En France, une éducation inégalitaire dans ses résultats et son financement

Dans l'édition 2021 de ses "Regards sur l'éducation", l'OCDE met en lumière les inégalités du système éducatif français. En termes de résultats, ces inégalités se situent le plus souvent dans la moyenne. En termes de financement, la France sous-dote l'école primaire au bénéfice du collège.

La réussite de l’enseignement fondamental et l’équité des résultats scolaires restent un défi. Tel est le message-clé porté par l'OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) dans son édition de 2021 des "Regards sur l'éducation", mise en ligne le 16 septembre 2021. Si cette livraison analyse très largement, comme à son habitude, les résultats scolaires, elle fait également le point sur l’épidémie de Covid-19 et les mesures qu'elle a entraînées dans l'éducation.

La filière pro pour les "moins favorisés"

Premiers enseignements de l'étude : les inégalités. Inégalités de sexe d'abord, où l'on apprend qu'en France, 53% des diplômés de la filière professionnelle du deuxième cycle du secondaire en 2019 étaient des hommes. Tandis que les femmes, toujours en 2019, représentaient 55% des diplômés des filières générales du deuxième cycle du secondaire. Deux résultats conformes à la moyenne de l'OCDE.
Inégalités selon les milieux socio-économiques ensuite. Dans la plupart des pays de l'OCDE, le statut socio-économique influence davantage les résultats que les autres facteurs (sexe ou origine). En France, en 2018, on comptait 35% d'élèves peu performants en compréhension de l'écrit parmi les élèves "très défavorisés", contre seulement 7% parmi les élèves "très favorisés". De la même manière, les élèves n'ayant aucun parent diplômé de l'enseignement supérieur représentaient 84% des entrants dans la filière professionnelle du deuxième cycle secondaire en 2017. On remarque au passage à travers cette statistique, comme précédemment à propos du sexe, que la filière professionnelle semble dévalorisée aux yeux de l'OCDE, qui fait d'elle une voie moins enviable que la filière générale…
Inégalités selon l'origine géographique enfin. En France, à l'image de la moyenne de l'OCDE, les adultes nés à l'étranger représentent la part la plus importante (27%) de l'ensemble des adultes ayant atteint un niveau inférieur au deuxième cycle de l'enseignement secondaire.
Sur le thème des inégalités en termes de résultats scolaires, la France se situe donc le plus souvent dans la moyenne de l'OCDE. Et quand elle s'en écarte, elle ne suit jamais une tendance opposée.

Un financement mal réparti

En matière de financement, l'OCDE pointe quelques manquements français. Si la dépense par élève (hors enseignement supérieur) était en 2018 "légèrement plus élevée que la moyenne de l'OCDE", la France présentait un écart manifeste dans la répartition selon le niveau : les dépenses par élève sont supérieures à la moyenne de 3% au collège et de 30% au lycée (en incluant les lycées d'enseignement général ou agricole et l'apprentissage en CFA), mais inférieures de 9% à la moyenne dans l'enseignement élémentaire, là où se jouent souvent les trajectoires futures des élèves. De la même manière, entre 2012 et 2018, les dépenses par élève ou étudiant ont augmenté en moyenne de 1,6% par an dans les pays de l'OCDE contre seulement 0,3% en France.
À cela, il faut ajouter que les dépenses consacrées aux services éducatifs de base (instruction et enseignement) s'élevaient en France, en 2018, à 81% des dépenses totales d'éducation (le reste étant consacré aux services auxiliaires tels que l'assistance aux étudiants, la recherche et développement, etc.), contre 89% en moyenne dans l'OCDE.
Au chapitre des dépenses toujours, la France se démarque en consacrant 22% des dépenses de fonctionnement de l'éducation (hors enseignement supérieur) à du personnel non enseignant, contre 15% en moyenne dans les États de l'Union européenne.
En résumé, les dépenses d'éducation en France sont plus importantes en valeur absolue (5,2% du PIB, soit 0,3% de plus que la moyenne de l'OCDE), mais leur répartition, tant en termes de niveau d'enseignement que de finalité directe, pose question.

Des écoles plus ouvertes pendant la crise sanitaire

En ce qui concerne la crise sanitaire, l'OCDE estime d'une manière globale que "les effets à court et long terme […] sur l’apprentissage sont encore difficiles à cerner avec précision". Et ajoute : "Il est clair que la pandémie risque de creuser les inégalités existantes en matière d’apprentissage."
De son côté, la France a fermé ses écoles moins longtemps que de nombreux pays de l'OCDE. Les écoles maternelles ont été totalement fermées pendant 34 jours en moyenne entre le 1er janvier 2020 et le 20 mai 2021, contre 55 jours en moyenne dans les autres pays de l'organisation. Sur la même période, les écoles élémentaires ont fermé pendant 34 jours en France, contre 78 en moyenne, les collèges pendant 44 jours, contre 92, et les lycées de la filière générale pendant 49 jours, contre 101. Et en additionnant le nombre de jours de fermeture totale et partielle, l'apprentissage au lycée général a été perturbé pendant 70 jours en France contre 159 jours pour la moyenne OCDE.
Devant les difficultés engendrées par cette situation inédite, la France a mis en place des mesures particulières à l'intention des publics défavorisés. Ainsi 9,2% des élèves en classe de 3e dans les collèges publics REP+ déclaraient avoir bénéficié du soutien des enseignants pendant les fermetures d'établissements de mars-avril 2020, contre 5,6% dans les établissements publics plus favorisés.
Devant la persistance des inégalités de résultats et de parcours scolaires, et dans un contexte de crise sanitaire qui a fait émerger de nouvelles formes d'enseignement, l'OCDE invite à "repenser l’équité dans l’éducation à l’heure du numérique". Selon elle, "améliorer la mobilité sociale et l’égalité des chances dans l’éducation n’a rien d’impossible". Les clés de la réussite ? Commencer tôt pour que les enfants, en particulier ceux issus de milieux défavorisés, acquièrent des bases solides, investir dans les enseignants et mieux les former aux nouvelles technologies.