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Habitat - Architecture de la transformation : cinq projets innovants livrent leurs secrets de fabrication

Les cinq équipes lauréates de l'appel à projets "Pour une architecture de la transformation", porté par le Lab CDC et l'Union sociale pour l'habitat, sortent d'incubation avec des procédés et des techniques à partager. Ils livrent des guides opérationnels et des éléments de réflexion pour ceux qui seraient tentés de construire avec des matériaux de proximité (terre crue ou béton issu des démolitions Anru), ou de reconvertir un édifice patrimonial en logements, pourquoi pas en s'interrogeant dores et déjà sur ses usages du futur, et en intégrant les habitants dès la phase de conception. Les expérimentations sont conduites dans l'habitat social, mais elles sont duplicables partout.

Lancé il y a un an par le Lab CDC et l'Union sociale pour l'habitat (USH) avec les ministères de la Culture et du Logement (voir notre article du 21 septembre 2015), l'appel à projets "Pour une architecture de la transformation" a révélé de jolies pépites. Les cinq équipes lauréates, qui viennent tout juste de sortir de 8 mois d'incubation, transmettent aujourd'hui les résultats de leurs expérimentations.
Il s'agit de cinq équipes de maîtrise d'œuvre pluridisciplinaires (architectes, urbanistes, bureaux d'études, groupement d'opérateurs économiques, chercheurs, écoles d'architecture, écoles d'ingénieurs...), chacune emmenée par un bailleur social et challengée par le Lab CDC. Leurs innovations architecturales et les modalités de leur généralisation techniques, méthodologiques et économiques sont mises à disposition des bailleurs sociaux, via une boîte à outils accessible en ligne. Chaque projet y est présenté de manière synthétique. Les bailleurs sociaux qui souhaitent tester dans leur parc des innovations peuvent demander des informations opérationnelles complémentaires, avec des solutions "clé en mains", en s'engageant à respecter l'ensemble des droits de propriété intellectuelle et à ne pas les utiliser à des fins commerciales.

L'équipe menée par Actis, OPH de la métropole grenobloise, qui a recherché des solutions pour construire avec des matériaux biosourcés en bois et terre crue en développant les filières locales, livre ainsi un guide méthodologique en direction des bailleurs sociaux, une plaquette "habitants" destinée à casser les préjugés sur le matériau "terre", un guide technique (description des techniques utilisées, comparatif de coûts...), une cartographie des acteurs de la construction terre dans les régions. Durant les 8 mois d'incubation, un prototype d'habitat a été conçu et construit par une équipe pluridisciplinaire d'étudiants en architecture, d'enseignants et de chercheurs. Trois techniques ont été testées : des plaques de terre intérieure (en substitution aux plaques de plâtre classique) qui se révèlent apporter une meilleure régulation hygrométrique et acoustique de l'intérieur d'un logement ; l'enduit terre (pour les finitions intérieures) ; des briques de terre crue en cloison séparative de logement. "N'importe quelle entreprise de maçonnerie peut s'approprier cette technique", souligne Pierre Payrard, directeur du développement et du patrimoine chez Actis.

L'équipe pilotée par l'office public de l'habitat OPH 93 s'est, elle, penchée sur le réemploi du béton issu des démolitions à Stains pour la construction ou la reconstruction de logements in situ, avec l'idée d'expérimenter la mise en place d'une filière locale de réemploi du béton. Il s'agissait également de tester les modalités d'une gestion en coût global, par le maître d'ouvrage, des opérations de démolition-reconstruction. L'équipe a livré deux guides. Le premier, à usage des maîtres d'ouvrage (MOA), présente le process méthodologique, propose une boîte à outils pour analyser les impacts économiques du procédé ainsi qu'un bilan social de la gestion d'un site en chantier "ouvert". Le second, à usage des maîtres d'œuvre (MOE), se compose d'une série de documents techniques sur le réemploi du béton.

L'équipe menée par la SNI Sud Ouest a cherché à concevoir une structure capable d'accompagner l'évolutivité des immeubles urbains dans le but de "favoriser la flexibilité spatiale et la mixité fonctionnelle à l'échelle de l'immeuble". Et cela, à coûts maîtrisés et à haute performance environnementale, en tenant compte des futurs usages dont la plupart sont aujourd'hui inconnus. Elle a testé avec succès un procédé associant ossature porteuse bois-béton et système d'innervation en fluides (plancher caisson modulaire bois innervé) permettant la construction de niveaux entièrement libres de tout point de descente de charges ou fluides. Un procédé adapté à l'aménagement de logement, bureaux ou parking. L'équipe met à disposition des bailleurs sociaux un guide technique de conception et de mise en œuvre du procédé et un guide de conception du système et des critères d'optimisation énergétique.

L'équipe constituée autour de Batigère Nord Est a travaillé sur la transformation de sites patrimoniaux en logements sociaux en s'interrogeant : "sommes-nous capables de proposer des solution innovantes permettant d'assurer à la fois le confort des habitants et une optimisation thermodynamique ?" Pour y répondre, elle a mis en place une recherche-action architecturale au travers d'un démonstrateur sur le site de l'ancien hôpital Villemin à Nancy. De cette expérience, elle a produit un fascicule à destination des bailleurs désireux de conduire des opérations de reconversion architecturales (coût et bénéfices attendus) incluant un formulaire duplicable de collaboration bailleurs-écoles d'architecture. Elle met également à disposition des éléments pour les enseignants et chercheurs qui souhaiteraient mettre en place un enseignement spécifique sur le sujet en cycle master 1.

Estuaire de la Seine, entreprise sociale pour l'habitat du groupe Logeo (Action logement), a conduit son équipe dans l'aventure de l'habitat participatif avec un défi : "comment réduire les charges locatives et individuelles des habitants en les impliquant dans la conception et l'entretien de leur bâtiment et de leurs logements ?" La réponse se trouve dans la mutualisation de certains espaces (buanderie, salle de réunion, chambre pour invités, potager...) et l'entretien par les habitants des espaces communs et des espaces verts. L'équipe proposent des fiches pratiques pour impliquer les habitants dans la conception des logements et un outil pour estimer et piloter la baisse des charges attendues.

 

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