La relance numérique à l’épreuve des déploiements

Échéance de 2022 oblige, la pression va s'accentuer à l'automne sur les collectivités pour concrétiser les projets de transformation numérique financés par l’État. Et si sur les réseaux les indicateurs sont plutôt au vert, la piètre qualité de nombreux raccordements pourrait peser durablement sur l’image de la fibre. Créant un handicap supplémentaire pour le chantier de l’arrêt du cuivre qui doit s’accélérer à la rentrée.

Le dernier comité interministériel de la transformation publique a traité des questions numériques de manière marginale (voir notre article du 23 juillet 2021). La liste des projets de transformation numérique des administrations lauréats du plan de relance n’a en effet pas été révélée. On rappellera qu'un budget de 88 millions d'euros à été affecté à ce chantier dans le cadre du plan de relance (voir notre article du 25 janvier 2021). Doivent émerger des plateformes de services destinées à "répondre à des besoins concrets des territoires" et des projets de services portés par des régions ou groupements de collectivités de plus de 500.000 habitants. La sélection de tous ces services est actuellement en cours. Les critères impact à court terme et facilité de déploiement devraient peser lourdement, leur disponibilité effective étant prévue pour la fin d’année.

Les conseillers numériques sur le pont

Autre dossier en phase d’accélération : le recrutement des conseillers numériques France service, missionnés pour aider au moins un million de Français à monter en compétence sur le numérique. L'objectif du gouvernement est d'en déployer 4.000 dans les territoires. Départements, EPCI, communes et associations sont appelés à les embaucher (voir notre article du 17 novembre 2020). Avec pour risque "d'arroser là où il pleut déjà" car les territoires où les besoins sont les plus importants ne sont pas toujours ceux qui sont les plus avancées dans la formalisation de leur stratégie de lutte contre l'illectronisme. Les collectivités rurales s'interrogent en outre sur leur engagement dans un dispositif qui s'arrêtera au bout de deux ans et ne prend en charge que le salaire du conseiller, hors moyens techniques, véhicule ou connexion satellitaire.

La qualité des raccordements en attente d’indicateurs

Sur le volet réseaux, le gouvernement peut d'ores et déjà afficher un succès. Les confinements successifs n'ont pas réussi à faire ployer la courbe des prises FTTH (voir notre article du 12 mai 2021) et le taux de 80% des Français ayant accès au THD est d'ores et déjà dépassé. Cette rapidité semble cependant s’être faite au détriment du qualitatif. Les armoires débordant de "paquets de nouilles" sont trop nombreuses, tout comme le taux d'échec rencontré par les opérateurs, de l'ordre d'un sur quatre. Après un nouveau "contrat Stoc" signé Infranum, des engagements de qualité pris par les installateurs, la Fédération française des Télécoms (FFT) a publié fin juin un guide des bonnes pratiques. Les techniciens vont devoir modifier le brassage des fibres dans les armoires et produire des photos pour prouver que le travail a été fait selon les règles de l'art. L'Arcep doit publier prochainement des indicateurs de suivi. Si la trajectoire n'est pas celle de l'amélioration, le gouvernement a promis de sévir. Certains territoires, a l'image du Doubs, sont prêts à proposer un raccordement en "mode OI", pour opérateur d'infrastructure (voir notre article du 4 mars 2021), et se substituer ainsi à l’opérateur commercial (OC).

Cap sur le 100% fibre

Ce dossier va en tous cas fortement peser sur l'image de la fibre. Or celle-ci sera déterminante pour convaincre tous les Français de basculer du cuivre vers la fibre. D'ici à 2030, Orange, propriétaire du réseau cuivre, a annoncé mettre un terme à l'aventure du cuivre. Ce dossier a deux préalables. Le premier est d’avoir une desserte de "100% de la population en fibre optique", objectif désormais pleinement assumé par le gouvernement (voir notre article  du 23 juin 2021). 500 millions d'euros ont été débloqués pour les "raccordement longs", somme jugée cependant insuffisante par les acteurs de l'aménagement numérique pour répondre à tous les besoins.

De nouveaux territoires tests pour la dépose du cuivre

Il faut ensuite que tous les grands opérateurs soient présents avec un niveau d'abonnement à la fibre très élevé. Se passer du cuivre n’est cependant pas si simple, car au-delà d’internet, il sert à d’autres usages comme les alarmes, la domotique (1) ou le paiement par carte bancaire. L'expérimentation menée à Lévis-Saint-Nom, un village de 1.700 habitants dans les Yvelines montre que le rôle des élus sera décisif pour convaincre les derniers récalcitrants. Il s'agira sans doute aussi de lutter contre les arnaques qui ne manqueront pas de se développer comme on a pu le voir pour le passage à la TNT. Cet automne, le mode opératoire et le calendrier du chantier cuivre devraient être définitivement arrêtés par le régulateur en concertation avec les opérateurs. En parallèle, quatre nouvelles expérimentations sont annoncées par Orange en Île-de-France, dans le Nord-Est et à la Réunion. Des tests destinés à étudier d'autres contextes, notamment celui où le nouveau réseau fibre est porté par un réseau d'initiative publique.

(1) La domotique est l’ensemble des techniques de l'électronique, de physique du bâtiment, d'automatisme, de l'informatique et des télécommunications utilisées dans les bâtiments, plus ou moins "interopérables" et permettant de centraliser le contrôle des différents systèmes et sous-systèmes de la maison et de l'entreprise 

 

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