Bilan positif pour l'expérimentation des maisons de naissance

Une étude de l'Inserm sur les huit maisons de naissance expérimentales conclut à "un niveau de sécurité satisfaisant et une très faible fréquence d'interventions".

Il y a six ans, une vive polémique entourait le lancement de l'expérimentation, pour une durée de cinq ans, des maisons de naissance, issues d'une loi du 6 décembre 2013 (voir notre article ci-dessous du 2 décembre 2013) et d'un décret du 30 juillet 2015 précisant leurs modalités de fonctionnement. De nombreux élus locaux et nationaux craignaient en effet que la création de ces maisons de naissance – et plus encore leur éventuelle généralisation – soient le prélude à une accélération de la fermeture des petites maternités. Un appel à candidatures avait cependant été lancé, permettant de sélectionner huit projets à Paris, Castres, Grenoble, Baie-Mahault, Saint-Paul, Bourgoin-Jallieu, Sélestat et Nancy.

Des objectifs largement atteints

Ces maisons de naissance proposent aux femmes enceintes "à bas risque de grossesse et d'accouchement" une prise en charge moins technicisée du suivi de grossesse, de l'accouchement et du post-partum. En revanche, elles n'assurent ni l'hébergement des parturientes et de leurs nouveau-nés, ni la prise en charge des urgences obstétricales. Pour cette raison, elles sont adossées à une maternité traditionnelle.

Six ans après vote de la loi, l'équipe de recherche en épidémiologie obstétricale, périnatale et pédiatrique (EPOPé) de l'Inserm publie un "Rapport d'évaluation sur la qualité des soins prodigués en maisons de naissance", reposant sur les données d'activité de 2018. Durant cette année, 649 femmes ont été prises en charge dans ces huit maisons de naissance et 506 y ont effectivement accouché, tandis que 143 (22%) étaient transférées pour accoucher dans les maternités partenaires. L'étude montre, en premier lieu, que les critères d'éligibilité des femmes pour être accueillies en maisons de naissance ont été respectés dans plus de 99% des cas.

En matière d'efficacité des soins, l'étude de l'Inserm montre un très faible nombre d'interventions au cours du travail parmi les femmes ayant accouché, avec plus de 90% d'accouchements par voie basse spontanée. En termes de sécurité, les résultats font apparaître un très faible taux de complications néonatales (0,3% d'enfants avec une mauvaise adaptation à la vie extra-utérine à cinq minutes de vie et 1,7% d'enfants ayant nécessité des gestes de réanimation à la naissance). De même, seuls 6% de nouveaux nés ont dû être transférés dans la période post-natale, essentiellement pour surveillance de situations à risque infectieux, risque liés au poids ou à un ictère.

Quelles suites pour les maisons de naissance ?

L'Inserm procède également à une comparaison internationale avec d'autres pays mettant déjà en œuvre, parfois de longue date, ce type de structures (Australie, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Norvège, Danemark, États-Unis...). Il en ressort qu'"au total, les maisons de naissance implantées en France ont des résultats tout à fait comparables aux résultats des maisons de naissances implantées dans les pays à haut niveau de ressources et évaluées. Ils semblent même meilleurs en France pour les issues périnéales".

Les résultats obtenus sur les huit maisons de naissance expérimentales et la comparaison avec d'autres pays développés disposant de ce type de structures amènent l'Inserm à conclure à "un niveau de sécurité satisfaisant et une très faible fréquence d'interventions". Seul petit bémol : "les indicateurs actuels ne permettent pas l'étude de la satisfaction des femmes et limitent l'étude de la salutogénèse" (facteurs favorisant la santé et le bien-être), ce qui était pourtant l'un des objectifs recherchés par les maisons de naissance.

Il reste maintenant à connaître la position du ministère de la Santé sur une éventuelle généralisation. Celui-ci s'est en effet très peu exprimé sur le sujet depuis le lancement de l'expérimentation et la mise en place du cadre juridique et méthodologique.

 

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