Education - Architecture scolaire : à quoi ressembleront les espaces éducatifs de demain ?

Jeunesse, éducation et formation

Adapter l'espace scolaire aux nouvelles pédagogies relève-t-il du rêve, comme l'écrivent avec un brin de provocation les inspecteurs de l'Education nationale ? Pour l'atteindre, ils suggèrent de soigner la programmation architecturale des bâtiments scolaires de telle sorte que toute proposition d'architecte soit "pédagogiquement justifiée". C'est dans cet esprit de "co-construction" que les cinq équipes lauréates de l'appel à manifestation d'intérêt lancé par le ministère et le Lab CDC préparent les expérimentations qu'elles testeront in situ, pendant 8 mois.

L'incidence de l'architecture scolaire sur le bon développement des pratiques pédagogiques innovantes ne fait aucun doute pour l'Education nationale. "Depuis quelques décennies, cette question est prise à bras-le-corps par des collectivités, qui cherchent à prendre en compte les besoins réels de la communauté éducative", lit-on dans un rapport consacré à l'innovation dans le système éducatif, réalisé par ses deux inspections générales (Igen et Igaenr) et rendu public le 16 décembre dernier (1).
Mais le chemin est encore long. Les auteurs du rapport constatent globalement un "écart énorme entre le bâti scolaire et les pratiques pédagogique innovantes". Pour eux, "l'espace d'apprentissage a peu ou pas évolué depuis l'époque grecque", si bien que "penser l'espace scolaire en fonction de la qualité et de la vertu des pédagogies relève encore d'un rêve".

"Il faudra sans doute en finir avec le temps des bureaux fixes des enseignants"

Pour y parvenir, la première préoccupation du corps enseignant devrait être de "structurer le rapport pédagogique de l'institution au numérique". Ils regrettent par exemple que le tableau blanc interactif (TBI) soit demeuré "un outil magistral certes captivant, mais encore insuffisamment exploité", considérant que "le vidéoprojecteur interactif permet aujourd'hui de repenser la pédagogie en faisant passer les élèves d'une posture statique à une posture dynamique". Partant du principe que "le changement de support finit par dicter les usages et les contenus", ils suggèrent de concevoir deux espaces distincts d'enseignement : un premier espace "où l'enseignant développerait son cours" et un second espace "permettant à l'enseignant d'imaginer un autre rapport à la classe".
L'objectif serait de parvenir à ce que le numérique ne soit pas "désincarné", sans jamais oublier que le corps est "essentiel dans le positionnement dans la classe". "Sans pour autant abandonner les temps d'enseignement magistral, il faudra sans doute en finir avec le temps des bureaux fixes des enseignants, pour leur préférer les chaises autonomes et ergonomiques dotées d'un accoudoir pour les ordinateurs", recommandent-ils.

"La salle de classe ne peut plus être le seul étalon à partir duquel on tire le plan de l'école"

Ils listent également les bonnes questions à se poser, aussi bien dans une démarche prospective sur l'architecture scolaire que, de manière très concrète, en amont des opérations de construction ou de rénovation d'établissements : Comment articuler la redistribution des mobiliers et l'agencement de l'espace ? Comment faire pour que l'espace scolaire soit mobile, en écho aux flux physiques des élèves, des enseignants et des personnels ? Comment penser les autres espaces de l'école en dehors de la classe ? Et pour y répondre, il faudrait bien avoir désormais en tête que "la salle de classe ne peut plus être le seul étalon à partir duquel on tire le plan de l'école". Selon eux, "il faudra passer de l'espace clos à l'espace évolutif, afin de répondre à la variété des besoins".
Dans cette logique, ils accordent un rôle clé au centre de documentation et d'information (CDI). Ils suggèrent d'en faire un centre de ressources et de connaissances associé à plusieurs espaces de type "cyber-lieux" qui seraient "plus petits, pour permettre une circulation en étoile". "C'est sans doute là un moyen de créer une dynamique qui contribue à rendre l'école plus vivante en variant les dimensions des espaces que les élèves sont amenés à traverser et à fréquenter".
Enfin, les auteurs du rapport invitent à appréhender "avec rigueur" les "méthodes de développement d'approches innovantes relatives aux aménagements de bâtiments". Selon eux, toute proposition doit être "pédagogiquement justifiée" et "assortie d'un cahier des charges didactique".

Cinq expérimentations coachées par le Lab CDC

C'est bien dans esprit que se déroule l'expérimentation sur "la co-construction d'espaces innovants dans les écoles, collèges et lycées" lancée à l'automne par la Caisse des Dépôts (par l'intermédiaire du Lab CDC), le ministère de l'Education nationale, l'Association des maires de France (AMF), l'Assemblée des départements de France (ADF) et Régions de France (voir notre article du 10 novembre 2016). Son objectif est d'expérimenter in situ "de nouveaux usages au travers de nouvelles visions des espaces et du mobilier scolaires".
Les cinq projets lauréats de l'appel à manifestation d'intérêt (AMI) ont été sélectionnés à la mi-décembre (2). Comme l'imposait le règlement, "les solutions innovantes réunissent des collectivités territoriales, des écoles ou des établissements scolaires et des entreprises innovantes, qui co-contruisent les espaces éducatifs de demain", souligne le ministère.
Durant janvier 2017, accompagnés du Lab CDC, les équipes projets, les "porteurs de solution" et des étudiants issus de plusieurs cursus de design, d'architecture et sciences de l'éducation se retrouvent pour préparer le déploiement sur site des expérimentations. A partir de février, les expérimentations seront testées in situ, sur une durée de 8 mois. Les cahiers des charges et les guides de mise en œuvre des solutions imaginées seront ensuite accessibles en open source.
La méthode reprend la méthodologie éprouvée par le Lab CDC et l'Union sociale pour l'habitat dans le cadre de l'appel à projets "Pour une architecture de la transformation" concernant le logement social (voir notre article ci-contre du 6 décembre 2016).

Valérie Liquet

(1) Il s'agit du rapport annuel 2015 de l'Igen et de l'Igaenr, intitulé "L'innovation et l'expérimentation et leur incidence sur l'évolution du système éducatif", avec un chapitre sur "Architecture scolaire et pratiques pédagogiques innovantes".
(2) L'école maternelle Montferré/La Cotonne de Saint-Etienne ; le collège Compère-Morel de Breteuil (académie d'Amiens) ; le collège Henri-Barbusse de Saint-Denis ; le collège Roumanille d'Avignon ; le lycée Eugène-Freyssinet de Saint-Brieuc.

Investissement dans les projets de formation

Contribuer à l’adaptation et au développement des compétences des habitants

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