Transports - Circulation routière : la Fnaut interpelle le gouvernement sur une occasion historique à saisir

La Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut) appelle le gouvernement à se saisir de la baisse du prix du pétrole et à tout faire pour qu'elle n'enclenche pas une relance de la circulation routière. Et maintient par ailleurs son constat d'un transport collectif aujourd'hui trop peu soutenu, voire pénalisé.

Pour la Fédération nationale des associations d'usagers des transports (Fnaut), le constat renouvelé lors d'une conférence de presse organisée le 10 avril est clair : derrière les beaux discours, le gouvernement privilégie la mobilité individuelle. Et ne facilite pas le report modal vers le transport collectif. En cause, selon elle,  la baisse des dotations de l'Etat - qui entraîne déjà nettement, à ses yeux, et dans certaines villes comme Aix-les-Bains, Grenoble, Metz, Nancy, Reims ou encore Valenciennes, une diminution de l'offre de transport urbain - mais aussi le manque d'ambition du côté du rail. Et la modernisation du réseau ferré classique ? "Elle bénéficie certes de généreux crédits mais est trop lente pour empêcher le vieillissement du réseau, le ralentissement des trains et des fermetures de lignes". Carton rouge aussi au retard cumulé avant que le troisième appel à projets de transports collectifs en site propre (TCSP) urbains ne sorte, ce qui repousse encore plus loin l'idée, "guère d'actualité", d'un quatrième appel à projets de ce type.

Relance de la route

Au point mort également, le report modal. Une nouvelle fois, l'association d'usagers déplore le fait que le projet de loi sur la transition énergétique soit resté "quasiment muet sur le transport collectif et ciblé sur la voiture électrique". Et que les leviers fiscaux soient peu ou mal actionnés : selon elle, la baisse de trois centimes durant trois mois fin 2012 des taxes sur les carburants automobiles aurait ainsi "coûté plus de 500 millions d'euros à l'État". Quant à la relance des investissements routiers, elle est nette, avec par exemple la Nouvelle Route du Littoral, à La Réunion, et des contournements d'agglomérations comme celui de Strasbourg. "Dans le cadre des contrats de plan avec les Régions, l'Etat encourage par ailleurs à investir dans les routes, tout en augmentant le taux de TVA sur le transport public et en s'opposant à la circulation alternée lors des pics de pollution de l'air. Tout cela n'a aucune cohérence !", juge sévèrement l'association.

Tirer parti de la chute des prix des carburants

Cette chute des prix du gazole et litre d'essence a un risque : "Comme au lendemain du contre-choc pétrolier, en l'absence d'initiative du gouvernement, on peut s'attendre à une relance de la circulation routière et du trafic aérien, à un attrait nouveau pour les voitures puissantes et les vitesses élevées, à un allongement des distances parcourues, et à une baisse de fréquentation des transports collectifs terrestres". La facture énergétique du pays étant, du fait de cette chute des prix, fortement réduite, la Fnaut propose d'éviter une telle relance et de profiter de cette baisse du prix du pétrole pour augmenter fortement, de l'ordre de dix à quinze centimes d'euros, la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques (TICPE). Et ce au-delà de la hausse en vigueur depuis début 2015, soit quatre centimes sur le gazole, pour compenser l'échec de l'écotaxe poids lourds. "Une part du produit de cette fiscalité peut être utilisée pour aider les ménages les plus fragiles, mais il n'y a pas lieu de subventionner les ménages aisés. Cette fiscalité écologique ne serait pas punitive, c'est son absence criante qui l'est. Ce serait supportable par les automobilistes et bénéfique pour les générations futures impactées par l'évolution du climat. L'exemple à suivre reste la Suisse, qui envisage de le faire". La taxation du kérosène consommé par les avions lors des vols intérieurs est, à nouveau, demandée par la Fnaut. Et pour favoriser le report modal, elle cite d'autres leviers à actionner : baisser le taux de TVA sur les transports collectifs conventionnés de 10% à 5,5%, relancer les trains Intercités, "concurrents directs de la voiture", et enfin financer de grands investissements de transport collectif urbain et ferroviaire (modernisation accélérée du réseau classique, LGV Bordeaux-Toulouse/Espagne, etc).

Morgan Boëdec / Victoires-Editions

Bruno Gazeau, nouveau président de la Fnaut
Lors de la 38e assemblée générale de la Fnaut, qui s'est tenue à Paris le 11 avril, Bruno Gazeau a été élu président de la fédération. Il succède à Jean Sivardière, qui va conserver un rôle actif en son sein, en tant que vice-président. Retraité depuis 2014, Bruno Gazeau a exercé une grande partie de sa carrière dans l'univers des collectivités territoriales et des transports. Il a notamment été directeur de l'Agence de développement du Territoire de Belfort en charge des services marchands des collectivités (eau, logement, transport, économie) et participé à ce titre à la modernisation du réseau de transport de Belfort. En 1985, il est devenu premier directeur des services de la région Franche-Comté. En 2003, il a rejoint l'Union des transports publics (UTP) qu'il va diriger pendant 10 ans. Il a alors piloté son ouverture aux opérateurs ferroviaires, aux gestionnaires d'infrastructures ou de stationnement et signé une quinzaine d'accords sociaux dont celui du service garanti dans les transports urbains et les accords sur le fret dans le ferroviaire.
A.L.
 

 

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