Hérault

Une veille éducative rurale pour le mieux-être des enfants !

Santé, médico-social, vieillissement

Social

Tourisme, culture, loisirs

En mettant sur pied une veille éducative, la communauté de communes Canalirou, entre Lirou et Canal du midi (Hérault), dépasse les préjugés et frilosités du milieu rural en matière de prévention vis-à-vis des jeunes et de leurs familles en difficultés. Cette expérimentation intéresse tout autant le conseil général, partenaire clé, que le pays du Haut-Languedoc et Vignobles qui réfléchit aux bases d'une politique jeunesse déployée sur un territoire plus vaste.

On connaît la "veille éducative" mise en œuvre dans les années 2000 dans des sites de la politique de la ville. L'objectif est de repérer les jeunes en difficultés (absentéisme scolaire à répétition, problème de comportement...) puis de leur proposer un accompagnement personnalisé, en intégrant les difficultés de la famille. Cette idée a largement inspiré le projet de réussite éducative, généralisé récemment dans les sites de la politique de la ville. Si des communes rurales regrettaient que ce dispositif ne leur soit pas ouvert, l'expérience de la communauté de communes entre Lirou et Canal du midi (huit communes, 9.582 habitants) montre que sans coller à un dispositif encadré ni gros moyens, d'autres formes de veille éducative, plus souples et plus adaptées au monde rural, peuvent être imaginées.
Comme le souligne Jean-Noël Badenas, président de la communauté de communes, "le milieu rural n'est pas protégé des problèmes de mal-être des jeunes, qui peuvent, si l'on n'y prend pas garde, dériver notamment vers des problèmes de drogue ou d'addiction. La différence est que nous sommes dans un milieu plus fermé où les gens osent moins demander une aide".

Une volonté conjointe de l'Education nationale, du conseil général, du pays et de la communauté de communes

Par ailleurs, et cela n'est pas spécifique au monde rural, les professionnels concernés se sentent démunis ou impuissants face à certaines problématiques. Karine Terrasse, coordinatrice Service Enfance Jeunesse de l'EPCI, cite ainsi le cas de la principale du collège de Capestang (l'un des deux collèges du territoire) qui avait fait remonter aux élus les problèmes rencontrés par certains jeunes, et surtout la difficulté à y répondre. "Tout le sens de notre travail est de créer le lien permettant de décloisonner les différents acteurs de la jeunesse et du social, car chacun seul n'a pas forcément de solution", reprend Jean-Noel Badenas.
La communauté de communes entre Lirou et Canal du midi a bénéficié pour cela de la volonté commune de l'Éducation nationale et du conseil général à agir dans le même sens. Le conseil général, via l'agence départementale de solidarité, a été le moteur de cette action, qui avait été développée sur Toulouse et que le département souhaitait essaimer. La communauté, déjà dotée de la compétence enfance jeunesse et travaillant en relation étroite avec le conseil général dans le cadre du partenariat PLAJH (partenariat local action jeunesse de l'Hérault), était toute destinée à se porter volontaire. D'autant que ce projet doit nourrir celui d'une politique jeunesse développée au niveau du pays Haut-Languedoc et Vignobles, dont l'intercommunalité fait partie.

La situation des enfants ou adolescents est étudiée par une cellule éducative

Concrètement, la veille éducative est ici un service (gratuit et anonyme) rendu aux enfants (de 2 à 17 ans) et à leurs parents.  "Nous proposons d'intervenir lorsqu'il y a des difficultés scolaires, sociales ou autres (comportement asocial, changement d'attitude, repli etc.) qui entravent l'épanouissement de l'enfant", explique Karine Terrasse.
Chaque "cas" repéré par des enseignants, des animateurs, des conseillers principaux d'éducation, des centres de loisirs est étudié avec l'éducateur spécialisé (salarié du département). Suit une rencontre avec les parents pour recueillir leur accord et leurs souhaits. Le dossier est alors étudié par la cellule éducative. Il s'agit d'une cellule resserrée, composée uniquement de professionnels (travailleurs sociaux du pôle Solidarité, coordinateurs, conseiller principal d'éducation du collège, directeur de Clas 'contrat d'accompagnement à la scolarité', assistante sociale du collège). "Nous échangeons ainsi des informations sur la famille et l'enfant sous couvert de la confidentialité et du respect de la charte de déontologie. Ces informations sont triées par ceux qui les détiennent et ne sont citées que celles susceptibles de faire avancer le projet pour l'enfant. Cela permet de considérer l'enfant dans sa globalité et de construire une réponse qui cherche à le rendre plus heureux",  précise Karine Terrasse.
La cellule éducative s'appuie pour cela sur des actions qui existent déjà : elle peut ainsi suggérer une inscription au Clas (accompagnement à la scolarité via une approche collective et plus ludique autour d'ateliers culturels, sportifs etc.), orienter vers les services animation jeunesse de la communauté (centres de loisirs, espaces jeunes, séjours), le point accueil et d'écoute jeunes (permanence gratuite et anonyme tenue par un psychologue), ou encore le réseau associatif local. "L'objectif étant de chercher à aider un jeune à trouver une activité où il puisse s'épanouir", précise Karine Terrasse.
Ensuite, c'est à la famille d'agir. "Nous ne finançons rien mais nous épaulons et orientons. Notre intervention peut permettre à des parents de dépasser un blocage. Toute la difficulté est de ne pas aller trop loin dans la vie des familles. Nous nous engageons auprès d'elles pour qu'elles aient confiance. Nous sommes sur le terrain de la prévention. Si les cas sont trop lourds, nous ne les traitons pas. Nous sommes complémentaires mais certainement pas un service social  "bis", précise Karine Terrasse. Une charte déontologique définit clairement les limites et règles à respecter, notamment  en matière de confidentialité."

Le volontariat est à la base de la veille éducative

Cette initiative repose sur un partenariat serré avec l'agence départementale de solidarité du conseil général, qui a mis à disposition un éducateur spécialisé en charge de la coordination sociale de la veille éducative ; Karine Terrasse s'occupant de la coordination administrative et de la vie du réseau.
Un groupe de réflexion local y a travaillé pendant un an (sur l'année scolaire 2006/2007). Il réunissait directeurs d'écoles, médecin de PMI, travailleurs sociaux, Rased (réseau d'aide spécialisé pour l'accueil d'élèves en difficulté), associations porteuses d'un Clas. "Ce temps a été vital pour casser les préjugés, voire la défiance entre les différents professionnels et trouver les bons modes de collaboration", estime Karine Terrasse.
Une étape d'autant plus nécessaire que le volontariat, tant des professionnels que des familles, est une donnée essentielle de cette veille éducative. "Ne viennent que ceux qui y croient", résume Karine Terrasse. Or, cela ne semble pas évident pour le primaire. "C'est dommage car c'est en maternelle et primaire que la prévention prend tout son sens", commente Karine Terrasse.

Une prévention qui rapportera plus qu'elle ne coûte ?

"Pour avoir été président d'une maison des jeunes et de la culture, je sais que s'occuper des jeunes est sensible, car cela coûte sans que l'on puisse en mesurer l'impact immédiat. Mais ne pas s'occuper des jeunes coûte encore plus cher", conclut Jean-Noel Badenas, déterminé à ce que cette expérimentation se pérennise.
Depuis la rentrée de septembre 2007, date à laquelle la veille éducative est devenue vraiment opérationnelle, jusqu'en mars 2008, la cellule a mis en place une quinzaine d'accompagnements. "Nous étions partis sur un objectif de 20 à 25 dossiers par an, l'essentiel n'est pas de faire du chiffre mais de la qualité", pondère Karine Terrasse. Le bouche à oreille commence à fonctionner. Le fait qu'une maman ait directement appelé récemment le coordinateur à propos de son enfant est un signe qui semble le confirmer...

Emmanuelle Stroesser, pour la rubrique Expériences des sites Mairie-conseils et de Localtis

Contact(s)

Communauté de communes entre Lirou et canal du midi

1 allée du Languedoc
34620 Puisserguier
04 67 93 89 54
04 67 93 73 32

Karine Terrasse

Coordinatrice Service Enfance Jeunesse
k.terrasse@cc-canalirou.fr
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