Congrès des maires – Accidents industriels, catastrophes naturelles : l'indispensable coordination des acteurs 

Qu'il s'agisse de l'incendie d'une usine chimique ou d'un massif forestier, du passage d'un cyclone ou d'inondations dévastatrices, les élus locaux et leurs services doivent pouvoir travailler de manière très étroite avec les moyens extérieurs à la collectivité, tels que la protection civile, les pompiers et les forces de l'ordre pour assurer la protection de la population et remettre en état les services immédiatement après la crise. A la lumière de catastrophes récentes (incendie de Lubrizol à Rouen, tempête Alex dans les Alpes-Maritimes, ouragan Irma à Saint-Martin et Saint-Barthélemy), un forum organisé ce 16 novembre lors du Congrès des maires a permis aux élus d'échanger sur leurs pratiques et sur la nécessaire diffusion d'une meilleure culture du risque.

Nouvellement élue maire du Petit-Quevilly, Charlotte Goujon, qui est également vice-présidente de la métropole Rouen Normandie, a eu à gérer fin septembre 2019 les conséquences de l'incendie de Lubrizol, dont une partie du site se trouve sur le territoire de sa commune. Deux ans après, l'émotion est encore perceptible dans les propos qu'elle a tenus ce 16 novembre en ouverture du forum du Congrès des maires consacré aux accidents industriels et naturels, traduisant le désarroi des élus quand survient une catastrophe aussi inattendue. "La préfecture a appelé la personne qui était d'astreinte dans les services de la ville pour mettre en place des barrages empêchant l'accès au site, et après, plus rien, relate l'élue. Nous avons eu beaucoup de difficultés à avoir des informations. Dans la matinée, le préfet a annoncé la fermeture des écoles de 12 communes, sans les citer, alors que les enfants étaient déjà en route. Beaucoup d'habitants avaient quitté leur domicile pour se réfugier sur le parking d'un supermarché. Toutes les informations que nous avions étaient parcellaires, pas cohérentes." Difficile dans ces conditions de ne pas céder à la panique…

Connaissance des risques

"La coproduction d'informations est difficile à obtenir quand on est face à une situation opérationnelle évolutive, a convenu Pierre-Henry Brandet, délégué à l'information et à la communication du ministère de l'Intérieur. Il est nécessaire de coordonner les acteurs pour produire une information fiable, cohérente et intelligible par tous. Les pouvoirs publics doivent aussi mieux prendre en compte l'angoisse, la panique, la peur des habitants pour ne pas les aggraver." "Les élus qui doivent mettre à l'abri les populations doivent apporter des réponses rassurantes, pertinentes", a abondé Alban Bruneau, maire de Gonfreville-l'Orcher, une commune à proximité du Havre abritant une raffinerie de pétrole. Également président d'Amaris (association nationale des collectivités pour la maîtrise des risques technologiques majeurs) depuis juin dernier, il a insisté sur la nécessité de "porter à un haut niveau de connaissance l'ensemble des acteurs et la population sur les risques et la conduite à tenir face à un événement (nuage toxique, surpression, incendie)", ce qui implique "un portage politique fort".
Le général de corps d'armée Jean-Marc Descoux, qui assure le commandement de la gendarmerie outre-mer, a livré son témoignage sur la gestion de l'ouragan Irma à Saint-Martin et Saint-Barthélemy. Après son passage, qui a fait 11 morts, l'île de Saint-Martin (35.000 habitants dans sa partie française) s'est retrouvée coupée du monde, avec des infrastructures et des services totalement détruits, y compris l'usine de désalinisation assurant la distribution d'eau potable. "Dès le début, la gendarmerie, la sécurité civile, l'armée ont répondu présent, raconte-t-il. Nous nous sommes appuyés sur notre dispositif territorial pour répondre avec les élus locaux aux besoins vitaux de la population, en état de stress. Il a fallu créer des points d'information pour casser la dynamique de rumeurs." Dans ce type de crise, "il faut s'intégrer dans le dispositif de la mairie, mettre en place un officier de liaison pour fluidifier les échanges".

Retour d'expérience de la tempête Alex

Après la catastrophe, la remise en état des services par la collectivité oblige à déployer des moyens considérables avec là encore l'appui de nombreux acteurs extérieurs. Sébastien Olharan venait d'être élu maire de Breil-sur-Roya (Alpes-Maritimes) quand la tempête Alex est survenue, emportant toutes les infrastructures de transport, les réseaux d'eau, d'assainissement, d'électricité, de télécommunications. Sur le seul patrimoine communal, les dégâts se sont chiffrés à 20 millions d'euros. Camping, stade de foot, mairie … : tout a été détruit. Les locaux des services techniques ont été totalement inondés, rendant le matériel de la commune totalement inutilisable. "Immédiatement, chaque acteur a joué sa partition", a-t-il affirmé, sans nier les difficultés de coordination qui peuvent survenir dans de telles circonstances. "Le service des routes a pu ouvrir le premier accès vers l'extérieur pour faire venir l'eau, le carburant, la nourriture…" En lien avec les collectivités et les sapeurs-pompiers, 400 gendarmes ont été mobilisés pour venir en appui aux populations, porter secours aux personnes, assurer les besoins vitaux, recenser les personnes vulnérables, etc., a témoigné le colonel Jean-Marie Doose, conseiller aux affaires territoriales du groupement de gendarmerie des Alpes-Maritimes. En l'absence de télécommunications dans les vallées touchées par les crues dévastatrices, les gendarmes ont dû faire du porte-à-porte pour recueillir des informations et les faire remonter aux familles – plus de 2.000 appels ont été reçus par la cellule d'information qui leur était destinée au niveau de la préfecture. Les gendarmes ont aussi assuré du transport de matériel et de soignants en quad.
Première à être désenclavée via une route secondaire, Breil-sur-Roya a été le point névralgique pour organiser l'approvisionnement des autres communes de la vallée, par draisine sur la voie ferrée et par hélicoptère, a aussi rappelé son maire. À l'heure de la reconstruction, Sébastien Olharan voit dans le fonds Barnier "un bon dispositif" pour indemniser les populations exposées aux risques, avec une mobilisation d'"une ampleur inédite, à hauteur de 140 millions d'euros". "Sur notre commune, 17 biens vont être acquis et démolis par l'État et le terrain vierge nous sera restitué", a-t-il indiqué.

Apprendre à gérer les crises en amont

Après la crise vient le temps du bilan et des enseignements à tirer pour anticiper les prochains accidents. Ancien directeur général des services de la ville de Béthune, dans le cadre d'un détachement, le lieutenant-colonel Jérémie Degrande, chef du groupement Prévision des risques du Sdis du Pas-de-Calais, a insisté sur l'importance de préparer les services des collectivités comme les élus à la gestion de crise car, avec le changement climatique, "ce qui était hier un risque particulier devient un risque courant, au rythme des quatre saisons". Il faut pour cela "réfléchir à des schémas préétablis en amont pour être prêts à gérer les crises", a-t-il souligné.
Marie Larrue, maire de Lanton (Gironde), une commune de 7.400 habitants du bassin d'Arcachon, soumise à la fois au risque de submersion marine et de feux de forêt, a décrit comme exemple d'anticipation le système de défense des forêts contre l'incendie en Aquitaine (Sdif) qui s'applique au massif des Landes de Gascogne et regroupe 212 associations syndicales travaillant avec les propriétaires forestiers pour mener des  travaux d'aménagement et d'entretien  (débroussaillement, pistes, points d'eau, fossés, ponts) et informer le grand public et les professionnels sur le risque de feu de forêt et sur les bons comportements à adopter. L'élue défend aussi mordicus les plans communaux de sauvegarde (PCS) qu'elle juge plus pertinents que les plans intercommunaux. "Nous avons le pouvoir de police, nous sommes responsables en cas de crise, appuie-t-elle. Avec le PCS, nous avons la capacité d'anticiper le risque." 
La loi Matras, récemment adoptée par le Parlement, va étendre renforcer les PCS. "Sur 12.000 communes concernées par les PCS, 80% l'ont réalisé, constate François Giannoccaro, directeur de l'Institut des risques majeurs, basé à Grenoble. Combien sont opérationnels ? L'enjeu demain est de rendre performant le PCS." Ce qui passe aussi selon lui par "une montée en compétence des acteurs locaux".
 

 

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