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66 nouveaux sites clés en main, pack rebond : l'État veut intensifier la relance territoriale de l'industrie

Alors que la crise sanitaire a mis en lumière les fragilités des chaînes d'approvisionnement après des décennies de déclin industriel, le gouvernement poursuit son effort de reconquête à partir des territoires : 66 nouveaux sites "clés en main" ont été dévoilés le 20 juillet 2020 qui s'ajoutent aux 12 premiers annoncés en janvier, pour faciliter de nouvelles installations. Ces sites s'inscrivent désormais dans le "pack rebond" lancé le même jour. Destiné aux Territoires d'industrie, ce pack prévoit un ensemble de mesures visant à encourager les relocalisations industrielles et accélérer la transition numérique et écologique du secteur.

66 nouveaux sites industriels "clés en main" ont été dévoilés le 20 juillet 2020 par Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, et Agnès Pannier-Runacher, ministre déléguée auprès du ministre de l'Économie, des Finances et de la Relance, en charge de l'industrie, lors d'un déplacement en Saône-et-Loire, en présence également d'Éric Lombard, directeur général de la Caisse des Dépôts. Ils s'ajoutent aux douze premiers sites qui avaient été annoncés en janvier. Dans ces 78 sites industriels, l'État, en partenariat avec les collectivités locales, s'engage à réduire les délais nécessaires pour implanter une usine : trois mois pour l'obtention du permis de construire, neuf mois pour les autorisations environnementales. "Bien souvent, quand on détecte un projet d'investissement, on commence juste à traiter les problèmes, l'idée est d'anticiper, mais il ne s'agit pas de déroger à la réglementation ni de la contourner, explique à Localtis Guillaume Basset, directeur national du programme Territoires d'industrie. L'État et les collectivités s'engagent pour ces sites à délivrer les autorisations en moins de dix mois. C'est quelque chose de très concret."
Les procédures administratives relatives à l'urbanisme, à l'archéologie préventive et à l'environnement sont ainsi réalisées en amont. L'idée est issue du rapport du député d'Eure-et-Loir Guillaume Kasbarian remis au gouvernement l'an dernier. Elle a donné lieu à un appel à candidatures lancé par l'État auprès des Territoires d'industrie, avec plus de 300 remontées et une mobilisation très forte de ces territoires. Objectif : attirer de nouvelles implantations industrielles. "Pour les douze premiers sites clés en main, il y a des projets d'investissement en cours, y compris de gros projets, avec une marque d'intérêt forte des investisseurs, mais ils ne sont pas confirmés à ce stade, détaille Guillaume Basset. La crise du Covid-19 a aussi stoppé pendant trois mois le travail de prospection et de promotion de ces sites qui avait lieu." Autre précision : si les premiers sites annoncés s'adressent davantage à de gros projets, avec des terrains de plus de 50 hectares, la deuxième vague prévoit des sites plus petits, idéal pour des investissements de PME ou ETI.

Le nouveau "pack rebond" pour l'industrie

Ces sites clés en main font désormais partie du "pack rebond" pour les 148 Territoires d'industrie annoncé par les ministres lors de ce déplacement à Chalon-sur-Saône, traduction du cap fixé le 14 juillet par Emmanuel Macron en matière de souveraineté nationale, de reconstruction économique et de partenariat avec les territoires. Ce programme de relance industrielle prévoit une aide en ingénierie de relocalisation, portée par la Banque des Territoires. Le dispositif répond à l'enjeu de sécurisation des chaînes d'approvisionnement. Il doit permettre de conduire des études nationales de diagnostic de dépendance des filières industrielles, pour qualifier le potentiel de relocalisation par filières et par territoires, de cofinancer des études stratégiques pour accompagner chaque région à définir sa stratégie industrielle sur une à trois filières stratégiques et d'accompagner les intercommunalités dans l'élaboration de leur plan d'actions pour favoriser les relocalisations et réinternalisations de production. La Banque des Territoires accompagne ainsi déjà le Grand Chalon sur le ciblage des secteurs industriels pouvant faire l'objet de relocalisations.
Autre mesure du pack rebond : constituer des sites pilotes pour accélérer les transitions industrielles et écologiques. Une fois encore, c'est la Banque des Territoires qui est aux manettes avec du "cousu main". Elle interviendra notamment par la mise en place de nouveaux modèles de financement pour faciliter la réhabilitation de friches industrielles, l'investissement dans l'immobilier des entreprises innovantes ou encore l'accompagnement et le financement d'un volet innovant d'usine 4.0 pour les sites clés en main. "Nous souhaitons aller au-delà de la simple levée des réserves réglementaires et réfléchir en termes d'aménagement de ces zones industrielles et de mise en place de nouveaux services ou aménités favorables à l'installation industrielle, comme des datacenters, des solutions de mobilité, de gestion des déchets, d'énergie", détaille à Localtis François Blouvac, responsable du programme Territoires d'industrie à la Banque des Territoires. "Nous allons regarder ce qui est concrètement utile et qui améliorerait l'attractivité des sites." Objectif : sélectionner au moins deux sites pilotes par région.

250 millions d'euros pour des projets de relocalisation

Le pack rebond s'attaque aussi au problème de recrutement. Il prévoit des aides pour développer le volontariat territorial en entreprise : une subvention de l'État et de la Banque des Territoires de 4.000 euros maximum par entreprise et une aide de 1.200 euros par jeune versée par Action Logement. Enfin, un nouvel appel à manifestation d'intérêt (AMI) du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) est lancé du 20 juillet au 25 juin 2021. Porté en partenariat avec les programmes Territoires d'industrie et Action cœur de ville, et ouvert aux collectivités, il doit permettre d'ouvrir de nouvelles formations industrielles. "La Banque des Territoires prévoit de financer et de déployer une offre d’ingénierie et une aide à l’amorçage à hauteur d’1,5 million d'euros afin d’accompagner dix nouveaux centres lauréats de ce nouvel AMI", précise les deux ministères, dans leur dossier de presse.

L'enjeu est important, quand on sait que 50.000 emplois industriels ne sont pas pourvus. "D'ici trois ans à cinq ans, il y aura 50 centres de formation, avec un potentiel de formation de 15.000 personnes chaque année, souligne François Blouvac. Cela va faire bouger les lignes, car tous les chefs d'entreprise nous parlent de ce problème de main-d'œuvre."
Par ailleurs, l'industrie est aussi à l'honneur dans le troisième projet de loi de finances rectificative. Le Sénat a adopté le 18 juillet un amendement gouvernemental prévoyant une enveloppe de 490 millions d'euros pour relancer le secteur à travers trois volets : accompagner la numérisation et la robotisation des PME (40 millions d'euros), décarboner les industries (20 millions d'euros) et booster des projets de relocalisation (250 millions d'euros). Le tout sous forme d'appels à projets. "Il s'agit des projets prêts à démarrer sous six mois, insiste Guillaume Basset, et qui répondent aux grandes problématiques soulevées par la crise du Covid-19 : la résilience (industrie du futur, innovation, numérique), la transition écologique de l'industrie, les compétences et la solidarité (formation, apprentissage, écoles de production)." Le tout préfigure le plan de relance de 100 milliards d'euros qui sera présenté le 24 août, comme l'a indiqué le ministre de l'Économie, ce mardi 21 juillet, dont 40 milliards d'euros seront fléchés précisément vers l'industrie. Pour François Blouvac, "la question de l'industrie a pris une place différente, car la crise a mis en lumière des fragilités surtout sur nos chaînes d'approvisionnement".

 

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