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Double flop pour l'application StopCovid

Non seulement l'application de traçage de contacts StopCovid n'a pas réussi à convaincre les Français mais elle se révèle inefficace et incapable de communiquer avec ses homologues européennes. Un double flop que le secrétaire d'Etat Cédric O a tenté de minimiser le 23 juin 2020 à l'occasion d'une conférence de presse. 

1,9 million de téléchargements, 1,8 million d'activations et 460.000 désinstallations en trois semaines, le bilan de StopCovid est pour le moins médiocre. Surtout si on compare ces chiffres aux 10 millions de téléchargements atteints en à peine quelques jours par Corona-Warn-App, l'équivalent allemand de StopCovid. Non seulement l'application est boudée par les Français mais son efficacité sanitaire se révèle très hasardeuse. Les chiffres révélés par le ministère de la Santé le 23 juin font en effet état de seulement 68 tests positifs déclarés via l'application et, in fine, de 14 notifications effectives de contacts à risques… 

Une réorientation vers les clusters

Face à ce bilan désastreux, le secrétaire d'Etat Cédric O n'a pas cherché à embellir le tableau. Mettant en avant le recul de la menace sanitaire sur la majeure partie du territoire, il a estimé qu'il fallait que StopCovid "s'adapte à la réalité de l'épidémie et se concentre sur les clusters, les départements rouge et orange". Concrètement, l'accent est aujourd'hui mis sur la Guyane où 20.000 SMS ont été envoyés aux habitants pour les inciter à télécharger l'application. Un envoi qui aurait été suivi par un pic de téléchargements, selon le secrétaire d'Etat.

Un manque d'interopérabilité problématique

Ce flop hexagonal se double d'un camouflet européen digne du Minitel. Alors que le gouvernement avait mis en avant la coopération européenne pour mettre au point le protocole technique de StopCovid en avril, la France se trouve à faire cavalier seul avec son approche "centralisée". Bruno Sportisse, PdG de l'Inria, a reconnu "l'absence d'interopérabilité" entre l'application française et ses homologues européennes. Concrètement, la France ne pourra pas se raccorder au système d'échanges de cas contact entre les applications européennes dévoilé le 12 juin par la Commission. Un protocole dont devraient pouvoir bénéficier les 17 pays – dont beaucoup sont frontaliers avec la France comme l'Allemagne, l'Italie ou le Royaume-Uni – ayant opté pour un protocole "décentralisé".

Les touristes étrangers incités à télécharger StopCovid

Si le gouvernement a mis en avant une fois de plus l'indépendance nationale et la souveraineté numérique pour justifier ses choix techniques – le protocole décentralisé reposant pour l'essentiel sur la solution proposée par Google et Apple – l'affaire fait désordre pour la première destination touristique mondiale à l'heure de la réouverture des frontières européennes. "Nous allons inciter les touristes étrangers à télécharger notre application", a répondu le secrétaire d'Etat. Encore faudrait-il que StopCovid soit traduite, celle-ci n'étant pour le moment disponible qu'en français.

Un coût de 100.000 euros par mois

Ce travail de traduction serait cependant programmé et figure dans la liste des coûts générés par l'application. Longtemps, Cédric O a vanté une application qui n'avait "pas coûté un euro à l'Etat", le consortium d'entreprises ayant travaillé "gratuitement". Il a fallu que l'Obs évoque début juin une dépense de 200 à 300.000 euros par mois pour que le secrétariat d'Etat au numérique concède un coût de maintenance de 100.000 HT euros par mois. Le secrétaire d'Etat a présenté un tableau détaillé de ces dépenses qui courent depuis début juin et bénéficient à trois entreprises du consortium initial. Il a cependant minimisé l'ampleur de ces dépenses en évoquant le budget de plus de 20 millions d'euros dépensé par le gouvernement allemand pour son application.

L'avis de la Cnil bienvenu

Enfin, les représentants de l'Etat sont revenus sur la protection des données personnelles. Un chercheur en informatique avait en effet révélé il y a quelques jours que le système collectait beaucoup plus de données que ce qu'avait annoncé le gouvernement. C'est en effet sur le serveur central que sont triées les interactions sociales, seuls les contacts de plus d'un quart d'heure à moins d'un mètre étant conservés. "Ce n'est absolument pas nouveau comme information", s'est défendu Cédric O en citant le protocole Robert publié dès la mi-avril et l'ensemble des dispositifs mis en œuvre pour garantir l'anonymat des données. Guillaume Poupard, directeur général de l'Anssi, a pour sa part mis en avant l'implication de l'agence tout au long du projet et le fait que "pour une fois, toutes nos recommandations ont été suivies". Le secrétaire d'Etat a conclu ce volet sécurité en se déclarant ravi des contrôles en cours de la Cnil, "toutes les recommandations contribuant à la sécurité des données personnelles étant bonnes à prendre".

 

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