Apprentissage : les CFA résistent au nouveau mode de financement et à la crise

Dans une enquête réalisée en octobre 2020 auprès de 600 centres, France compétences a analysé l’impact croisé de deux ans de financement au coût-contrat et de la crise sanitaire. Si plus des trois quarts des CFA voient des avantages au nouveau mode de financement, la quasi-totalité éprouvent des difficultés dans sa mise en œuvre. Alors que les effectifs de l’apprentissage poursuivent leur progression (+ 11% par rapport à 2019), près des deux tiers des centres sont en bonne santé financière.

Mi-décembre, France compétences a révélé les résultats d’une enquête menée en octobre 2020 auprès d’environ 600 centres de formation d'apprentis (CFA) dans l’objectif "d’analyser les impacts du nouveau mode de financement du coût-contrat sur leurs modèles économiques et de dresser un état des lieux de la situation économique des CFA à la rentrée 2020", en prenant également en compte les effets de la crise du Covid 19.

Pour rappel, la loi du 5 septembre 2018 a engagé une réforme du financement de l’apprentissage marqué par le passage d’un système de subvention régionale au financement au coût-contrat avec des niveaux de prise en charge fixés par les branches professionnelles.

Créer une nouvelle relation avec les Opco

Il ressort de cette première phase d’enquête que pour la grande majorité des CFA (81%) le nouveau système de financement présente des avantages, parmi lesquels une meilleure prévisibilité des recettes (pour 51% des répondants), l’harmonisation des financements entre CFA (43%) et une augmentation des ressources (33%). Cependant, 95% des établissements reconnaissent des difficultés à le mettre en œuvre et déplorent la gestion administrative complexe des contrats.

Le temps plus long entre la facturation et l’encaissement des contributions Opco (opérateurs de compétences) est déploré par plus des trois quarts des CFA (78%), tandis que 62% pointent la nécessité de créer une nouvelle relation avec les Opco. Les centres listent également comme complications la difficile définition des frais annexes (36%) et la fixation d’un coût-contrat trop faible par rapport à la structure des charges (31%).

19% des CFA en déficit

Concernant l’état des lieux de l’apprentissage en 2020, l’enquête indique que les trois quarts des CFA prévoient une augmentation de leurs effectifs fin 2020, notamment ceux relevant majoritairement du supérieur, tandis que pour 16%, ils resteront stables. Cette hausse estimée à 11% par rapport à 2019 est attribuée par une majorité de CFA aux nouvelles dispositions de la loi Avenir professionnel et pour un tiers d’entre eux au plan de relance de l’apprentissage.

Dans le cadre de cette enquête, France compétences constate aussi la "stabilité" de la situation financière des CFA, 46% d’entre eux estiment être à l’équilibre et 22% en excédent budgétaire contre 19% en déficit. Ils sont 65% à déclarer une augmentation de leurs dépenses sur les charges du personnel (notamment les référents administratifs) en 2020 et 44% une augmentation de leurs ressources. "Ce premier état des lieux sera approfondi dans la phase qualitative de l’enquête pour bien comprendre ces différentes situations et les différents profils de CFA concernés", prévient France compétences.

De fait, cette enquête en deux temps réalisée dans le cadre de l’une des missions de France compétences (l’observation des coûts de la formation) sera poursuivie en janvier 2021 par une étude qualitative qui permettra "d’identifier les différentes clés de compréhension des modèles économiques des CFA". Elle consistera en une cinquantaine d’entretiens individuels avec des responsables de centres de formation d’apprentis. 

Un quart des CFA ont reporté leurs investissements

Cette première phase démontre également que les trois quarts des centres de formation des apprentis ont mis en place des "stratégies financières et économiques" lors de la rentrée 2020. Il s’agit par exemple de l’évolution du ratio d’encadrement administratif (39% des répondants) notamment dans les établissements rencontrant des difficultés en termes de temps consacré à la facturation, du développement de partenariat avec d’autres structures (25%) ou encore du report d’investissements pour un quart des centres.

Enfin, 85% des CFA répondants ont fait évoluer leurs modalités pédagogiques à partir de septembre dernier. Cette évolution se traduit principalement par la mise en place de formation en distanciel et une plus forte implication des entreprises dans la construction du parcours de l’apprenti. Plus de la moitié des CFA (54%) ont ouvert de nouvelles sections de formations, dont un quart de niveau bac+2, et 11% déclarent en avoir supprimé.

 

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