulousains, grâce à un sondage réalisé dans la rue.

Pour les Toulousains interrogés par questionnaire, la Ville rose est la troisième ville la plus sportive de France, après Marseille et Paris, et devant Montpellier, Lyon, Bordeaux et Nice. Toujours selon les mêmes personnes interrogées, Toulouse est d'abord connue pour ses activités aéronautiques et spatiales (29,3%), ses universités (18,7%), sa gastronomie (17,6%), son patrimoine culturel (11%), ses clubs sportifs (10,2%), sa situation géographique (9,9%).
En termes de notoriété et au plan national, le Stade toulousain arrive en troisième position nationale (35%), derrière le PSG (80%) et l'OM (75%), et devant l'Olympique lyonnais, le RC Lens, l'AJ Auxerre, et le Stade français (25%).

L'impact sur le territoire : une différenciation selon les clubs

L'étude montre que deux clubs sportifs, le TFC (football) et le Stade toulousain (rugby), drainent la majorité des retombées économiques sur le territoire.

En termes de coûts-avantages, deux clubs, le TFC et le Stade toulousain, sont particulièrement intéressants pour le territoire d'étude. Ils "captent" 57% des subventions publiques mais génèrent 96% du chiffre d'affaires des clubs pros et des clubs de haut niveau sur le territoire. Ils accueillent 94% de l'ensemble des spectateurs sur la saison.
En termes de retombées économiques, le TFC devance le Stade toulousain en raison de son budget plus important, mais également du nombre de spectateurs accueillis : le taux de remplissage est supérieur et le nombre de matchs plus élevé. En revanche, côté médiatique, le Stade toulousain devance le TFC.
Concernant le poids des subventions municipales dans les budgets des clubs, elles représentent :
- 9% du budget pour le TFC et le Stade toulousain,
- 40% pour le Toulouse Launaguet basket,
- 46% pour le Toulouse XIII,
- 50% pour le Toulouse union handball,
- 54% pour les Spacer's volley-ball,
- 60% pour le Toulouse Fontaine.
 

Le public du Toulouse football club (TFC) : brève typologie

Les questionnaires réalisés auprès des spectateurs permettent de mieux les connaître et de savoir combien ils dépensent. Zoom sur les amateurs du Toulouse football club.

Les spectateurs du TFC proviennent à 31,8% de Toulouse, à 19,3% du Grand Toulouse, à 3,4% du territoire du Sicoval, à 25,2% d'un département de la région Midi-Pyrénées et à 15,4% d'une autre ville de la Haute-Garonne. Ils viennent pour 86,3% en voiture ou à moto. Seuls 6,2% utilisent les transports en commun. A 95%, leur séjour n'excède pas la journée.
Leurs dépenses de transport représentent pour 44,2% d'entre eux moins de 5 euros. 29,9% dépensent entre 5 et 15 euros, 7,5% entre 15 et 30 euros, 3,9% entre 30 et 60 euros, 0,6% dépassent les 60 euros et 13,9% n'ont aucune dépense. 92,1% des spectateurs ne sont pas hébergés.
56,4% indiquent des frais de restauration. La principale dépense est réalisée à la buvette ou à la sandwicherie du club, et dans une moindre mesure au fast-food et enfin au restaurant. Les dépenses de restauration s'élèvent à moins de 10 euros pour 46,4% des spectateurs, entre 10 et 20 pour 40,5% des spectateurs, entre 20 et 50 pour 11,7% des personnes interrogées. Les autres dépensent plus de 50 euros. Autres achats évoqués : les produits dérivés, des emplettes en ville, des sorties après le match (hors restauration).
Les spectateurs sont à 24,3% des élèves ou des étudiants, à 23,5% des employés, à 14,9% des cadres ou des professions supérieures, à 9,5% des retraités, à 8,1% des artisans, commerçants ou chefs d'entreprise, à 7,9% des professions intermédiaires, à 7,6% des ouvriers, à 2,7% sans activité professionnelle et à 1,5% agriculteurs ou exploitants

Le public du Stade toulousain rugby : brève typologie

Qui sont-ils, d'où viennent-ils, combien dépensent-ils pour venir supporter leur club ? Les questionnaires réalisés auprès des spectateurs permettent de mieux les connaître.

37,1% des spectateurs du Stade toulousain vivent à Toulouse, 21,6% sur l'aire du Grand Toulouse, 3,7% sur le territoire du Sicoval, soit 62,4% sur le territoire d'impact. A 12%, ils viennent d'une autre ville de la Haute-Garonne, à 15,3% d'un autre département de la région Midi-Pyrénées. Les autres habitent hors de la région.
Ils rejoignent le stade, pour 86,6% d'entre eux, en voiture ou à moto. 6,3% utilisent les transports en commun. Leurs frais de déplacement s'élèvent à moins de 5 euros pour 48,4% d'entre eux, entre 5 et 15 euros pour 23,9%, entre 15 et 30 euros pour 9,5%. 3,4% des personnes interrogées dépensent entre 30 et 60 euros, 2,5% plus de 60 euros et 12,3% n'ont pas de dépenses de transport. 86,5% des spectateurs ne sont pas hébergés.
58,2% des personnes questionnées annoncent des dépenses de restauration. Ces dépenses sont d'abord réalisées à la buvette et à la sandwicherie du club, puis au restaurant et enfin au fast-food. 35,5% dépensent moins de 10 euros, 39,6% entre 10 et 20 euros, 18,4% entre 20 et 50 euros. Le restant dépense plus de 50 euros. Les autres dépenses des visiteurs sont constituées par les produits dérivés, des achats en ville, des sorties après le match (hors restauration).
26,7% des spectateurs sont employés, 19,2% élèves ou étudiants, 15,9% cadres ou professions supérieures, 10,9% retraités, 8,4% ouvriers, 7,1% professions intermédiaires, 7% artisans, commerçants ou chefs d'entreprise, 1,6% sont agriculteurs ou exploitants, 2,9% sans activité professionnelle (taux de non réponse : 0,3%).

Ils ont réalisé l'étude

L'étude a été menée par des étudiants de l'IUP (institut universitaire professionnalisé) métiers du sport : Aurélie Borges, Line Malric, Céline Carrel, Amélie Prospert, Lucie Tounier, Gregory Benouahabsous, sous la direction de Patrick Bayeux, maître de conférences à l'UFR Staps de Toulouse.

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