Dans le Centre-Val de Loire, des "stages paysans créatifs" financés par l’Europe

Europe et régions font cause commune pour aider les jeunes agriculteurs à s’installer. Un défi majeur pour l'Europe où la moitié des agriculteurs ont plus de 55 ans et 5% ont moins de 35 ans. En Centre-Val de Loire, des "stages paysans créatifs" permettent de se tester pendant un an avant de se lancer.

L’agriculture européenne est confrontée à un défi majeur : le renouvellement des générations. "En 2016, l’âge moyen des exploitants était de 52 ans, contre 42,5 ans pour les autres actifs. 42% d’entre eux atteindront l’âge de la retraite en 2026", a alerté Pascale Riccoboni, chargée de mission au Réseau rural national, jeudi 25 février, lors d'une visioconférence sur le thème "Innover pour le renouvellement des générations agricoles en France et en Europe", organisée en association avec Terre de liens.

En effet, la moitié des agriculteurs européens ont plus de 55 ans et 5% ont moins de 35 ans. En France, même si la situation n'est pas aussi dramatique que dans d’autres pays, le Cese estime qu’un quart des exploitations françaises pourraient disparaître en 5 ans, du seul fait du non-remplacement des départs en retraites.

L’Union européenne commence à prendre la mesure du problème : le renouvellement des générations fait partie des 9 objectifs de la future politique agricole commune (PAC). L'UE entend consacrer 2% des paiements directs à l'installation. Les jeunes agriculteurs se heurtent à trois difficultés, résume Alexia Rouby, de la DG Agri : l’accès au foncier, l’accès au financement et au capital (difficulté d’obtenir des prêts) et l’accès à la connaissance. "62% des jeunes agriculteurs n’ont qu’une expérience pratique", explique-t-elle.

Un stage d'un an en alternance

En Centre-Val de Loire une expérience menée dans le cadre du Partenariat européen pour l’innovation (PEI) permet depuis 2017 aux jeunes agriculteurs – ou moins jeunes en reconversion – de mettre le pied à l’étrier, à travers des "stages paysans créatifs". Il s’agit d’aider le futur agriculteur à se professionnaliser dans une démarche d’installation progressive : pendant un an, il suit une alternance avec des cycles de formations et des stages chez d’autres agriculteurs, voire sur sa propre parcelle s’il en possède déjà une. Il est suivi par un tuteur qui lui permet de faire évoluer son projet.

Le projet porté par l’Association régionale pour le développement de l’emploi agricole et rural (Ardear) a mobilisé 180.000 euros sur trois ans, financés à 80% par le Feader et 20% par la région.

"Au bout de trois ans, le stage paysan créatif a pris sa place dans tout un environnement qui s’est structuré", témoigne Sandrine Clément, directrice de l’Agriculture et de la Forêt, au conseil régional du Centre-Val de Loire. "De l’ensemble du projet jusqu’à la post-installation", le stage "s’inscrit dans un parcours". Douze paysans en ont bénéficié en 2020, mais pour Sandrine Clément cette expérience a contribué à "construire la future politique de la région" dans le cadre de la PAC 2021-2027 en cours de finalisation.

Une "mosaïque" de compétences régionales


L’installation des nouvelles générations fait appel à la "mosaïque" des compétences régionales, souligne-t-elle. Dans la répartition des rôles avec l’Etat sur la gestion du Feader (voir aussi notre article), les régions sont en charge de l’installation des jeunes agriculteurs, des investissements agricoles et forestiers, de la transformation agroalimentaire, de la formation et de la diffusion des connaissances, de la coopération (et donc du Partenariat européen pour l’innovation), des mesures agroenvironnementales "non surfaciques", des projets Natura 2000, du développement rural avec le programme Leader. Elles géreront ainsi la quasi-totalité de la dotation jeunes agriculteurs (DJA) qui aide au démarrage des exploitations. "La DJA ne sera qu’une déclinaison de cette politique", insiste Sandrine Clément. "L’élément vraiment nouveau par rapport à 2014, c’est la place que prendra maintenant la dynamique des projets alimentaires territoriaux", explique-t-elle, reconnaissant que la région est "très en retard" dans ce domaine. En y consacrant 80 millions d'euros, le plan de relance est en train de donner un coup d'accélérateur.

Pour la Commission européenne, la renouvellement des générations dépend aussi plus largement de l’attractivité des zones rurales. Elle présentera une communication en ce sens au mois de juin 2021.

 

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