ZUS Berlioz à Pau : mieux vieillir dans son quartier

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Pyrénées-Atlantiques

Les habitants de la ZUS Berlioz, à Pau (Pyrénées-Atlantiques), ont chargé un cabinet d'études de réaliser un diagnostic et de présenter des propositions d'actions pour améliorer la situation des personnes âgées dans ce quartier. Une initiative citoyenne de proximité pour une problématique nationale.

"Au début, c'est en parlant avec les commerçants du quartier que nous nous sommes rendu compte que beaucoup de personnes âgées vivaient dans l'isolement et qu'il existait de nombreux besoins", se souvient Lucette Guilloneau, coordinatrice du collectif d'habitants de Berlioz, un quartier de Pau (Pyrénées-Atlantiques) classé zone urbaine sensible (ZUS). Outre les services de soins aux personnes dépendantes, cette retraitée de 69 ans cite ces petites difficultés qui minent le quotidien : les courses à l'épicerie, les travaux de bricolage à domicile, les rendez-vous au salon de coiffure... "Nous nous étions déjà penché sur le problème des deux médecins du quartier qui seront bientôt à la retraite, poursuit-elle, et nous avions senti le besoin d'un diagnostic plus complet sur la place du retraité, de ses besoins et de son rôle." Berlioz, comme un peu partout en France, est un quartier qui vieillit, où la population retraitée de plus 60 ans représente désormais 23% de la population totale.
Selon l'étude menée par Itac Conseils, le quartier affiche même des signes inquiétants de précarité qui se traduisent par une forte augmentation du nombre de retraités avec des revenus équivalents au minimum vieillesse. Sur les deux offices HLM présents, 69% des retraités locataires vivent ainsi avec moins de 650 euros par mois.

La place du "vieux" dans son quartier

Paradoxalement, soulignent pourtant Valérie Flament et Pascale Kuter, responsables de l'étude, "le sentiment de 'bien-être' est fortement présent et constitue la ressource première du quartier à travers l'appartenance territoriale et la mémoire des lieux de vie". Une situation complexe qui résulte sans doute d'une très forte identité territoriale et de l'existence implicite "d'un statut du vieux, ou du vieil habitant, détenteur de l'histoire", dans un quartier particulièrement hétérogène.
Pour arriver à ce diagnostic, les auteurs ont privilégié à la fois la technique de l'entretien semi-directif avec les habitants, les commerçants, les élus et les structures présentes sur le quartier (Ccas, MJC, offices HLM, associations, paroisse...) et l'analyse des données quantitatives existantes (recensements, chiffres de la CAF, statistiques de l'Observatoire social urbain...). Après plus de six mois d'enquête, ils ont ainsi pu établir une liste de préconisations qui s'articulent essentiellement autour de la dimension intergénérationelle, de la solidarité, de la santé, des échanges interquartiers et interculturels. L'étude propose notamment de créer un "pôle services personnes retraitées" pour répondre aux besoins quotidiens, d'instaurer des logements intergénérationels où des retraités partageraient leur appartement avec des étudiants, de créer un pôle médical de proximité, un lieu d'animation et d'information, ou encore de formaliser un réseau d'assistance et de solidarité.

Lorsque les citoyens bousculent les politiques...

Présents lors de la restitution des travaux à la mi-janvier, les élus locaux et les administrations concernées se sont montrés intéressés mais laissent pour le moment les habitants définir eux-mêmes leurs priorités. Le collectif a décidé de se rencontrer dorénavant une fois par semaine et en petit comité pour élaborer des dossiers plus complets sur chaque action. Lucette Guilloneau aimerait "mettre en oeuvre les premières initiatives d'ici la fin de l'année, notamment l'embauche d'un animateur responsable de la coordination de l'ensemble des projets ou initiatives en direction des retraités".
Plusieurs collectivités pourraient s'associer à cette initiative. Le conseil général des Pyrénées-Atlantiques a laissé entendre que le diagnostic réalisé sur le quartier Berlioz pourrait être intégré à la préparation du schéma départemental des personnes âgées, soulignant les similitudes entre les problématiques du milieu rural et des quartiers difficiles. Le conseil régional est intéressé dans le cadre de sa réflexion engagée sur l'abandon progressif par le corps médical des quartiers sensibles et des campagnes. D'autres partenaires, comme la mairie de Pau ou la communauté d'agglomération, pourraient aussi envisager d'étendre cette étude à un plus grand périmètre. Certains projets éligibles au Fasild (Fonds d'aide et de soutien pour l'intégration et la lutte contre les discriminations) pourraient être menés en commun avec le quartier sensible du Hameau, voisin de Berlioz.

Bruno Fay / Innovapresse Pau pour Localtis

"Un enjeu d'aménagement du territoire"

Pour le président de la commission action sociale / politique de la ville du conseil général des Pyrénées-Atlantiques, Charles Pelanne, cette étude s'intègre parfaitement à l'élaboration du schéma départemental des personnes âgées.

Qu'avez-vous retenu des conclusions de l'étude menée sur le quartier Berlioz ?

J'ai d'abord été agréablement surpris de voir qu'il s'agissait d'une démarche de citoyens. Au-delà des compétences des collectivités, je crois que l'action sociale ne trouve finalement sa finalité que si chacun se l'approprie. J'ai d'autant plus apprécié qu'il y avait du monde dans la salle pour assister à la restitution du diagnostic. Par ailleurs, j'ai été étonné de retrouver beaucoup de similitudes entre les quartiers sensibles et le milieu rural, notamment au niveau de l'isolement, de l'animation culturelle et des problèmes de la mobilité.

Quelle est la politique départementale en la matière ?

Le conseil général a en charge depuis le 1er janvier 2005 l'organisation de la gérontologie sur le département. Nous sommes dans le cadre de l'élaboration du futur schéma départemental avec trois orientations qui, je pense, répondront en partie aux attentes de l'étude du quartier Berlioz. La première concerne les politiques en faveur du maintien à domicile, nous souhaitons qualifier les services d'aide à la personne, les diversifier ; la deuxième concerne la création d'établissements ; la troisième, c'est le besoin d'information et de lisibilité dans les dispositifs existants. Ce qui est important, et cela a aussi été évoqué par Berlioz, c'est le renforcement de l'animation intergénérationnelle pour que les personnes âgées se sentent acteurs dans la cité. Il y a là un formidable enjeu d'aménagement et de développement des territoires.

Comment comptez-vous associer Berlioz à l'élaboration du schéma départemental ?

Nous en sommes pour le moment à la première étape, à un état des lieux de la situation dans le département. Nous allons maintenant rentrer dans une phase charnière. Nous souhaitons travailler de manière partenariale et nous allons réunir l'ensemble des acteurs concernés par la question des personnes âgées pour les faire participer à l'élaboration du schéma selon les orientations que nous avons définies. Des groupes de travail seront installés à partir du mois d'avril dans lesquels Berlioz a évidemment toute sa place.

Présentation des acteurs

Le collectif d'habitants du quartier Berlioz, fondé il y a une quinzaine d'années, n'a pas de statut juridique formel. Il est animé exclusivement par des bénévoles mais dispose du soutien technique de la MJC Berlioz.

Itac (Initiatives territoires actions concertation) Conseils est un cabinet d'études de l'agglomération paloise créé en 2004. La mission menée sur la ZUS Berlioz a été présentée officiellement le 10 janvier 2005 et s'intitule "Vieillir au sein du quartier Berlioz, entre identification des besoins et solidarité intergénérationnelle".

Etendre l'initiative à d'autres quartiers

Le quartier sensible de l'Ousse-des-Bois se dit intéressé par la démarche menée par ses voisins de Berlioz. Une réflexion est lancée pour dégager des actions communes à l'échelle d'un plus vaste périmètre.

"Le constat du vieillissement de la population du quartier Berlioz s'inscrit aussi dans une réflexion élargie et constitue une problématique transversale, en terme de territoire et de partenariat, sur l'agglomération paloise." La volonté des auteurs du diagnostic social est explicite : il est possible de transférer certaines préconisations concernant Berlioz, mais aussi souhaitable d'élargir l'approche territoriale du problème. L'opération de renouvellement urbain (ORU), engagée depuis 1998 pour désenclaver la zone de redynamisation urbaine (ZRU) de l'Ousse-des-Bois, insiste justement sur la nécessité de créer des passerelles avec les autres quartiers palois. L'une des actions les plus fortes consiste notamment à redéfinir le périmètre du quartier en y intégrant les habitants de Berlioz pour former ce qui serait deviendrait "Le Hameau". Le quartier de l'Ousse-des-Bois est à ce titre un partenaire privilégié de Berlioz.
Bernadette Brana, la directrice du centre social situé à l'Ousse-des-Bois, se montre intéressée par l'initiative du collectif d'habitants de Berlioz tout en insistant sur la nécessité d'approfondir l'étude pour l'adapter aux besoins spécifiques des retraités de ce quartier sensible : "Les enjeux se ressemblent, mais sur l'Ousse-des-Bois il est essentiel de tenir compte de la problématique des personnes âgées étrangères, je pense par exemple à la question de l'alimentation qui doit être repensée." Le collectif de Berlioz, les auteurs de l'étude et le centre social du Hameau prévoient dans un premier temps de se rencontrer pour évaluer les conclusions du rapport. S'il est difficile de travailler ensemble en termes de financement, chacun est pourtant bien conscient que monter des actions communes serait un atout essentiel pour sensibiliser les pouvoirs publics.

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