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StopCovid validée par le Parlement, l'application doit désormais convaincre les Français

L'Assemblée nationale et le Sénat ont donné leur accord mercredi au déploiement de l'application de traçage de contact StopCovid. Disponible dès ce weekend sur les magasins d'application, les pouvoirs publics vont désormais devoir convaincre les Français de l'installer.

C'est une étape importante qui vient d'être franchie pour l'application de traçage de contact StopCovid. Après le feu vert de la Cnil (voir notre article du 26 mai), l'Assemblée nationale puis le Sénat ont donné mercredi 27 mai leur accord à son lancement. Pas moins de trois ministres avaient été mobilisés par le gouvernement pour défendre ce projet qui a divisé la plupart des groupes parlementaires.

Trois ministres en soutien

La ministre de la Justice, Nicole Belloubet, a insisté devant les députés sur le respect des principes de "finalité" et de "proportionnalité" imposés par la Cnil. StopCovid est "temporaire, d’installation volontaire, non identifiante et transparente ; toutes les garanties sont apportées pour que la vie privée des Français soit respectée", a-t-elle souligné. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, a rappelé le soutien "d'une soixantaine d'épidémiologistes" aux applications de traçage de contact pour aider à "contrôler la résurgence de l'épidémie". En lien avec les équipes terrain de l'assurance maladie, StopCovid devrait ainsi permettre de "gagner du temps" en dépistant plus rapidement des personnes à risque et plus particulièrement les "asymptomatiques". Si l'outil est loin d'être "magique", il offre aux citoyens "un moyen en plus pour se protéger", a-t-il assuré. Le secrétaire d'État au Numérique, Cédric O, a de son côté estimé que "refuser StopCovid revenait à accepter des morts supplémentaires". Il a fait valoir une application "simple et accessible" et l'attention portée aux questions de sécurité avec la publication de son code source et l'organisation d'un "bug bounty" par l'Anssi pour détecter d'éventuelles failles. Il a aussi vanté un projet porté par des industriels français et le choix d'une solution "souveraine", indépendante de Facebook et Google.

Gadget ou dangereux précédent ?

L'atteinte aux libertés a nourri une grande partie des interventions des opposants au projet, à gauche comme à droite dans les deux hémicycles. Jean-Luc Mélenchon (LFI) a dénoncé un projet "totalitaire", "dangereux" et dans tous les cas "inefficace". Il a aussi laissé penser que StopCovid aurait accès aux contacts du téléphone sur lequel l'application est installée, ce qui n'est pas le cas. La député Paula Forteza (EDS) s'est pour sa part opposée à StopCovid au nom d'un "principe de précaution numérique", déplorant une certaine précipitation et l'absence d'étude d'impact. Le sénateur Loïc Hervé (UC) a réfuté pour sa part le consensus des maires et collectivités sur StopCovid qui participe selon lui à la création d'"une société de la surveillance". Le sénateur Jérôme Durain (PS) l'a rejoint avec son slogan "stop à StopCovid", pour une application qu'il assimile à du "solutionnisme technologique". Le député Damien Abad (LR) a dénoncé un projet "à contre-courant et dépassé", l'application étant "un gadget plus qu'un outil". Un positionnement inverse du groupe LR sénatorial dont le vote favorable (à quelques exceptions près) a pesé dans l'adoption de la déclaration gouvernementale par la Haute Assemblée. Bruno Retailleau (LR) a ainsi estimé qu'"un peu valait mieux que rien du tout, surtout lorsqu’il faut briser les reins de cette épidémie". 

Convaincre les Français de l'adopter

Les parlementaires ont également été nombreux à évoquer les obstacles à une large diffusion de StopCovid, condition de son efficacité. "L'application a été conçue pour les zones urbaines et n'est pas adaptée aux zones rurales", a déploré la député Cécile Untermaier (PS). Un risque de "discrimination territoriale" également mis en avant par le député Pascal Brindeau (UDI). La fracture numérique, et en particulier le faible taux d'équipement en smartphone des personnes âgées de plus de 70 ans, ont aussi été mentionnés par plusieurs parlementaires, la mise à disposition d'une montre connectée d'ici le début de l'été étant jugée bien tardive. Cédric O a assuré que l'application serait efficace "dès les premières installations", notamment dans les transports en commun. Le secrétaire d'État a néanmoins reconnu sur Twitter que le vote du Parlement désormais acquis, il fallait maintenant "continuer à expliquer pour faire en sorte que l’adoption de l’application soit la plus forte possible, dès le 2 juin". Lancée à un moment où toutes les courbes épidémiologiques sont sur la pente descendante, cette adoption massive est loin d'être acquise.

 

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