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Un plan à 1 milliard d'euros pour sauver l’apprentissage

Très attendues par les acteurs du secteur, les mesures annoncées par Muriel Pénicaud le 4 juin à l’issue d’une rencontre à l’Elysée avec les partenaires sociaux sont plutôt bien accueillies. Le coût d’un jeune en alternance devient quasiment nul pour toutes les entreprises. A suivre : un plan pour l’emploi des jeunes, un dispositif de chômage partiel de longue durée et un plan de relance pour la formation.

Le message d’urgence des acteurs de l’apprentissage et des régions a été entendu jusqu’au plus haut sommet de l’Etat. C’est d’ailleurs de l’Elysée que la ministre du Travail a annoncé le jeudi 4 juin, à l’issue d’une réunion de trois heures avec plusieurs ministres et les organisations patronales et syndicales, des mesures simples mais radicales pour éviter que les jeunes ne soient les "sacrifiés" de la crise sanitaire et de son corollaire, la crise économique qui se profile.

Ainsi, face aux risques d’une chute des recrutements en alternance, l’Etat prévoit un plan évalué à plus de 1 milliard d’euros pour maintenir les effectifs d’apprentis à leur niveau de 2019, soit 368.000 (+16%). Il comporte une "aide exceptionnelle à l’embauche d’un apprenti" de 5.000 euros pour un mineur et de 8.000 euros pour un majeur recruté entre le 1er juillet 2020 et le 28 février 2021. Non seulement l’aide est majorée (4.125 euros actuellement), mais elle s’adresse à toutes les entreprises même celles comptant plus de 250 salariés (à condition de respecter le quota de 5% d’alternants dans les effectifs) et concerne tous les diplômes, du CAP à la licence pro. "Les formations de niveaux bac+4 et bac+5 sont donc exclues de la mesure", souligne toutefois l'AEF. Dès lors, un apprenti de moins de 20 ans ne coûtera rien à l’employeur et seulement 175 euros lorsqu’il est plus âgé.  

Assouplissement des règles d’admission en CFA

Souhaité par le réseau des CMA (chambres de métiers et de l'artisanat) et les adhérents de la Fnadir (Fédération des directeurs des centres de formation d’apprentis), le prolongement du doublement de la période pendant laquelle un jeune peut rester inscrit à un CFA (centre de formation des apprentis) même s’il n’a pas trouvé d’entreprise, soit de 3 à 6 mois, a été validé par le gouvernement. De même, l’aide au premier équipement - jusqu’à 500 euros versés par les Opco - est éligible à l’achat d’un ordinateur. "Le paiement du CFA se fera, non pas à la signature du contrat, mais à l’entrée du jeune dans la formation", précise l'AEF, "si le jeune reste six mois sans contrat, le CFA touchera 50% du coût contrat".

De quoi rassurer les dirigeants de CFA sur la pérennité de leur financement (la règle du "coût contrat" les pénalise en cas de baisse du nombre d’apprentis), mais en partie seulement. "Nous nous interrogeons sur la mise en œuvre opérationnelle de cette mesure", a indiqué à Localtis Roselyne Hubert, présidente de la Fnadir. En clair : qui paiera ? Car si les CFA sont payés par les Opco, "tant qu’un jeune n’est pas en entreprise, il ne dépend pas d’un Opco", rappelle Roselyne Hubert, qui doute également de la possibilité de permettre à chaque jeune qui a fait un voeu d'apprentissage sur les plateformes d'orientation scolaire Affelnet et Parcoursup de se voir proposer une offre. "Comment garantir un tel engagement et quelle organisation territoriale sera mise en place pour ce faire ?", interroge la présidente de la Fnadir.

La gratuité risque de "dévaloriser l’apprentissage"

Si les organisations patronales et syndicales ont donné au gouvernement un accord tacite à ce plan de sauvetage de l’apprentissage, Aurélien Cadiou regrette de son côté la gratuité totale pour les entreprises, car cela risque de "dévaloriser l’apprentissage". Aussi, le président de l’Anaf (Association nationale des apprentis de France) a-t-il demandé sur BFM business, le 5 juin, que cette aide soit assortie d’une obligation effective des recruteurs d’accompagner les jeunes en alternance. Aurélien Cadiou est également réservé sur la possibilité de rester 6 mois en CFA sans travailler en entreprise, "le risque", selon lui, étant d’avoir de nombreux décrocheurs au terme des 6 mois.

Au-delà des seuls jeunes choisissant l’alternance, le gouvernement prépare également un plan plus vaste pour l’emploi des jeunes. Alors que "près de 800.000 jeunes vont sortir du système scolaire ou universitaire cet été", Muriel Pénicaud compte également apporter une réponse qui leur permette de se projeter dans l'avenir. La ministre du Travail va lancer une série de rencontres dès la mi-juin et se donne trois semaines pour présenter un plan.

EVITER LES LICENCIEMENTS DE MASSE

La réunion du 4 juin à l’Elysée a aussi été l’occasion d’aborder la question du chômage qui pourrait repasser la barre des 10%, contre 8,1% avant l'épidémie, la priorité étant d’éviter des licenciements de masse. Alors que plus de huit millions de personnes sont au chômage partiel et plus de six millions de demandeurs d'emploi ont été comptabilisés par Pôle emploi en avril, Muriel Pénicaud redoute en effet que la situation ne s’aggrave. S’il est acquis que l’Etat ne peut durablement continuer à financer le chômage partiel, le gouvernement envisage cependant des solutions alternatives. Ainsi, à compter du 1er juillet, un dispositif de "chômage partiel de longue durée" est envisagé pour les entreprises dont l’activité a baissé de 20% de manière à leur permettre de ne pas licencier leurs salariés. "Dès lundi (ndrl : 8 juin), je commence les concertations avec les partenaires sociaux sur le sujet", a indiqué la ministre du Travail, ajoutant que des "mesures sectorielles" pourraient compléter ce dispositif.

Une seconde mesure consisterait en une prise en charge par l’Etat d’une aide à la réduction temporaire du temps de travail pour maintenir l’emploi dans les entreprises en sous-activité. De même, des discussions vont s'ouvrir "dans les semaines qui viennent" avec les organisations syndicales et patronales sur la poursuite de la réforme de l’assurance chômage. Selon le ministère du Travail, ces échanges permettront de s'accorder sur "les critères ou les mesures à adapter pour tenir compte du contexte de la crise, de même que sur la date d'application". Des décisions doivent être prises "d'ici à l'été".

Quant à la formation, le plan de relance attendra la rentée. Là aussi des discussions avec les partenaires sociaux sont prévues pour voir "comment mobiliser les instruments existants" dont le "compte personnel de formation", a indiqué Muriel Pénicaud. "Il faudra sans doute travailler à la réorientation du Plan d’investissement dans les compétences (PIC), avec la définition de priorités différentes liées aux priorités de relance de l’économie", a ajouté le ministère du Travail.

F.P.

 

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